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La médaille de l’UQAC à M. Normand Laprise

Deux sentiers ascendants, en apparence fort éloignés l’un de l’autre, mais qui deviendront très tôt intimement complémentaires, ont ouvert la voie à une carrière en continuelle évolution et sillonné un parcours professionnel dans le tracé duquel la spécificité de notre monde scolaire s’est affirmée et l’originalité de la vie musicale du Saguenay–Lac-Saint-Jean a atteint des sommets incontestables.

Cependant, aucun indice dans les antécédents familiaux de Normand Laprise n’aurait pu laisser présager qu’il allait, progressivement et durablement, établir sa renommée à la fois comme musicien professionnel et comme éducateur de carrière.

C’est qu’il était le dernier-né d’une famille fort nombreuse, originaire de Mistassini mais qui, peu de temps après la naissance du fils cadet, s’établira à Albanel où le père, Thomas Laprise, tiendra magasin général avec l’aide de sa femme, Oliva Paradis, native de Roberval.

Le jeune Normand entreprend ses études à l’école du village et les poursuivra au Petit Séminaire diocésain ainsi qu’à l’Académie commerciale de Chicoutimi dirigée par les Frères maristes. Sitôt après, il aborde le marché du travail, d’abord pour le compte de Liqueurs Saguenay, puis à la Compagnie électrique du Saguenay.

Mais, depuis son plus jeune âge, il est séduit par la splendeur de la musique d’église et conquis par la richesse de notre folklore. Plus tard, heureusement, de retour aux études chez les Frères maristes de Lévis, il aura l’occasion de cultiver ce goût et d’enrichir ses connaissances à la faveur d’un apprentissage sérieux qui lui permettra, bientôt après, d’exercer son talent comme clarinettiste, au sein de la Fanfare municipale de Chicoutimi, dirigée par Yvon Gaudreault.

C’est alors que survient un événement qui, en même temps qu’il révélera son talent, va bouleverser définitivement le cours de son existence et lui offrir l’amorce d’une carrière musicale. À l’occasion d’un concours qui met en présence les harmonies du Saguenay, il remporte un premier prix comme soliste. Ce succès lui ouvre les portes du Conservatoire de musique de Montréal où il perfectionnera la technique et la pratique de son instrument auprès du réputé Rafael Mazella, clarinette solo à l’Orchestre symphonique de Montréal. Pour être en mesure de poursuivre ses études, il obtient un engagement de trois ans comme musicien au Corps royal canadien de l’Intendance, une formation dirigée par un chef de grand talent qui l’a profondément influencé, le lieutenant Gérald Gagné, malheureusement décédé prématurément à l’âge de trente-cinq ans. Il était le frère de Claire Gagné, célèbre soprano qui a fait une carrière internationale. Il aura aussi l’occasion de jouer, sous la direction du pianiste, compositeur et chef d’orchestre américain bien connu, Morton Gould, lors de la création d’une de ses œuvres, la St. Lawrence Suite.

À sa formation instrumentale, théorique et pratique, il ajoute des études de chant grégorien, dont les cours sont donnés par l’Action musicale liturgique, ainsi que de composition, d’arrangement et de technique vocale, outils qui lui seront très précieux dans l’exercice des fonctions qui l’attendent.

En 1959, il revient donc dans la région pour occuper le poste de coordonnateur de l’enseignement musical à la Commission scolaire d’Alma. Pour mieux s’acquitter de son rôle, il fera des études de didactique à l’Université Laval et de psychopédagogie à l’École normale Cardinal-Bégin. Sa préparation intellectuelle et son activité professionnelle impriment un élan significatif à l’enseignement musical au Lac Saint-Jean, accroissent le nombre et la qualité des programmes d’études et enrichissent l’équipe des professeurs.

Il occupera ce poste jusqu’en 1970 alors qu’il devient principal de l’École secondaire du Bon-Conseil de Métabetchouan. Un an plus tard, il accepte les fonctions de conseiller en enseignement professionnel au secteur des arts au Collège d’Alma. Sa compétence et sa réputation influent avec bonheur sur le recrutement des élèves, la variété des options et la qualité du corps professoral.

En 1970, la Commission scolaire d’Alma est intégrée à la Commission scolaire régionale du Lac-Saint-Jean. Cette fois encore, le nombre d’élèves, la diversité des programmes d’études ainsi que des matières théoriques et pratiques prennent de l’ampleur, en même temps que se diversifie le corps professoral. Cette étonnante progression permettra la création de l’option musique au Collège d’Alma qui, en 1972, devient l’un des quatre campus du Collège d’enseignement général et professionnel régional du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Enfin, de 1980 à 1990, il est adjoint au directeur des services pédagogiques, responsable de la coordination de l’éducation des adultes.

Pendant toutes ces années consacrées aux activités pédagogiques, il garde quand même un contact étroit avec la pratique musicale, à titre de directeur de l’Harmonie municipale d’Alma, ainsi que comme maître de chapelle aux paroisses Saint-Pierre et Saint-Joseph.

Ce fut donc une époque de créativité et de réalisations imputables au dynamisme, à l’effort soutenu de fervents pédagogues qui ont poursuivi, sous sa direction, le travail de devanciers à qui l’on doit d’avoir créé et développé, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, un climat artistique d’une qualité remarquable.

Sa réputation d’éducateur engagé, de conseiller au jugement sûr et d’innovateur audacieux et tenace se rend jusqu’au ministère de l’Éducation pour lequel il sera, de 1965 à 1971, membre du Comité consultatif de la musique, organe de la Direction de l’enseignement primaire et secondaire. Puis, de 1971 à 1980, ses services seront requis au Comité de coordination de l’enseignement de la musique de la Direction générale de l’enseignement collégial. De même, de 1974 à 1980, il sera membre du Comité permanent des programmes d’études comme représentant du secteur des arts.

Par ailleurs, il a d’abord été délégué de la Fédération des associations des musiciens éducateurs du Québec au Conseil pédagogique interdisciplinaire, puis président de cette fédération en 1972-1973. Dans l’exercice de ces fonctions, il a été délégué au Congrès de la Société internationale de l’Éducation musicale à Interlochen au Michigan, à Dijon en France et à Tunis en Tunisie. Enfin, de 1985 à 1992, il a été membre de la Commission de l’enseignement professionnel du Conseil des collèges du Québec.

Ses lourdes responsabilités pédagogiques et administratives n’ont jamais pu freiner son enthousiasme à l’égard de la musique, ni éteindre la flamme privilégiée qu’il entretenait pour l’art lyrique. C’est pourquoi, personne n’a été surpris qu’il ait voulu consacrer une part très visible de son temps et de son talent comme directeur artistique et chef d’orchestre de l’Opérette du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi. Depuis 1979 et pendant plus de vingt ans, il a collaboré à la mise en œuvre de plus de deux cents représentations de vingt-six productions ou créations, entièrement réalisées avec l’ensemble des artisans de la scène d’ici, tous recrutés dans la région pour travailler à l’unisson à l’édification de ce chantier annuel enthousiasmant. Aujourd’hui encore, Normand Laprise est directeur musical adjoint de cet événement, voyant à préparer les musiciens qu’il confie ensuite au chef invité.

Ce grand spectacle musical, devenu chez nous une tradition annuelle, et qui est probablement sans exemple dans les annales artistiques des régions du Québec, a nimbé le Carnaval-Souvenir d’une réputation de qualité artistique exceptionnelle et consacré la part essentielle qu’y a apportée Normand Laprise.

Aussi, à tous égards, il mérite d’être considéré comme l’un des piliers de la vie musicale du Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’un des artisans qui ont le plus intensément contribué à son évolution. Sous son inspiration et son influence, une relève musicale de grande qualité s’impose maintenant à tous les niveaux de l’enseignement et de la pratique de la musique. Son dynamisme ardent et son énergie communicative, sa puissance de conviction ont aussi favorisé la formation d’un public qui, avec régularité, s’ouvre de plus en plus à la beauté de la musique et à la fréquentation des activités qui lui sont proposées.

Cet exercice pédagogique, il l’avait déjà expérimenté au sein du cercle familial. Avec sa femme, Claire Corneau, elle-même pianiste et organiste, ils ont initié leurs quatre enfants à la musique dès leur plus jeune âge, les ont soutenus dans leur apprentissage et encouragés dans leur désir d’en faire une carrière : Anne est violoniste; Dominique et Jean-François sont compositeurs et Esther a été directrice de la chorale de l’Université et est chef des chœurs de l’Opérette du Carnaval-Souvenir.

Maintenant à la retraite, quoique toujours actif, Normand Laprise laisse à toute la région et à l’ensemble des institutions culturelles d’ici, l’image d’un homme engagé à fond dans la poursuite de son idéal et dans l’accomplissement d’œuvres qui, pour longtemps, vont servir d’exemple à celles et ceux qui, voulant à leur tour accomplir quelque chose de durable, s’en inspireront pour porter plus loin encore le message de la beauté sous toutes ses formes.

C’est en considérant toutes les facettes de son action multiple et généreuse que le Conseil d’administration de l’Université du Québec à Chicoutimi a résolu, au nom de la population reconnaissante, du milieu musical de la région, avec la complicité du Collège d’Alma où sa serviabilité a surtout été mise à profit, de lui remettre sa médaille, non sans lui rappeler cette parole de l’immortel Beethoven : « La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. » 2

Alma, ce 28e jour de mai 2004.

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1 Réflexion de l’auteur de l’hommage, René Laberge
2 Extrait d’une lettre de Ludwig van Beethoven à Bettina Brentano, le 11 août 1810.

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