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être grand parent: comme une bouffée d’éternité.

 21 juin 2016.

Bonjour mon ami,

Tel que nous l’avons convenu c’est moi qui ce matin débute notre correspondance . D’entrée de jeu, j’aimerais savoir comment ça se passe pour toi ? J’ai beaucoup apprécié nos échanges lors de ton séjour au Saguenay, on se reprend il va sans dire.

En ce qui me concerne, je suis à apprivoiser mon nouveau statut de grand-mère. Je t’ai annoncé il y a quelques jours, dans un bref courriel, que notre petit fils Louis était né le 28 mai dernier. Ce week-end, nous avons passé quelques heures avec lui et ses parents. Nous avons donné un petit coup de main (ménage, repas) afin qu’ils puissent s’investir entièrement dans leur nouveau rôle. Des instants magiques, un cadeau inestimable de la vie. Plusieurs de mes amies m’avaient parlé de « l’effet wow» que produit le fait de devenir grand parent. Mais je dois t’avouer que ce que je vis dépasse de beaucoup cette seule exclamation. C’est difficile de trouver les mots pour exprimer ce que produit chez l’humain cette insertion dans le cours du temps et des générations. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer notre premier échange à ce passage de la vie qu’est la grande parentalité.

Ma première réflexion concerne le changement de place et de statut identitaire que provoque cette expérience. À mes identités de fille, de sœur, de femme et de mère s’ajoute désormais un « grand » quelque chose que je ne souhaite pas encore nommer. Je ne sais pas  si je serai une mamie, une grand-maman, une grand-mère ou peut-être seulement un nom transformé par les premiers mots de Louis comme mamy-colle. Peu importe, je laisse le soin à Louis et ses parents de décider du nom que je prendrai. Comme le rappelle Freud dans Totem et tabou, donner et recevoir un nom c’est important.  Ce dernier au plan symbolique, agit comme une sorte de marquage rituel qui se présente comme un nouveau chapitre de mon existence qui m’apportera une bonne dose d’apprentissages. J’espère être une bonne grand-mère. C’est un défi relationnel pas si simple quand on y pense. Je ne suis plus en première ligne. Les parents sont les premiers responsables de cette nouvelle vie et c’est certain que je devrai respecter les règles qu’ils auront fixées. Tout en affirmant et assumant cette dimension de la grande parentalité je compte me réserver des espaces où je pourrai laisser place à des petites folies . Juste un peu de cette délinquance inhérente au fait d’être grand quelque chose .

J’aimerais aussi te parler de cet instant où j’ai vu Louis pour la première fois. Il y avait dans cette chambre un silence d’une grande beauté. Ma belle-fille se reposait après plusieurs heures  d’efforts et mon fils s’affairait à guetter les moindres sursauts du bébé. Au premier hoquet,  il pensait que fiston allait faire un arrêt cardiaque ! Avec Louis entrait dans sa vie l’inexplicable inquiétude qui nous envahit  et qui ne nous quitte plus  jamais.   Nous avons échangé peu de mots, juste être là en silence et prendre contact avec une vie naissante suffisait.   Il y avait comme un trop-plein de vie et les mots n’avaient pas leur place. La dernière fois que j’ai ressenti cette émotion c’était au chevet de mon père, quelques heures après son décès, où nous l’avons veillé en attendant que le soleil se lève sur le Fjord. Nous étions quelques personnes présentes pour prendre le temps de lui faire nos adieux. Une paix lumineuse envahissait cette pièce, le temps s’était arrêté et je me rappelle du silence qui remplissait l’espace. J’ai toujours pensé que la vie et la mort se rejoignaient mais aujourd’hui cela est inscrit au cœur même de ma mémoire . Le lit de mon petit-fils naissant et celui de mon père mourant comme la rencontre de la fragilité mais aussi de la force de la vie. L’insertion dans le cycle des générations, dans un clan, un territoire, un pays, une commune humanité. Et si c’était cela l’éternité? Une éternité qui n’a de sens que dans le présent en lien avec les autres  et qui vaut mille fois mieux que tous les paradis promis à la fin de nos jours.

photo: depositphoto/librakv/

4 réflexions sur “ être grand parent: comme une bouffée d’éternité. ”

  1. Quel bonheur de te lire. Cette lettre est un merveilleux partage qui donne tout son sens au  » Passage ».
    Mamy-colle Wow!
    Félicitation Nicole et profite de ton bonheur.

  2. C’est ce que j’ai toujours pensé que la vie et la mort se rejoignaient…que l’enfant naissant est très près d’une vie spirituelle intense. D’ailleurs, naître c’est mourir d’une autre vie.

    Je comprends très bien le grand bonheur que vous vivez comme grands-parents. Toutes mes félicitations aux heureux parents! Le temps n’est pas si loin où j’enseignais à un si gentil garçon et dire que maintenant, il est papa. Et oui, la vie continue!

  3. Merci Lise pour ce commentaire. Je sais que tu es une grand maman extraordinaire et aimante. Les enfants ont toujours été une grande richesse pour toi. Tu as été une enseignante très marquante pour mon fiston et par la suite une amie précieuse. La vie me tire souvent loin mais je souhaite que l’on puisse se voir bientôt. Pourquoi pas un déjeuner la semaine prochaine. Fais moi signe. J’ai tant tardé.

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