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Volume 36 numéro 3 • hiver 2008-2009

Le titre des œuvres: accessoire, complément ou supplément

Responsable: Nycole Paquin

PRÉSENTATIONSOMMAIRERÉSUMÉS

 

PRÉSENTATION / Nycole Paquin 5

Poétique et sémiotique du titre musical / Claude Dauphin – 11

L’art de concocter des titres en cuisine / Jean-Jacques Boutaud – 23

Actualité du titre d’exposition / Didier Prioul – 35

Du titre littéraire et de ses effets de lecture / Max Roy – 47

Martin Müller-Reinhart.
Une antichambre de l’Énigme. U
ne présentation de Michaël La Chance – 59

la trilogie nordique de Mohammed Dib :
de l’œuvre aux titres, un parfum sémantique et tensif / Nicolas Couégnas – 67

Les titres-les sculptures-les lieux :
une relation d’inter-différance / Nycole Paquin – 79

HORS DOSSIER

Le fardeau des mots, le choc des photos.
L’écriture photojournalistique ou la préséance de l’image sur le texte / Vincent Lavoie – 89

De la « matière » du visible et des arts / Marie Renoue – 99

 

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PRÉSENTATION

SÉMIOTIQUE INTERDISCIPLINAIRE.
Le titre des œuvres : un « titulus » polyvalent

NYCOLE PAQUIN

Ce dossier porte sur le titre des œuvres littéraires, musicales et visuelles et regroupe les réflexions de six chercheurs spécialisés dans des sphères de création différentes. C’est le propre de l’interdisciplinarité de rassembler divers champs d’analyse au sein d’une même visée épistémologique et de surmonter l’apparente incompatibilité des assises théoriques et des méthodes forcément échafaudées sur les caractéristiques particulières des corpus d’étude. S’il n’y a pas de méthode unifiée et éprouvée qui conviendrait à l’étude des titres dans toutes les disciplines, des hypothèses fort éloquentes et convaincantes issues de la linguistique, de la sémiotique littéraire et de la philosophie peuvent être prudemment adaptées à des disciplines connexes, dont les arts visuels et musicaux, où les œuvres ne furent que très rarement abordées sous l’angle de leur rapport à l’intitulé. Mais les recherches récentes dans ces domaines ne peuvent, à leur tour, que « contaminer » la sémiotique qui sait s’accommoder et s’enrichir de la mobilité transversale de nouveaux postulats, dont ceux des auteurs qui ont participé à ce dossier.

Commençons par un retour à l’origine du mot « titre » (du latin titulus, marque, inscription) et à son utilisation à travers l’histoire pour tenter d’en retenir un concept, sinon unificateur, du moins directeur. Dans l’Antiquité romaine, le terme titulus est déjà étonnamment polyvalent et peut référer à une entité abstraite, une marque de notoriété accordée à une personne, le titre d’honneur étant le nomen (Adams, 1987) et le titre particulier l’appellatio, tout autant qu’à un « texte-objet ». Il désigne, par exemple, le galon identificateur (1) accroché à l’extrémité d’un bâton (umbiculus) sur lequel on a enroulé une bande de papyrus constituant le volume (volumen) (Hoek, 1981 : 5). Très tôt, on l’emploie comme légende (2) pour définir toutes sortes de supports d’écriture, telle l’épigraphe gravée sur pierre ou sur bois, placardée sur le fronton d’un bâtiment pour annoncer sa mise en vente ou simplement sa fonction commerciale ou religieuse (3), ou encore l’écriteau de bois brandi par les légionnaires revenant d’une campagne victorieuse et sur lequel on a inscrit le nom des villes matées et le nombre de prisonniers capturés (Rich, 1883). Ce type d’enseigne (insignia) sert aussi, couramment, à identifier le ou les crimes perpétrés par un condamné (4) qui doit lui-même la porter à son cou, jusqu’au lieu d’exécution où elle est alors clouée sur la partie supérieure du poteau de supplice juste au-dessus de sa tête (5). D’où la tradition chrétienne de faire référence à l’inscription accolée à la croix du Christ par les mots Titulus Crucis ou simplement « Le » Titulus (6). On voit que, malgré différentes affectations, le terme titulus, qui désigne à la fois le support et sa graphie, a toujours une double fonction d’indexation et d’identification d’un lieu, d’une personne ou d’un événement.

Or, déjà chez les Romains, quand le titulus sert au repérage des volumes, il devient instrument archivistique (7), gardien de la mémoire, au point où il acquiert une certaine autonomie fonctionnelle en aparté du texte proprement dit. Avec le temps, la fabrication de supports d’écriture mieux adaptés à la manipulation et à la conservation de l’écrit, dont celle du papier, l’apparition de l’imprimerie ainsi que les conséquences de nombreux facteurs techniques, économiques et culturels, entre autres la substitution progressive de la page de titre au colophon de fin de document à partir du xve siècle (1475-1480) (8), ont fini par donner lieu au format livre que nous avons conservé jusqu’à aujourd’hui, bien que l’informatique ait conduit à des habitudes particulières de titrage. Mais quel que soit le support, le titre demeure la pierre d’assise du catalogage des œuvres, il est toujours garant de la mémoire collective.

Nous pouvons retenir que, à travers les temps, surtout à l’époque moderne, si la force désignative et appellative du titre a été retenue comme clé de voûte de son rapport à l’écrit, on lui a assigné des rôles complémentaires et plus spécifiques, dont ceux d’appeler le texte, de le compléter, de le cadrer, de le dénommer, de le synthétiser, de l’orienter et même d’y suppléer – ces termes n’étant pas des synonymes mais des témoins de partis pris théoriques à la source de débats salutaires. On s’est attardé à la nature du titre, à sa structure, à sa fonction, à sa portée critique, mais toujours on l’a compris comme mise en présence et mise en exergue du co-texte et c’est peut-être ce rôle contradictoire qui recouvre l’ensemble des titres, peu importe le domaine d’expression.

La rencontre, parfois explicitement incongrue, d’un texte et d’un co-texte ou d’un texte et d’une image, est l’un des sujets d’étude privilégiés par la sémiotique depuis longtemps et l’on pense, entre autres, aux postulats de Roland Barthes qui fut l’un des piliers de l’analyse de la juxtaposition de deux systèmes, particulièrement du texte et de l’image (photographique, publicitaire) sur un même support (1982 : 19). Il faut le souligner, Barthes faisait preuve de circonspection en nuançant ses hypothèses selon les types d’intitulés : titres, légendes, slogans, etc., et tenait compte de leur taille graphique, de leur longueur et de leur localisation. Bien que principalement intéressé par les interrelations d’ordre sémantique entre les deux langages, il donnait par là une belle leçon de discernement et encourageait tout analyste, peu importe son domaine d’expertise, à tenir compte de la matérialité même de l’intitulé et à se demander, par exemple : où est le titre ? quelle est sa force de frappe en tant que graphie ? quelle est, dans une conjoncture de représentation particulière, sa fonction d’ancrage ou de relais ?

Bien entendu, d’autres sémioticiens ont insisté sur le pouvoir désignatif du titre selon son emplacement par rapport au co-texte. Antoine Compagnon écrit à cet égard : « Le titre vaut pour le livre, il représente le livre, ou plutôt son contenu au sens très matériel du mot » (1979 : 251). « Le titre est la porte d’entrée du livre » (ibid. : 329). C’est dans une optique apparentée que Leo Hoek reprend la problématique du lieu en considérant le titre comme plus-value, objet « artificiel » et inaugural par lequel il conviendrait de commencer l’étude des textes en raison de sa primauté sur tous les autres composants (1981 : 1 et 16). Notons que Hoek insiste sur un aspect du titre souvent négligé, à savoir la dimension socioculturelle des « habitudes » de titrage, comme le fait aussi Colin Symes (1992) qui défend la pertinence d’une contextualisation historique rigoureuse du titre (du livre ou du film) et invite l’analyste à tenir compte de sa valeur « marchande ». Selon ces points de vue, tout un ensemble de facteurs exogènes à l’esthétique du titre participerait de la construction de schémas de sens variables. Dans cette ligne de pensée, Paul Gardner (1992) rappelle qu’il est plus facile de vendre des œuvres visuelles titrées et qu’un changement de titre peut considérablement modifier la perception que l’on en a, réorienter l’interprétation du sujet représenté et, par là, rehausser la valeur de placement économique de l’œuvre. Pour preuve, l’exemple de Vélasquez à qui on avait reproché de ne représenter que des personnages secondaires dans un tableau intitulé La Dernière Cène. Sensible à la critique, le peintre acquiesça de bonne grâce et changea le titre pour La Fête dans la maison de Lévi à la grande satisfaction de tous !

Nous devons également rappeler les travaux de Gérard Genette (9), Michel Bernard (10), Bernard Bosredon (1997), Josep Besa Camprubi (2002), Francis Corblin (1992) et Umberto Eco (1979) qui demeurent fort éclairants, particulièrement à propos de la portée métalinguistique du titre et de son pouvoir de séduction sur le lecteur. Avec raison, on a beaucoup insisté sur la notion d’intertextualité plus ou moins tensive selon des conjonctures particulières (11), ce qui nous renvoie à la question de l’espace, qui unit et sépare à la fois le titre et l’œuvre (littéraire, visuelle ou musicale), et au concept derridien de la différance, du « devenir espace de la chaîne parlée » (Derrida, 1967 : 19) ou imagée qui « rend présentes » (ibid. : 205) les choses du monde dans un jeu incessant de renvois.

Bien que ces modèles percutants ne constituent aucunement un bassin homogène et exhaustif d’assises théoriques sur la question, ils reconduisent dans une certaine mesure le sens premier du titulus, « marquage », dont la prégnance repose essentiellement sur les relations qu’il entretient avec ce qu’il désigne, le désigné éclairant à son tour son annonciateur, bien que l’appariement puisse demeurer ambigu en raison de facteurs externes, comme la valeur « publicitaire » du titre. Pour reprendre l’expression de Philippe Lejeune (1975 : 30), tout titre est porteur d’un « pacte ». Il est donc une entente provisoire ; il signale une trêve entre des langages parfois différents, c’est le cas du titrage en arts visuels et en musique ; il est invariablement scriptura destinée à durer et à perdurer mais dont la valeur d’usage repose sur des contextes matériels, historiques et socioculturels particuliers.

Ce sont d’ailleurs ces contingences qui sont mises de l’avant par les auteurs de ce dossier qui réfléchissent sur les conséquences épistémologiques et éthiques d’une analyse contextualisant rigoureusement les cas d’étude dans une visée qualitative plutôt que quantitative. Il faut souligner leur audace, car ils ont abordé des cas inusités et ils me pardonneront de présenter les idées majeures qui se détachent de leurs essais en commençant par leurs propres intitulés… Si tous ces titres nomment le type de corpus analysé, musical, culinaire, muséographique, littéraire ou sculptural, ils s’articulent différemment selon l’importance que les auteurs accordent aux fonctions analytique, synthétique ou synchronique du désignatif.

Les titres qui préludent aux études de Claude Dauphin, Jean-Jacques Boutaud et Didier Prioul laissent déjà présager un concept majeur implicitement annoncé : le premier renvoie au faire entendre, le deuxième au faire goûter, le troisième au faire croire et le quatrième au faire avec ; tous renvoient donc au faire ressentir. Concis, voire incisif, le titre de l’essai de Claude Dauphin, « Poétique et sémiotique du titre musical », situe d’emblée l’analyse du corpus dans la sphère d’une sémiotique musicale et témoigne d’un engagement clair quant à la nature poétique des intitulés dans ce domaine de création. Mais c’est dans le texte que l’auteur défend sa position. Il se montre critique à l’égard de l’entendement général selon lequel l’œuvre serait autoréférentielle, indépendante d’un texte, et propose qu’il s’agirait au contraire d’une « efficace symbiose du syntagme littéraire et de la texture musicale », ce phénomène n’étant pas un artifice du XXe siècle. De l’analyse d’un corpus trans-historique, il fait ressortir deux grandes catégories d’intitulation : les titres qui désignent l’allure progressive du mouvement musical intérieur sont antonymes, ils aspirent à connoter ; ceux qui renvoient à une réalité extérieure et annoncent une métaphore sonore des faits évoqués sont référentiels, ils inclinent à dénoter. Mais Dauphin insiste : le titrage des œuvres est « un procédé foncièrement évolutif […] auquel il serait bien présomptueux de prétendre fixer des limites ».

Dans l’optique de Boutaud, « L’art de concocter des titres en cuisine », les titres des traités culinaires et des livres de recettes, et même des sites Internet spécialisés sur le sujet, sont l’occurrence d’un système. L’auteur le dit lui-même : « il s’agira donc de retrouver un principe organisateur et des logiques signifiantes qui éclaireront les dimensions sémiotiques du monde culinaire ». Son propre intitulé en atteste : le titrage est un « art », on pourrait dire une inventio, un mode discursif de mise en scène (et mise en sèmes) qui s’articule à plusieurs niveaux (substantiel, référentiel, thématique, technique et opératoire, identitaire, situationnel) où se profilent une image, une « symbolique du goût », « un ethos partagé ».

C’est également de passions qu’il s’agit dans l’étude de Didier Prioul, « Actualité du titre d’exposition », et la concision même de l’intitulé accuse la fonction primordiale du titre des expositions dont la force de frappe réside dans leur « actualité ». Ce terme reflète l’hypothèse posée par Prioul à l’effet que « l’organisation titulaire de l’exposition […] s’inscrit en fait dans des régimes d’historicité complexes qui se trouvent simplement obscurcis par l’usage d’un métalangage », lequel doit composer avec le double registre du monde de l’art et de l’univers mondain. Mais, quels que soient les ajustements ponctuels, l’imbrication de fonctions désignative, métalinguistique et séductrice, celle-ci étant la plus importante, le titre de l’exposition est un « faire croire et [un] faire sentir pour réussir à faire ensemble ».

Faire ensemble mais aussi « faire avec », tel est le postulat déclaré par l’intitulé de l’étude de Max Roy, « Du titre et de ses effets de lecture », dont le tout premier mot, lui-même contraction annonciatrice du point de départ (il s’agit du…), combiné à la promesse avouée de réfléchir sur les effets de lecture, acquiert une telle portée conative qu’il équivaut en quelque sorte à un « tu ». L’auteur insiste lui-même : « le titre commande une inférence interprétative qui doit être révisée à l’usage du texte ». La lecture de cet essai éclaire en effet les implications annoncées en en-tête quant à la manière dont le péritexte « dispose le lecteur », agit sur son imaginaire, fait appel à un savoir partagé et établit un climat de connivence – ce travail d’inférence ne pouvant cependant être vérifié qu’à l’aveu du lecteur. En ce sens, conclut Roy, tout titre « est générateur de significations »; il est un « déclencheur du processus sémiotique ».

Nicolas Couégnas a formulé un titre beaucoup plus détaillé qui fonctionne déjà comme un «petit traité », en ce qu’il renseigne sur un ensemble considérable de concepts juxtaposés et établit une rythmique dont la valeur déclarative n’apparaît cependant qu’à la lecture du co-texte. S’il ancre a priori l’analyse du corpus dans un paradigme théorique majeur, le titre « La trilogie nordique de Mohammed Dib : de l’œuvre aux titres, un parfum sémantique et tensif » laisse déjà planer l’idée d’une certaine fugacité, d’un « parfum » sémantique qui se dégage(ra) du corpus grâce à la mise en opération d’un modèle analytique spécifiquement axé sur les relations tensives. Couégnas écrit en introduction : « l’œuvre colore l’interprétation des titres », et c’est ce qu’il fait valoir en faisant ressortir les contingences d’intertextualité et d’interculturalité de la trilogie dibienne et en les rabattant sur le titre des romans. Dans la mesure où Couégnas reprend systématiquement l’ordre des termes de sa propre ouverture titulaire, celle-ci fait après coup figure de « table des matières » qui se déploie sur la chaîne des sous-titres, chacun agissant comme stabilisateur des concepts annoncés.

Intertextualité et plus précisément mouvance endogène et convection sont les principaux concepts qui se dégagent du titre de l’étude de Nycole Paquin, « Les titres-les sculptures-les lieux : une relation d’inter-différance », où la juxtaposition non hiérarchisée des trois premiers termes à la fois séparés et reliés par les traits d’union atteste par avance qu’ils participent d’un système ininterrompu de renvois : en différance, le mot même avertissant d’une pratique analytique derridienne. L’auteure se penche sur un corpus récent d’œuvres sculpturales et installatives, dont la caractéristique majeure est le mélange incongru des mots, des formes et des sites et en dégage des catégories d’appariement qui s’avèrent être d’une telle exaltation qu’il en revient au spectateur de « titrer » le non-dit et le non-imagé, se différant « ailleurs » en discontinuité des substrats.

Mais laissons Antoine Compagnon conclure en notre nom cette mise en contexte du dossier: « rêver d’écrire des livres (ou de livres à écrire), c’est d’abord rêver des titres » (1979 : 332).

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NOTES

1. A. Compagnon rappelle que, dans la Grèce antique, il ne semblait pas nécessaire qu’une œuvre porte un titre auquel on n’accordait d’ailleurs qu’une valeur flottante. À Rome, si le titre particularise l’ouvrage, il n’individualise jamais l’auteur ; il est strictement élément de classement (1979 : 329).
2. Le mot légende est ici utilisé dans le sens moderne du terme. F. Corblin établit une distinction intéressante entre le titre (s’appliquant à la représentation) et la légende (s’appliquant à l’objet représenté) (1992 : 453).
3. À l’époque médiévale, les pèlerins se rendant à Rome pouvaient se procurer un « guide » (le Titulus fasciolae) qui indiquait l’emplacement et le nom des églises où étaient conservées des reliques de martyrs. Voir S. Caggia et P. Gwynne, The Titulus Fasciolae. En ligne : http://www.nerone.cc/nerone/archivio/arch10.htm (page consulté le 30 octobre 2008).
4. Il était également courant d’obliger les esclaves à porter de tels écriteaux. J.-P. Doucet, Dictionnaire du droit criminel. En ligne : http://ledroitcriminel.free.fr/dictionnaire/lettre_t_detail.htm (page consultée le 30 octobre 2008).
5. De là le mot « en-tête » (d’un texte, d’un traité, etc.) en référence à la coutume de placer l’enseigne au-dessus de la tête du paria lors de sa crucifixion.
6. Il est intéressant de noter l’exclusivité du terme « Le » titulus pour ne désigner « que » l’inscription clouée sur la croix du Christ. Cette habitude aurait vu le jour à l’époque médiévale.
7. Sur les pratiques archivistiques, on lira le dossier consacré aux « Poétiques de l’archive », dirigé par M.-P. Huglo (Protée, vol. 35, no 3, hiver 2007-2008).
8. Le mot « colophon » vient du grec kolophon qui, en plus de signifier le « couronnement, l’achèvement d’une œuvre », aurait été la ville de naissance d’Homère. Le colophon placé à la fin des incunables, ancêtre de l’« achevé d’imprimé », fournissait des indications sur l’imprimeur, le lieu et parfois la date d’imprimerie (Febvre et Martin, 1958 : 122-127). Avec le temps, on a attribué le mot « colophon » à une petite main placée en marge d’un texte et dont F. Récanati a tiré le concept « d’incidence » intertextuelle (1981 : 141). Pour un aperçu de l’évolution des supports d’écriture, on consultera l’ouvrage collectif L’Écriture mémoire des hommes, dirigé par G. Jean (1987).
9. Voir G. Genette (1988) et, du même auteur, « Les titres » (1987 : 54-97).
10. Voir M. Bernard (1994), et, du même auteur, « À juste titre. Une approche lexicométrique de la titrologie », Lexicometra (revue électronique). En ligne : http://www.cavi.univ-paris3.fr/lexicometrica/article/numero1/bernard.htm (page consultée le 30 octobre 2008). Cet article a paru, en anglais, sous le titre « À juste titre : a lexicometric Approach to the Study of Titles », Literary and Linguistic Computing, vol. 10, no 2, 1995, 135-141.
11. Bien que Greimas n’ait pas abordé le titre des œuvres de façon systématique, il faut rappeler son étude exemplaire portant sur les espaces paratopiques et hétérotopiques (1983). À propos de la sémantique tensive, voir J. Fontanille et C. Zilberberg (1998).

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Adams, H. [1987] : « Titles, Titling, and Entitlement to », The Journal of Aesthetics and Art Criticism, vol. 46, 8-21.
Barthes, R. [1982] : L’Obvie et l’Obtus. Essais critiques III, Paris Seuil, coll. « Tel Quel ».
Bernard, M. [1994], De quoi parle ce livre?, Paris, H. Champion ;
———— [1995] : « À juste titre. Une approche lexicométrique de la titrologie », Lexicometra.
En ligne : http://www.cavi.univ-paris3.fr/lexicometrica/article/numero1/bernard.htm (page consultée le 30 octobre 2008).
Bosredon, B. [1997] : Les Titres des tableaux. Une pragmatique de l’identification, Paris, PUF.
Caggia, S. et P. Gwynne [s.d.] : The Titulus Fasciolae.
En ligne : http://www.nerone.cc/nerone/archivio/arch10.htm (page consultée le 30 octobre 2008).
Camprubi, J. B. [2002] : « Les fonctions du titre », Nouveaux Actes Sémiotiques, Limoges, Pulim, 7-36.
Compagnon, A. [1979] : La Seconde Main ou le travail de l’écriture, Paris, Seuil.
Corblin, F. [1992] : « Démonstratifs et nomination », dans M.-A. Morel et L. Danon-Boileau (dir.), La Deixis, Paris, PUF, 439-456.
Derrida, J. [1967] : De la grammatologie, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
Doucet, J.-P. [s.d.] : Dictionnaire du droit criminel.
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Eco, U. [1979]: Lector in fabula. Le rôle du lecteur, Paris, Grasset.
Febvre, L. et H.-J. Martin [1958] : L’Apparition du livre, Paris, Albin Michel.
Fontanille, J. et C. Zilberberg [1998] : Tension et Signification, Liège, Mardaga.
Gardner, P. [1992]: « Do Titles Really Matter? », Art News, vol. 91, no 2, 92-97.
Genette, G. [1987] : Seuils, Paris, Seuil ;
———— [1988] : « Structure and Functions of the Title in Literature », trad. de B. Crampé, Critical Inquiry, no 14, 692-720.
Greimas, A. J. [1983] : Du Sens II. Essais sémiotiques, Paris, Seuil.
Hoek, L. H. [1981] : La Marque du titre. Dispositifs sémiotiques d’une pratique textuelle, Paris, Mouton.
Jean, G. (dir.) [1987] : L’Écriture mémoire des hommes, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes ».
Lejeune, P. [1975] : Le Pacte autobiographique, Paris, Seuil.
Récanati, F. [1981] : Les Énoncés performatifs : pour une contribution à la pragmatique, Paris, Propositions.
Rich, A. [1883] : Dictionnaire des antiquités romaines et grecques.
En ligne : http://www.mediterranees.net/civilisation/Rich/Articles/Armee_romaine/Insignes/Titulus.html (page consultée le 30 octobre 2008).
Symes, C. [1992] : « You Can’t Judge a Book by its Cover : The Aesthetics of Titles and other Epitextual Devices », Journal of Aesthetic Education, vol. 26, no 3, 17-26.

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RÉSUMÉS

Poétique et sémiotique du titre musical.
Claude Dauphin – page 11
Les indications de mouvements, allegro, adagio, presto, qui désignent les parties des sonates de Mozart, des concertos de Beethoven ou des symphonies de Brahms ont ceci de remarquable qu’elles pourraient aussi bien relever de l’abstraction la plus radicale que de la concrétisation la plus absolue. Ces intitulés expriment un état d’esprit, une disposition émotive, autant qu’ils énoncent la constitution de la musique. Je qualifie d’autonyme l’association du contenu et de la forme qui spécifie ces œuvres et les procédés de leur intitulation. Mais la problématique des titres musicaux ne se résume pas à ce seul paradoxe car il existe bien, en contrepartie, une tradition du titre référentiel qui, à lui seul, semble se charger de toute la métaphore de l’œuvre. De Couperin à Debussy, de Rameau à Messiaen, nous baignons dans une poétique de la caractérisation, de l’impression, du récit et de l’image : Le Rossignol en amour, Les Langueurs tendres, Les Moissonneuses, L’Entretien des Muses, Les Fées sont d’exquises danseuses, Couleurs de la Cité céleste. Au-delà de cette catégorisation, il apparaît que le titre musical formel est relié à une esthétique résolument italo-allemande alors que la sensibilité française, plus visuelle qu’auditive, plus pittoresque qu’architecturale, privilégie l’intitulé référentiel. Ainsi, le titre ne se limiterait peut-être pas à la désignation de l’œuvre musicale… Il dévoile la culture d’appartenance du compositeur et annonce une conception de l’art.

The usual basic terms as allegro, adagio, presto, used for naming the parts of Mozart’s sonatas, Beethoven’s concertos or Brahms’ symphonies could be interpreted as fact of total abstraction either of absolute concrete process. Those movement headings express a state of the human soul and emotional mood likewise the constitution of the music as object. In this article I use the word of autonymy to qualify the association of the content and the form characterizing this type of musical works and the manner for naming them. Nevertheless the question of titles could not be resumed by this specific paradox because a history of referential designation between musical works and the external world existed also. In this type of work the link between music and facts is operated by the metaphorical title. It is the common path used by the French composers from Couperin to Debussy, from Rameau to Messiaen as we can see in those colourful titles: Le Rossignol en amour, Les Langueurs tendres, Les Moissonneuses, L’Entretien des Muses, Les Fées sont d’exquises danseuses, Couleurs de la Cité céleste. Could we see the French manner as a national musical feature associated with picturesque facts and, at the opposite side, the Italian and German style connected with formal and architectural representation? So the title would be not simply a symbol of the musical expressive individual project but an icon of the links between the art and the world.

L’art de concocter des titres en cuisine.
Jean-Jacques Boutaud – page 23

Les titres marquent l’histoire culinaire, mais ils agissent très longtemps en trompe-l’œil. Ils annoncent cuisine et recettes, mais s’évadent aussi vite dans l’encyclopédisme du goût et de la table, tant saveur et savoir font bon ménage. Inlassablement, à travers ouvrages et revues, ils « attaquent » la nourriture sous tous les angles, au point d’offrir, dans leur ensemble, un vaste espace figuratif du goût, articulé à de nombreux niveaux. Derrière le titre, se dessine très longtemps le discours de la compétence et de l’expertise. Mais avec les ressources d’Internet et la prolifération des blogues, la fonction poétique des titres se conjugue à une nouvelle éthique de la cuisine.

The titles are important in the culinary history. They have had a function of “trompe-l’œil” for a very long time. Of course, they present cooking and recipes, but are in fact interested in encyclopedism of the table, between taste and thinking. Tirelessly, through books and magazines, they “tackle” the food in all manners, and build, globally, a huge figurative space of the taste. Behind the title, we can guess the discourse of competence and expertise. But, with the Internet and the proliferation of blogs, the poetic function of the titles deals with a new culinary ethic.

Actualité du titre d’exposition.
Didier Prioul – page 35

Cet article s’intéresse à l’exposition temporaire, en art ancien et moderne, et se situe dans une compréhension qui associe le passé au présent de l’intitulation. Illustré par des exemples précis, il distingue dans une première partie huit prototypes historiques d’intitulation : nom propre, catégorie, matériau, genre, mise en série, opérateur spatial, absolu esthétique, personnalité. Ce n’est pas un article historique et le titre s’adresse aux modes contemporains de l’intitulation. Le sens donné à l’exposition temporaire, dans sa forme actuelle, est donc central dans l’analyse. Quelle terminologie employer pour la qualifier ? La troisième et dernière partie propose de situer le titre d’exposition dans un processus d’interaction qui associe le cognitif au sensible. L’article conclut ainsi sur l’ethos aristotélicien, qui force parfois à lire le titre comme une quasi-mise en scène de l’exposition.

This paper concerns the art exhibition dedicated to old and modern masters in which the understanding of what in the past determines the present of heading. First, in using specific examples as historical prototypes of heading, the paper questions eight categories: proper noun, type, technique, genre, serial categories, art geography, aesthetic ideal, personality. This is not a history paper and the title is only about heading’s contemporaries categorizations. The actual understanding of the temporary exhibition is central to the analysis. What norms or canons are relevant? What concepts can be used? The third and last issue to be considered includes the heading in an interplay process which combines cognition with the senses. The paper ends with the Aristotelian ethos which raised the title as a nearly stage setting of the exhibition.

Du titre littéraire et de ses effets de lecture.
Max Roy – page 47

Cet article porte sur le titre des œuvres littéraires dans la perspective du lecteur. Après un bref état de la question, il aborde la problématique du titre et de ses effets de lecture. Avec divers exemples, dont certaines réactions de lecteurs, il montre comment les titres enclenchent une activité d’interprétation qui recourt à l’imaginaire. Une section importante est consacrée à l’étude de l’appareil titulaire dans le célèbre roman de Machado de Assis, Dom Casmurro.

This article is concerned with literary titles from a reader’s perspective. Following a brief review of the theoretical literature, the article proceeds to analyse how literary titles affect the reader. Many examples, including samples of reader’s responses, are examined, with a view of showing how titles may lead to an imagination-based interpretive process. Attention will be devoted to the titular apparatus of Machado de Assis’s well-known novel, Dom Casmurro.


La trilogie nordique de Mohammed Dib : de l’œuvre aux titres, un parfum sémantique et tensif.
Nicolas Couégnas – page 67

Il y a, dans les essais de Mohammed Dib, des injonctions et des préconisations explicites pour construire une « grille de lecture ». Des œuvres algériennes jettent une lumière singulière sur les textes de Dib, et plus particulièrement sur les romans de la trilogie nordique. Les titres de la trilogie sont donc interrogés non pas pour eux-mêmes, comme des entités autonomes préparant la lecture, mais à partir des œuvres et de la sémiotique dibienne implicite à sa grille de lecture. Des œuvres aux titres, ce parcours interprétatif permet d’appréhender avec précision le subtil « parfum sémantique et tensif » des titres dibiens, qui assure leur cohérence au sein de la trilogie et leur capacité à entrer en résonance avec les romans.

In his essays Mohammed Dib gives interpretative injunctions and explicit recommendations as to the building of a “ reading grid ” for algerian works, and this casts a particular light on Dib’s own novels, especially the Northern trilogy. Accordingly, the titles of the trilogy are questioned, not in themselves, as automous entities meant to prepare the reading, but in the light of Dib’s works and of the semiotics implicitly contained in his reading grid. From the works to the titles, this interpretative search makes it possible to apprehend with precision the subtle “ semantic and tensive flavour ” of Dibian titles which gives them coherence within the trilogy and a resonating quality with the novels.

Les titres-les sculptures-les lieux : une relation d’inter-différance.
Nycole Paquin – page 79

Le titre, l’œuvre sculpturale ou installative et le lieu d’exposition sont ici considérés comme composants d’une dynamique d’inter-différance tripartite. L’étude s’intéresse aux habitudes de titrage en arts actuels et se fonde sur un vaste corpus d’œuvres recueilli entre 2002 et 2008 d’où ont été extraites neuf classes de référence et quatre grandes catégories d’appariement entre les trois composants : stabilisation provisoire, détournement hors champ, ambiguïté soutenue et inversion d’un composant à un autre alors que le troisième fracture l’état de tension. Il en ressort des paradigmes majeurs quant aux habitudes de titrage, dont une préférence pour les quiproquos et la métaphore, l’expression récurrente d’inquiétudes et d’incertitudes d’ordre socioculturel, mais aussi un goût partagé pour le jeu (salvateur ?) qui s’entrecroisent au sein d’un ensemble dont les conjonctures sont différées au-delà de (ou sous) quelque spécificité objectale, obligeant le récepteur à lui-même se référer, se différer « ailleurs » pour faire sens avec ce qu’il lit et ce qu’il voit. En cela, il doit lui-même « titrer » la situation.

In this essay, the title, the sculpture (or the installation) and the exhibition site are understood as components of a tripartite dynamic of inter-différance. The study addresses titling customs in current art and is based on a wide corpus produced between 2002 and 2008 from which have been extracted nine reference classes and four large cate­gories of interrelations between the components: provisional stabilization, diversion out of context, sustained ambiguity, and inversion between two components while a third one fractures the state of tension. As for the titling habits, major paradigms emerge such as a marked preference for double entente and metaphor, a recurring expression of anxiety of a socio-cultural order and, certainly, a shared taste for play (as salvation?), all intermingled in an ensemble of conjunctures that differ the title, the sculpture and the site itself “above” or “below” their own object specificity. Therefore, in order to make sense with what he reads and what he sees, the spectator must proceed to “title” himself the situation.

HORS DOSSIER

Le fardeau des mots, le choc des photos. L’écriture photojournalistique ou la préséance de l’image sur le texte.
Vincent Lavoie – page 89

L’essai photographique, une forme de narration visuelle reposant sur la succession de plusieurs images étroitement liées par un contexte graphique et textuel, constitue la principale nouveauté introduite par le photojournalisme dans les années 1930. Émancipée de sa stricte fonction illustrative, la photographie devient alors pleinement constitutive du récit historique. Dans la littérature spécialisée de l’époque, cette autonomie est décrite comme un affranchissement de l’image vis-à-vis du texte en même temps qu’une reconnaissance du statut professionnel du photojournaliste. Cet article propose d’examiner les modalités au moyen desquelles l’image photographique se constitue en écriture journalistique, cela en posant l’hypothèse que le photojournalisme, indissociable de la montée en puissance du paradigme de la communication dans les années 1940 principalement, reconfigure les rapports d’autorité que le texte entretient avec l’image.

The photographic essay, a form of visual narration based on a series of images tightly linked by a graphical and textual context, was the main innovation introduced by photojournalism in the 1930s. Freed from its strictly illustrative function, photography then became fully constitutive of the historical account. In the specialized literature of the time, this autonomy was described as a liberation of the image vis-à-vis the text as well as a recognition of the professional status of the photojournalist. This article examines the mechanisms through which the photographic image was established in journalistic writing by positing that photojournalism, inseparable from the paradigm of communication that was increasingly powerful in the 1940s, reconfigured the power relations between text and image.

De la « matière » du visible et des arts.
Marie Renoue – page 99

Enjeu de discussions à la fois interdisciplinaires et de traditions diverses, la notion de matière est forcément complexe. Aussi notre texte propose-t-il de considérer la matière au sens commun du terme, celle que l’on décrit lorsque l’on parle du visible et de l’art contemporain en particulier. La question que nous poserons est la suivante : quelle sémiotique peut rendre compte de notre relation perceptive et sensible à la matière visible d’objets d’art ? Pour répondre à cette question, trois œuvres seront abordées : les Vitraux de Pierre Soulages (1994), les Sculptures et dessins de crin de Pierrette Bloch et les Light Pieces de James Turrell.

Stakes of interdisciplinary debates and embedded in various traditions, the notion of matter is especially complex. Therefore our contribution puts forward to consider the matter from the “common sense” point of view, the one that is related to what is visible, especially the one of the contemporaneous arts. Hence we set down: which semiotic can account for our sensible and perceptual relationship to the visible matter of the works of art? To go through this question, three works of art will be analysed: the Pierre Soulages’ Conques stained-glasses (1994), the Pierrette Bloch’s Horsehair Carvings and Drawings and last the James Turrell’s Light Pieces.