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Le bois de grange

Il existe au Québec un véritable engouement pour le bois de grange qui dépasse tout ce qu’on a connu depuis les années soixante lorsqu’on craignait que les américains emportent chez eux nos plus beaux bâtiments de ferme. Des fabricants de matériaux de construction ont saisi cette tendance et produisent des céramiques, des planchers de vinyle, prélarts et autres faux-finis muraux de composite dont la vraisemblance est saisissante parfois. Il reste quand même que rien ne vaut la réalité de l’original et on assiste régulièrement à la disparition de trésors de notre patrimoine agricole.

© Christian Côté
© Christian Côté

De plus en plus d’applications exposant la patine chaleureuse du matériau vieilli, avec ses traces de peinture contenant parfois du plomb ou complètement raviné, sont aperçues à l’intérieur de résidences, de bureaux ou d’endroits publics comme les boutiques et les restaurants.

Récupération salutaire pour l’extérieur

Bien entendu, des exceptions prévalent lorsque la grange est dans un état de délabrement proche de l’effondrement ou lorsque des pans de murs se retrouvent dans une position horizontale ou encore dont la base s’enfonce dans le sol.

J’ai participé récemment à la récupération d’une grange d’un parent. Elle était âgée de 113 ans et ses planches de 12 pieds de longueur étaient enfouies jusqu’à 2 pieds dans le sol. Nous devions nous pencher pour entrer par les portes. L’épaisseur initiale du revêtement de plus d’un pouce brut est encore aujourd’hui de ¾ de pouce minimum dépendant de son exposition au soleil et aux vents. La face nord présente le moins de détérioration et après avoir coupé la partie pourrie de la base il reste encore 10 pieds de bois sain qui peut encore servir plusieurs décennies dans des conditions semblables à l’extérieur. La largeur des planches varie de 5 pouces à un magnifique 11 pouces.

Le bouvetage relativement bien préservé permet une réutilisation facile et les vieux clous rouillés « décrochis » fixent plus solidement que n’importe quel clou neuf. J’ai donc construit une remise avec une partie du bois récupéré et certains beaux éléments de structure, des 4X4’’ et des 3X8’’ bien conservés sous la toiture de tôle ancienne.

 Le résultat

Remise en bois de grange
© Christian Côté
La remise faite du bois d’une grange centenaire s’harmonise parfaitement avec la maison (ci-dessous).

Exception faite de la conception actuelle, cette remise s’intègre au bois vieilli de la première construite en 1984 et sur laquelle elle s’appuie.  Le trou au centre permet l’accessibilité aux activités de compostage du jardin par un véhicule tout terrain. Ce choix du bois grisonné évite la présence d’une remise préfabriquée pas toujours en accord avec le style de la maison (la mienne est justement en cèdre blanc de l’est vieilli) ou le caractère du paysage qu’on désire exempt de pollution visuelle.

© Christian Côté
© Christian Côté

La longévité du bois de grange est bien connue et m’impressionnera toujours. Depuis quelques années, on peut trouver de vraies planches vieillies en usine par un procédé pour ce marché grandissant chez Groupe Concept PV. Ceci amoindrit la convoitise exercée sur nos granges et évite les inconvénients connus des produits nocifs contenus parfois dans le vrai bois de grange qui se retrouvent dans nos intérieurs.

La sauvegarde patrimoniale

© Christian Côté Le revêtement de la fromagerie Ménard, fait de matériaux neufs, se marie parfaitement avec la campagne environnante.
© Christian Côté
Le revêtement de la fromagerie Ménard, fait de matériaux neufs, se marie parfaitement avec la campagne environnante.

Pour conserver les granges existantes, il y a malheureusement plus de démolisseurs que de constructeurs. J’ai eu connaissance de la vente de l’une d’elles, dans le comté de Bellechasse pour 500$ par un récupérateur qui devait démonter, tout emporter et vendre à la pièce avec grand succès d’après lui.

Durant ma pratique, plusieurs fromagers m’ont commandé un bâtiment en bois de structure dans le but de valoriser leur bâtiment et nous avons réussi à trouver de véritables charpentiers qui ont travaillé avec des matériaux neufs. Nous n’avons donc jamais démoli de granges pour utiliser leurs poutres et plutôt, nous avons tenté d’ajouter au langage architectural de la campagne environnante. La fromagerie Médard en est un exemple.

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