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Lettre de mon ami. L’être: nuage de conscience

30 juin 2016. Merci Nicole pour cette invitation dans un nouveau lieu pour moi. Je tiens dans ce premier échange à m’ouvrir en partageant ma réalité un peu spéciale.

Voilà une entrée un peu tardive, mais elle vous met au rythme que me fait porter cette maladie. Oh, pas de crainte, je suis toujours le même et ai même plongé jusqu’à des souvenirs écrits à mon adolescence pour bien vérifier si quelque part dans cette chirurgie cérébrale j’y aurais perdu une partie de moi-même…rien de trouvé à cette adresse !

Cependant, la vie n’est plus la même. Étais-je plus aveugle avant ou le suis-je maintenant ? Ma vie entière a été avant cette maladie un cadeau, avec une facilité d’approche de l’analyse de situations, des choix pondérés, des consultations éclairantes, des discussions ouvertes sur les poids décisionnels. La chirurgie et les traitements, en plus de leur conséquences concrètes et opérationnelles, ont aussi directement extirpé toute une réalité active d’action : isolement soudain dans une belle réflexion, mais hors responsabilité quotidienne des attentes de mes tâches de médecin et de ma coordination académique à l’Université de Montréal.

Ce retrait est-il à la base de la transformation des perspectives ? Ce frein mène à un rythme qui change, peu marqué au début, mais prenant du poids avec le temps après 3 mois. Atteinte de l’attention qui progresse, rendant la mémoire plus difficile à éveiller, et du temps de sommeil augmenté ? J’ai vécu récemment des jours limités à 6 ou 7 heures d’éveil et des difficultés à fixer l’attention sur tout échange. Difficulté de tout faire porter sur le retrait de la vie active, les traitements y étant en poids de toute évidence, mais aussi impossible de l’exclure complètement.

Les changements sont clairs suite à la radiothérapie, mais aussi suite aux traitements de chimiothérapie. Les symptômes de fatigue, de difficultés de concentration sont liés en terme de séquences temporelles.

Quelle était ma conscience antérieure de ces problèmes potentiels de vitesse d’atteinte et d’organisation d’analyse de situations problématiques ? Quelle différence aujourd’hui avec les questionnements prenant espace dans ce type de réflexion, mais aussi en lien avec la perte de détails opérationnels ?

Je me retrouve en conversation avec un ami sur l’organisation des services de première ligne dans le territoire. Discussion intéressante et qui rencontre nos passions sur le sens de l’organisation des soins et les contraintes individuelles vécues. La discussion de cet ordre conduit normalement à une attention naturelle de ma part. Pendant la discussion, des inattentions me glissent complètement hors sujet à l’interne, (ex : ce que j’ai à faire vendredi) qui fait appel à un éveil de la situation et la recentralisation sur le sujet de ma part dans un effort concentrique.

D’où vient cette baisse d’attention ? Un éloignement de réalité terrain ? Un déficit d’attention lié à l’atteinte cérébrale, radio thérapeutique ? Chimio thérapeutique ? Temporaire ou permanente ? Situations possibles aussi dans le passé lors de périodes de fatigue intense lors de sujets croisés multiples et gestion des priorités.

La simplicité n’existe plus, pris entre homme ordinaire que je suis, le changement de rythme de vie et la maladie et ses traitements qui s’imposent. Qu’en comprennent les autres ? La plupart, par feedback positif ou par ignorance de ma réalité intérieure me mentionnent l’absence de perception de ces glissades internes.

J’ai la chance de vivre au quotidien depuis le début de cette maladie la passion sur le sens de cette vie et le plongeon dans sa compréhension qui permet à ce que chaque graine de bonheur puisse être cueillie et semée. Je continue aussi à y tracer au quotidien écarts internes de cette réalité, vécue en solitaire.

Je garde en réserve pour un  prochain échange les portes d’une réflexivité humaniste, celle qu’éveille les miroitements d’une fin éventuelle, mais aussi soutenue par les questionnements intérieurs.

Photo. Depositphoto/carloscastilla/

 

Une réflexion sur “ Lettre de mon ami. L’être: nuage de conscience ”

  1. J’aime bien votre réflexion en moment de maladie! Notre perception ne peut plus etre la même, notre vie n’est plus la même non plus ! Impossible ! Seul avec soi-même, seul avec nos difficultés de concentration, manque d’énergie, manque de mémoire, oublis de toutes sortes, douleurs difficiles à expliquer, tout çela fait parti des journées lorsqu’on est malade!

    Vous êtes bon de verbaliser cela comme vous faites, c’est pas évident d’être diminuer, de sentir la vie différente et c’est un chemin inconnu qui peut faire peur, à nous d’abord et aux personnes autour de nous ! Les mots ne suffisent pas souvent pour se dire comment on va et comment on est perdu dans notre incapacité de vivre comme avant! Mais veut-on revenir comme avant? Moi non, la maladie m’apporte plus de sagesse dans mes actions et plus de sensibilité envers moi et les autres !

    Merci de votre ouverture et courage !

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