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Présentation / Marie Renoue 5 L’IMAGE LUMIÈRE NOCTURNE de Vincent Laganier 57 LUMIÈRE EN NOIR ET LUMIÈRE TANGIBLE. Le
« goût » du paradoxe / Marie Renoue 69 Documents INTERVIEW AVEC RAOUL COUTARD / Pierre-Emmanuel Parais et
Marie Renoue 101 Une présentation de Marie Renoue « I would like to say that there never is no light », dit James Turrell 1, dont la production artistique est consacrée à la lumière sous ses différentes manifestations physiques et physiologiques. Cette ubiquité, comme également la valeur symbolique de la lumière associée aux notions de clarté intellectuelle, d’évidence, auraient pu être l’indice d’une simplicité du phénomène, de sa description et de ses interprétations. Pourtant, toute impression d’évidence s’évanouit dès que l’on tente de préciser ce qu’est la lumière, ses valeurs sémantiques, mais aussi ce qu’il en est de sa visibilité – contestée entre autres par le philosophe O. Revault d’Allonnes, qui écrit : La situation est quelque peu paradoxale: si la lumière est la condition indispensable pour qu’un objet soit visible, en revanche la lumière elle-même ne se voit pas. […] La lumière à la fois existe et n’existe pas.2 Aussi la lumière fut-elle et est-elle encore le lieu ou l’objet de spéculations philosophiques, cosmologiques, théologiques ou scientifiques – que l’on songe au mythe platonicien de la Caverne, au feu héraclitéen, à la lumière non astrale du Fiat Lux de la Genèse ou au photon, ondulatoire ou corpusculaire, de la physique quantique. Elle est un enjeu axiologique, esthétique, donc éthique, ainsi que le soulignent le fameux Éloge de l’ombre de J. Tanizaki (1933) et nombre d’édifices religieux. Objet sémiotique de choix pour le sémioticien, elle l’oblige, par sa trop grande polyvalence, à préciser un angle d’approche, à circonscrire un champ de manifestation, ainsi que le feront les diverses contributions à ce dossier de Protée, intitulé « Lumières». Au-delà de la diversité des objets étudiés, le dossier « Lumières » présente des convergences thématiques et une variété méthodologique et théorique : il s’agit d’interroger les régimes de visibilité de la lumière, sa capture comme objet de valeur ou ses fonctions comme opérateur de visibilité d’objets, d’interroger également les valeurs différentielles du plan de l’expression ou du contenu qui la définissent, ses manifestations paradoxales ou complexes et synesthésiques. Il s’agit en fait de traiter de l’émergence du lumineux et de la lumière, de l’émergence d’un objet sémiotique, voire d’une approche sémiotique qui puisse le prendre en charge – car l’un des enjeux de ce dossier est assurément la confrontation de démarches sémiotiques déjà reconnues ou innovantes et en devenir. Essentiellement consacré à la lumière des arts, ce dossier s’ouvre néanmoins avec une contribution traitant de « lumière naturelle », celle de P. Boudon, qui propose d’exfolier des figures de lumière astrale sous la forme diagrammatique des templa, afin d’élaborer une sémiotique de la physique dégagée de l’anthropomorphie des approches narratives et passionnelles courantes en sémiotique – et qui seront représentées ci-après. Les autres contributions offrent l’examen d’objets artistiques singuliers ou pluriels plus ou moins intégré à l’explicitation d’une démarche sémiotique (une sémiotique passionnelle et tensive, une étude aspectuelle et actantielle des régimes de visibilité de la lumière). J. Fontanille propose ainsi l’analyse d’un effet : « la lumière intérieure » des paysages baudelairiens en termes actantiels et passionnels, pour mettre en évidence les deux configurations spatio-temporelles qui participent à la constitution sémiotique du paysage (« le paysage-existence » et « le paysage-expérience » indépendant ou dépendant de l’observateur). W. Fiers fait une analyse interactive des contraintes physiques de la lumière – la morphogenèse – et épistémologiques de la perception – la sémiogenèse – en termes de structures sensori-motrices à partir de deux sculptures de verre de Raphaël Farinelli et d’Étienne Leperlier. Distincte de la narrativisation greimassienne de la signification, la sémiotique tensive que C. Zilberberg propose pour sa part, dont il expose les principes – la référence rhétorique, le primat de l’intensité – avant une analyse de la structure de la luminosité, de « styles » lumineux et « de la productivité de la noirceur », est apparente entre autres dans l’ Éloge de l’ombre de J. Tanizaki et dans l’œuvre d’ outrenoir de Pierre Soulages. Marie Renoue traite aussi des relations paradoxales entre le noir et la lumière en évoquant les peintures de Pierre Soulages, mais aussi les Lights Pieces de James Turrell, dont la dimension haptique est soulignée. L’ haptique et le synesthésique sont les points d’ancrage de l’étude de la texture représentée ou ostensive que réalise A. Beyaert, attentive à son interdéfinition avec les autres dimensions du visible et à son exploitation dans les arts du XXe siècle. Enfin, F. Parouty-David consacre son étude à la lumière représentée, à ses tensions et à ses valeurs actantielles, synesthésiques et axiologiques, dans La Mort de la Vierge du Caravage, le peintre par excellence de la dialectique ombre et lumière. Puisque la lumière est également un matériau à travailler ou un objet façonné par des spécialistes de l’éclairage, les témoignages de praticiens ne pouvaient être oubliés. Aussi la section «Documents» propose-t-elle deux textes : une interview réalisée par P.-E. Parais et M. Renoue avec le chef-opérateur de la « nouvelle vague», R. Coutard, qui évoque les contraintes ou recherches techniques qui ont participé à la formation des lumières ayant fait sa renommée ; et le texte de J.-J. Ezrati, qui distingue pratiques et métiers de la lumière, avant de présenter une de ses réalisations muséales de concepteur éclairagiste. Une pratique de la lumière dont V. Laganier, architecte, éclairagiste et photographe, donne des exemples dans le dossier iconographique qu’il a réalisé ici. La responsable du dossier remercie chaleureusement tous les auteurs, Raoul Coutard pour son aimable disponibilité et Vincent Laganier pour sa participation esthétique. ______________
RÉSUMÉS Cosmos (fragments). The idea of a “ semiotics of the natural world ”, initiated
by Greimas in his 1967 paper, goes beyond the notion of an intersubjectivity
from which discursive representations are analyzed. It deals with all
the requirements of a “ phusis ” of the world, which are independent
from the anthropomorphic views of the individuals in action (this point
of view is similar to the one present in pragmatics). In this paper, which
is a work in progress, I look into these requirements, which are related
to the notion of the “ lumen naturale ” ( cf. the “
idea ”, seen through the passing of time, through the movements
of stars). From this point of view, semiotics is defined as a locus of
emerging properties of Nature, of a set of facts more or less heterogeneous.
Semiotics comes close to original meanings of speculative physics, and
to the notion of the origin of natural science. Lumières, matières et paysages. Among all the effects of light, we have chosen to put the focus on one,
which is concerned with the relations between time and matter : landscape’s
“ internal lights ”. Internal light appears as a property
of objects and of their structure in many ways : on an actantial level,
because light intensity comes from the object ; in terms of modality and
aspectuality, because the light emitted is modulated by matter itself
; in terms of temporality, finally, because the perception of these lights
is dissociated from the one emitted from its source at the time of this
emission. These concepts are used in the analysis of Charles Baudelaire’s
The Flowers of Sickness and Evil. We study such expressions as “
fire of look ”, “ veiled light ” and “washed sun
”. We extend these remarks to a reflection about landscape, conceived
as a semiotic configuration stemming from the natural world, which enables
us to confront the notions of “ existence ” and “experience”.
La sculpture de verre comme monde de lumière.
Deux sculptures de Raphaël Farinelli et d’Étienne Leperlier.
William Fiers – page 31 Artistic glasswork is a medium where perception can be studied in details
as a field of signification. It gives us the occasion to examine the way
in which the physical constraints of light and the epistemological constraints
of perception interact and produce sensory motor structures that function
as the lines of tension from which morphogenesis and semiogenesis, as
well as form and sense arise. Furthermore, glasswork is the art par excellence
where light can dazzle us and take us to an imaginary world ; it is the
art where light can be reduced to a mere function of perception or, on
the contrary, where perception can become the result of the laws of light.
In this article, we propose an analysis of two glass objects : a bowl
of Raphaël Farinelli and a sculpture of Etienne Leperlier made of
molten glass. Each of these objects represents a full world of light and
explores the possibilities of perception. Éloge de la noirceur. This articles discusses several aspects relating to light and obscurity
: (i) it adds “ intensity ” to the elementary structures of
signification, an addition which forces a re-evaluation of semantic features
in terms of vectors ; (ii) it call for a critical stance towards “
narrative ” definitions of meaning ; (iii) it tries to redefine
the concept of paradigm, giving it a wider range ; (iv) it brings together
rhetoric and semiotics, which, to some extent, is self-evident, since
rhetoric aims at “ giving promptness, force or grace to speech ”
; (v) even though obscurity is non verbal, on the level of meaning and
its content, we can describe it the same way as verbal semiotics, the
difference between the two types of semiotics being one of degree and
equilibrium. Lumière en noir et lumière tangible.
Le « goût » du paradoxe. Interpretations of light must often deal with a contradiction –
a contradiction logically neutralized or condensed in a tensive structure.
We propose to deal with these contradictions, which bring into play a
societal paradigm and its expression, by studying two singular bodies
of works : Pierre Soulages’ work, who combines light and blackness,
and James Turrell’s work, who uses the material and haptic density
of the coloured light. These studies and the debates on the visibility
or invisibility of light lead us to reflect on the modalities of a “
light effect ”, its apparition and production. These aspects invite
us to explore the problems of modalities of emergence of an object, one
as subtle as light, as well as those of its perception and description.
Texture, couleur, lumière et autres arrangements
de la perception. The article seeks to praise a dimension generally considered as minor
in art : texture. At first, we distinguish between two conceptions : represented
texture (grain of world) and the patent texture (grain of painting) ;
on this basis, we observe the relationships between the many dimensions
of the visible, and between the visible and the tangible. Finally, we
outline an accentuation of texture in art which appeared during the 20th
century, namely in Surrealism and in contemporary installations. Lumières et profondeur épistémique. The starting point of this article is a reflection on Caravagio’s
The Virgo’s Death, especially on the religious nature of its title.
We go on, from there, to show how light and shadow modulate some part
which change their categorical relevance. We describe synesthesic operations
that explain at first how light, which governs the visible, leads to auditive
and kinesthesic sensations. Light is capable of homogenizing meaning,
stressing for instance parts of the body in understanding a work of art.
Moreover, variations in the intensity of light are related to the cognitive
capacities of the observer, who can be brought to deepen his understanding.
Interview avec Raoul Coutard. Among numerous anecdotes about what represents for us cult films like
Le Mépris, À bout de souffle, Alphaville and Tirez sur le
pianiste, Raoul Coutard – famous chief-operator of the “nouvelle
vague”, photographer and director – evokes his work as a lighting
engineer, and more particularly the technical and chemical constraints
encountered during shooting. This highly technical discussion points to,
beyond the obvious limitations of the language to account for the light
during shooting, how much the material constraints are generating meaningful
and admirable luminous effects for their spectators. Entre l’artiste et l’ingénieur,
le concepteur lumière et l’éclairagiste. It is too often forgotten that the control and mastery of light call
upon true competences which are found not in one trade but in several.
Looking at two examples, this article illustrates the place of the lighting
designer in a production, a place best defined as between the engineer
and the artist. |
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