LA MOTIVATION.

2.4 LE MODÈLE COGNITIF (Viser la consistance cognitive).

La motivation est essentiellement une affaire cognitive, donc de prise de conscience délibérée. Selon ce modèle, l'individu a la capacité mentale de se représenter symboliquement le monde interne et externe et d'anticiper les conséquences de ses actes grâce à son habileté à établir des relations entre les événements." Ce qui pousse à l'action prend sa racine dans les activités cognitives" (Bandura, 1976).

A) La théorie de la discordance de Festinger

Selon cette théorie nous agissons de façon à minimiser les inconsistances internes entre nos connaissances, croyances et opinions personnelles, entre nos croyances, nos sentiments et notre action et dans nos relations interpersonnelles.

Selon Festinger, les éléments de connaissance sont en relation par paire et il y a trois types de relations.

-Absence de relations entre 2 éléments de connaissance Ex: Entre la psychologie et la statistique il n'y a pas de relation. ça prend un troisième élément pour établir cette relation, par exemple, l'utilisation d'une formule statistique pour traiter des données de recherche en psychologie.

-Consonance entre deux éléments de connaissance. Ex: Entre la révision d'une matière et l'examen sur cette matière il y a une relation.

-Dissonance entre deux éléments de connaissance. Ex: Savoir que fumer est dangereux et continuer de fumer; savoir que la réussite stimule la motivation et continuer à mettre le succès hors de la portée d'un élève; imposer l'étude d'une matière que l'élève a appris auparavant à détester. La tâche de l'enseignant dans ce cas est de proposer des activités qui pourraient aider à réduire la dissonance et permettre ainsi à l'élève d'établir une consonance.

B) La théorie du comportement intentionnel de Irwin

Les notions telles que les préférences, les désirs, les aversions, les intentions, le choix et les décisions constituent les piliers de cette théorie.

Dans cette théorie, la préférence ou l'aversion est un état affectif connu par l'observation du comportement. Les comportements visent à minimiser l'aversion et à maximiser les résultats désirables. Tout choix est le choix d'un acte et de son résultat anticipé. Dans l'acte intentionnel, il y a expression d'une préférence pour un résultat; l'acte fait partie d'une paire d'alternatives et le résultat attendu de cet acte est le résultat préféré de la paire. Le choix de l'acte implique que ce dernier est choisi en fonction d'une préférence pour un résultat plutôt qu'un autre et en fonction d'une première anticipation du résultat désiré (Blais 1982-1983). En ce sens, l'anticipation et la discrimination sont deux facteurs motivationnels d'ordre cognitif, alors que la préférence est un facteur d'ordre affectif mais intimement relié à la discrimination. Ex: préférer la connaissance à l'ignorance.

La motivation de l'apprenant s'exprime par une préférence pour l'un des deux résultats anticipés. Cette préférence nécessite la capacité de discrimination. "L'apprentissage est donc un acte intentionnel, écrit Blais (1982-1983, p. 71), uniquement lorsque les trois états psychologiques suivants sont présents.

-l'apprenant a exprimé une préférence pour apprendre plutôt que de ne pas apprendre;

-l'apprenant a anticipé qu'apprendre produirait le résultat préféré;

-l'apprenant a anticipé que ne pas apprendre produirait le résultat non préféré.

Si les trois états ne sont pas présents, l'acte n'est pas intentionnel, il peut être émotif ou impulsif.

Par exemple, l'individu qui choisit de s'inscrire à un cours d'anglais pose un acte intentionnel parce qu'il veut apprendre l'anglais, parce que le cours lui permettra de s'exprimer en anglais, parce que sans le cours il sera incapable de parler l'anglais.

In Guy Robidas

La motivation, la vraie, suppose donc l'anticipation d'un résultat choisi par rapport à un résultat lié à une activité non-choisie.

2.5 LE MODÈLE HUMANISTE. (Principaux représentants: Carl Rogers, Abraham Maslow, Jean Nuttin).

(Ce modèle est à la fois applicable aux besoins viscérogéniques et aux besoins PSYCHOGÉNIQUES)

-La théorie de Maslow

C'est la théorie de Maslow qui sera présentée ici. Maslow pose trois postulats concernant la motivation.

-les gens sont motivées par le désir de satisfaire des besoins -ces besoins sont hiérarchisés -les gens progressent dans cette hiérarchie au fur et à mesure que les besoins inférieurs sont satisfaits.

Niveau 5: Besoins d'actualisation de soi

  • connaissance et compréhension; réalisation de ses potentialités; maîtrise de son environnement, créativité.

    Niveau 4: Besoins d'estime de soi

  • respect, estime de soi et des autres, accomplissement, force, confiance, compétence.

    Niveau 3: Besoins d'amour et d'appartenance:

  • appartenance, affection.

    Niveau 2: Besoins de sécurité:

  • stabilité, ordre, liberté.

    Niveau 1: Besoins physiologiques

  • manger, boire, dormir, se vêtir, s'abriter contre les intempéries...

    Selon lui, il y a deux (2) déterminants du comportement. Les déterminants motivationnels que sont les besoins et les déterminants de la réalité que sont les forces de 'environnement.

    Il accorde une place importante à l'histoire et à la subjectivité de la personne pour expliquer le comportement présent. L'homme étant en constante motivation, lorsqu'un besoin est satisfait, un autre surgit. Mais comme souligné plus haut, les besoins sont organisés de façon hiérarchique par l'organisme lui-même, ils ont une prépondérance relative. Les besoins du premier niveau doivent être satisfaits avant ceux du deuxième niveau et ceux de ce dernier niveau avant ceux du troisième et ainsi de suite.

    Il faut remarquer que le besoin d'actualisation n'est pas à vrai parler un besoin dû à un manque de quelque chose d'extérieur à l'organisme mais un besoin de croissance intérieure, c'est la source de la motivation intrinsèque.

    La motivation intrinsèque selon Nuttin

    C'est la motivation liée à ou qui se rapporte à l'acte même en question. (J'étudie parce que l'étude satisfait ma curiosité intellectuelle et non pour la note). Au contraire, la motivation extrinsèque est celle où l'objet-but n'est pas l'objet propre de l'activité, c'est-à-dire qu'il est en dehors et sans rapport direct avec la tâche réalisée. Ex: Étudier pour la note. La motivation intrinsèque a sa source dans l'individu lui-même et implique l'existence d'un lien organique entre les moyens (l'acte) et la fin (l'objet-but). Bref, il y a motivation intrinsèque quand l'individu:

    -fait quelque chose parce qu'il le décide lui-même -éprouve l'association entre moyen et fin en remportant des succès -tire satisfaction de la réalisation même de ce qu'il fait -est conscient de ses capacités pour connaître son environnement et le maîtriser.

    Suite à ce survol des théories cognitivistes qui expliquent la motivation par l'existence des événements internes, il convient de présenter certains énoncés de principes en regard de l'enseignement-apprentissage.

    -La tendance à connaître est un besoin inné, mais l'homme n'est pas motivé à tout connaître, à tout expliquer, il sélectionne l'information comme il choisit ses aliments, ses vêtements. Il s'agit d'un besoin général qui n'est actualisé que dans certaines conditions situationnelles. Par exemple, je peux manifester un grand intérêt pour la psychologie parce que j'ai à l'enseigner, mais être indifférent à une autre discipline qui enrichirait ma connaissance (l'astrologie, la chimie). Dans ce dernier cas, il faudra susciter ma curiosité et mon intérêt.

    -L'intérêt pour un domaine de la connaissance peut être suscité par des stimuli qui provoquent la surprise, le doute, la dissonance cognitive. L'intérêt sera plus élevé si le matériel à apprendre satisfait un besoin ressenti par l'individu.

    -À l'élémentaire, il faut travailler avec des motifs primaires beaucoup plus que dans les classes plus élevées.

    -Il faut éviter la monotonie en variant la présentation des problèmes traités.

    -Les activités d'apprentissage doivent permettre le succès tout en gardant un aspect de défi. Les tâches trop facilement réalisées ne sont pas considérées comme une réussite.

    -L'enseignant doit d'abord agir pour susciter ou entretenir la motivation intrinsèque, mais il doit aussi reconnaître l'efficacité de la motivation extrinsèque.

    -L'enseignant doit aider l'étudiant à identifier ses aptitudes, ses acquis, son style d'apprentissage, et à réaliser ses objectifs propres.

    In Guy Robidas

    Le modèle motivationnel de Deci et Ryan.

    Deci et Ryan, au lieu de présenter la motivation selon la dichotomie EXTRINSÈQUE et INTRINSÈQUE parlent plutôt de continuum motivationnel allant de l'amotivation à la motivation intrinsèque en passant par les diverses nuances de la motivation extrinsèque.

    Pour ces deux auteurs, la sorte de motivation dans une situation donnée dépend du degré d'autodétermination dont a joui le sujet dans le déclenchement et la direction de l'action. Nous aurions donc un continuum ou une échelle motivationnelle qui serait représentée comme suit:

    L'AMOTIVATION.

    L'amotivation fait référence à la théorie de la «résignation acquise» et est associée aux conséquences les plus négatives de l'expérience d'apprentissage. Un étudiant amotivé est résigné et se sent impuissant devant l'apprentissage, croyant d'avance qu'il n'a aucun contrôle sur les résultats de cet apprentissage. C'est le niveau zéro de la motivation.

    LA MOTIVATION EXTRINSÈQUE.

    Un individu motivé extrinsèquement, ne fait pas l'activité pour elle-même, mais plutôt pour en retirer quelque chose d'agréable ou afin d'éviter quelque chose de déplaisant une fois l'activité terminée. Il y a quatre sortes de motivations extrinsèques.

    a) la motivation extrinsèque par régulation externe: on fait l'activité pour la récompense qui lui est attachée ou pour éviter la punition que sa non exécution peut entraîner, ou tout simplement par obligation. Aller à l'école parce que forcé par les parents.

    b) la motivation extrinsèque par introjection: on fait l'activité parce qu'on s'impose des pressions ou des contrôles à soi-même. Par exemple, un étudiant qui, sans pressions extérieures apparentes fait ses travaux, guidé par un sentiment de culpabilité.

    c) la motivation extrinsèque par identification:: on fait l'activité par choix. parce qu'on la valorise et qu'on la juge importante. L'autodétermination commence à ce niveau. L'étudiant-maître assiste, par exemple, à ses cours de pédagogie parce qu'il les juge importants pour sa profession futue.

    d) la motivation extrinsèque par intégration: on fait l'activité par choix et les décisions prises sont cohérntes avec notre personnalité, nos croyances et nos valeurs. L'autodétermination est très élevée ici. Par exemple, un étudiant, conscient de l'importance de la réussite dans ses études, décide d'étudier pour son examen au lieu d'accepter l'invitation à une soirée entre amis.

    LA MOTIVATION INTRINSÈQUE.

    La motivation est intrinsèque lorsqu'une tâche ou une activité est accomplie pour le plaisir et la satisfaction retirés de sa pratique ou de sa réalisation. C'est le plus haut niveau d'autodétermination. Deci et Ryan distinguent trois sortes de motivations intrinsèques.

    a) la motivations intrinsèque à la connaissance: dans ce cas, on fait une activité pour le plaisir et la satisfaction éprouvés à le faire. Exemple, apprendre ou découvrir quelque chose de nouveau. Trouver de la documentation pertinente à son sujet de thèse...

    b) la motivation intrinsèque à l'accomplissement:: on fait l'activité pour les sentiments de plaisir et de satisfaction ressentis pendant que l'on se surpasse dans son travail ou durant la création de quelque chose. Par exemple, éprouver du plaisir à affronter un problème de physique ou de mathématique qui nous pose un défi....

    c) la motivation intrinsèque aux sensations: on fait l'activité pour ressentir des sensations stimulantes, tels les plaisirs sensoriels et esthétiques. Par exemples, faire du jogging pour les sensations de bien-être que cette activité procure; faire l'amour; prendre plaisir à s'adonner à la peinture, à la musique, etc.

    Bref, pour Deci et Ryan, la motivation est un phénomène qui peut aller d'un niveau zéro d'autodétermination à un niveau suprême d'autodétermination.



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