Le temple Horyu-ji construit en 607 AD
Photo par 663highland, CC-BY 2.5, via Wikipedia

L’architecture en bois du Japon

Les anciens

Tous connaissent les pagodes japonaises en bois qui ornent encore aujourd’hui les jardins idylliques de ce pays avec leur silhouette arborant de grands débords de toit incurvés vers le ciel, parfois superposés sur six ou sept étages. Je me souviens avoir étudié le soin qu’ils accordent aux pieds de leurs colonnes de bois pour les soustraire à l’effet néfaste de la capillarité de l’eau, soin que nous prenons maintenant pour élaborer les détails d’ancrage de nos propres colonnes.  Leur science du bois se traduit maintenant à travers des œuvres remarquables par des architectes reconnus mondialement.

Grâce aux ingénieux charpentiers japonais qui ont inventé les gratte-ciels sur tablier roulant en s’inspirant des systèmes de contre-balancier de leurs pagodes, les métropoles situées dans des zones sismiques dangereuses, pensons à Los Angèle, ont pu construire des centres-villes en hauteur sécuritaires. Ces tabliers qui annulent les mouvements horizontaux des tremblements de terre proviennent des connaissances acquises à travers des siècles de construction en bois. Les temples qui, datant parfois du septième siècle, ont résisté à de multiples tremblements de terre sont tous en bois et possèdent un système de pendule constitué d’un immense tronc de pin accroché au toit du centre du bâtiment qui absorbe les chocs sismiques violents. Les immenses toits à larges débords et à multiples étages des temples doivent leur stabilité aux chevilles mobiles qui les retiennent les uns aux autres.

Les architectes de l’après guerre

Depuis le début de son existence en 1979, six architectes japonais ont remporté le prestigieux prix Pritzker d’architecture, dont quatre dans les six dernières années : Shigaru Ban (2014), Toyo Ito (2013) et le duo Sejima et Nishigawa (2010), précédés de Tadao Ando (1995), Fumihiko Maki (1993) et Kenzo Tange (1987).

Sans aucun doute, ces architectes japonais ont produit de grandes œuvres contemporaines qui influencent dorénavant l’architecture mondiale, et la plupart se sont servis du bois comme matériau de prédilection.

Les multiples séismes qui ont ravagé les villes du Japon, comme celui de Tokyo en 1923 qui a fait 140 000 morts et détruit la ville en entier, celui de Kobe en 1995 qui tua 6,400 personnes, et plus récemment le tsunami de 2011, ont conditionné les architectes du pays à continuer d’utiliser le bois pour les grands bâtiments publics, puisqu’il résiste mieux à ce genre de cataclysme que tout autre matériau.

Cette qualité a été démontrée de façon convaincante lors de tests réalisés à l’université de Kobe sur un édifice de 7 étages en CLT et une structure équivalente en béton armé. L’édifice de bois a résisté aux simulations d’un tremblement de terre de magnitude 7 (l’équivalent du séisme de Kobé)  presque sans dommage contre une destruction complète pour celui en béton.

Les modernistes
Kenzo Tange (1913-2005), Fumihiko Maki (1928) et Tadao Ando (1941)

Les écoles d’architecture du pays se sont résolument tournées vers le modernisme en étudiant  Le Corbusier, Saarinen, Cropius, Frank Loyd Wright et d’autres. Des architectes japonais comme Kenzo Tange et son élève Fumihiko Maki reconnaissent avoir adopté ces maîtres alors qu’ils étaient étudiants.

Personnellement, le stade des Jeux Olympiques d’été de Tokyo appelé Gymnase national Yoyogi (1964), la plus grande structure tendue au monde de l’époque, m’avait particulièrement impressionné lorsque j’étais étudiant. Il s’agit de l’icône architecturale des japonais puisqu’il représente l’union avec les pagodes japonaises en bois et l’architecture moderne.

Tange était d’abord un charpentier qui aimait travailler le bois. Même s’il ne voulait pas être traditionnel, sa culture du bois témoigne d’un profond respect envers les méthodes anciennes et les archétypes de son pays qu’il a transmis formellement dans ses œuvres.

Tadao Ando, architecte autodidacte disciple de Tange, est le troisième japonais à recevoir le Pritzker. Outre les résidences en bois qu’il construit au début de sa carrière, il réalisa de grandes œuvres en structure bois telles le pavillon du Japon à l’exposition universelle de Séville en 1992, le temple Komyo-ji et le Musée du bois Mikata-gun à Hyogo au Japon.

Le Musée de bois à Hyogo au Japon via My Architectural Moleskine
Le Musée de bois à Hyogo au Japon
via My Architectural Moleskine

La structure en bois de membrures horizontales entrecroisées menant vers le toit du pavillon du Japon est typiquement reliée aux temples japonais et offre la même résistance aux tremblements de terre. Elle est souvent utilisée par les jeunes architectes du pays, comme Kengo Kuma, pour les passerelles et enveloppes de bâtiment.

La pavillon japonais de l'exposition de Séville via My Architectural Moleskine
La pavillon japonais de l’exposition de Séville
via My Architectural Moleskine

Les grands contemporains

Concrètement, les architectes contemporains du Japon travaillent le bois comme le béton, l’acier, l’aluminium, en sujet principal parfois ou intégré aux structures et aux enveloppes des bâtiments.

Shigeru Ban (1957), qui a conçu le Centre Pompidou à Metz, est surement l’architecte contemporain japonais qui a le plus valorisé les nouvelles constructions en bois. Il est connu comme l’Eiffel du carton depuis l’exposition universelle de Hanovre où il a, en 2000, conçu une spectaculaire voûte en arche de tubes de carton.

Le Centre Georges-Pompidou © Josée Tremblay
Le Centre Georges-Pompidou
© Josée Tremblay

Il avait auparavant construit avec du bambou et des tubes carrés dans son pays pour obtenir nombre de structures en coquilles grillagées, comme récemment le Halle du toueur à Pouilly-en-Auxois en France (2004) et plusieurs œuvres temporaires à travers le monde. L’édifice qu’il a construit en 2013 pour le groupe Tamedia de Zurich compte 7 étages en bois et 2000 m3 d’épicéa suisse.

Il s’est distingué aussi en venant au secours des réfugiés avec ses maisons de papier fort distribuées à Haïti après le sinistre de 2010 et une maison de brique structurée en gros bois d’œuvre pour protéger les habitants du Népal après le séisme de 2015.

Le Musée d’art de la préfecture d’Oita, ouvert en 2015, et le Centre de sports intérieurs du même Oita constituent des ouvrages majeurs en bois où des panneaux laminés courbés et tressés suivant le rayon du dôme deviennent le prolongement sophistiqué des structures précédentes en grillage de bois d’une légèreté absolue. Dans le même ordre d’idée, dans une résidence de 2014, des pièces de bois de cèdre massif équarries et collées sont assemblées comme on utiliserait des panneaux minces en CLT pour les murs et les toits.

Toyo Ito (1941) utilise le bois au début de sa carrière dans les habitations qu’il recouvre d’aluminium et de matériaux translucides. Il a construit le plus grand stade couvert au monde en bois de cyprès à Odate au Japon avec une portée de 178 m. Ses projets grandioses ne sont pas toujours identifiés au bois, puisque la transparence et les vides de ses édifices ont fait sa marque de commerce.  Pourtant, le Minna Nomori, un grand centre culturel de Gifu au Japon ouvert en 2015, est recouvert d’un immense toit structuré en grillage de bois.

Katsuyo Sejima (1941) et Ryue Nishizawa (1966), connus pour le New Museum of Contempory Art à New York, intègrent le bois dans leurs constructions, comme à la Grace Farms Fondation (Connecticut) où leur structure appelée Rivière (2015) permet aux visiteurs de serpenter les 80 hectares de ce site appartenant à une jeune congrégation religieuse sans but lucratif.

La structure Rivière de Katsuyo Sejima et Ryue Nishizawa Image gracieuseté de la Grace Farms Foundation et de SANAA
La structure Rivière de Katsuyo Sejima et Ryue Nishizawa
Image gracieuseté de la Grace Farms Foundation et de SANAA

Kengo Kuma (1954) sera peut-être le prochain Pritzker en raison de ses extraordinaires projets qui font que plusieurs le considèrent comme l’autorité déterminante de l’architecture du futur. Professeur émérite, écrivain prolifique, son bureau compte 150 architectes qui réalisent des projets en bois partout sur la planète. Ses structures de petites membrures de bois en treillis sont caractéristiques et proviennent de l’architecture de la période Edo au 18ième siècle. Son projet du stade National 2020 des jeux Olympiques de Tokyo remplace celui trop coûteux de Zaha Hadid décédée en 2016.

Katsuhiro ishii (1944) se distingue par les toits et plafonds exubérants qu’il appose sur ses résidences en bois de charpente, résidences qui évoquent l’histoire du Japon avec ses pagodes, tout en étant ancrées dans le monde d’aujourd’hui.

Hiroshi Naito (1950)

Le gymnase de Shizuoka (2015) d’Hiroshi Naito est la plus grande structure en bois laminé au Japon. Elle répond aux très sévères exigences sur la sécurité contre les tremblements de terre. Son enceinte principale est formée par 256 piliers de cèdre de 14,5 m de haut reliés en demi-cercle elliptique, qui supportent un toit gigantesque de 2350 tonnes.

Architecte reconnu pour sa passion pour les structures en bois, son Musée des Plantes Makino de Kochi est une véritable ode à ce matériau, qu’il fait onduler autour d’une place centrale boisée. Aussi, son musée Folk de la mer de Toba présente des structures simples en arches de bois très spacieuses qui font un renvoi aux bateaux historiques de bois qu’il contient.

Les maisons de bois

Lorsqu’on accepte de regarder les plus petits projets en bois, il y a un nombre infini de bijoux. Trop peu d’espace me contraint à ne vous en présenter que deux provenant de jeunes firmes qui traduisent bien leur culture.

Life Style Koubou  et Studio Noa sont deux groupes de jeunes architectes du bois qui inventent de nouvelles manières d’utiliser les traditions séculaires japonaises comme les murs transparents de lattis de bois et créent des ensembles domiciliaires d’un grand raffinement et d’une simplicité formelle remarquable. Les maisons réalisées par Life Style Koubou à Itsuura et par Studio Noa à Inokashira en sont des superbes exemples.

Outre les projets en CLT de Shigeru Ban, quelques projets utilisant ce matériau ont été réalisés au Japon, dont un hôtel de deux étages et un dortoir de trois étages.  Industrie Meiken de la préfecture Okayama au Japon a également publié son intention de bientôt construire une usine qui ajouterait le CLT à ses laminés. Son bois proviendrait du Canada. On peut croire que ce matériau va connaître beaucoup de succès au Japon en raison de la sécurité qu’il inspire.

Photo d’entête : Le temple Horyu-ji construit en 607 AD,  crédit  663highland, CC-BY 2.5, via Wikipedia

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2 réflexions sur “ L’architecture en bois du Japon ”

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