DISCOURS PRONONCÉ PAR LE PRÉSIDENT DU SCCCUQAC À L'OCCASION DU 30e ANNIVERSAIRE DU SYNDICAT

Ferland, Jean-Pierre, le chanteur, le poète, a dit, et je cite : « C’est à trente ans que les syndicats sont beaux », et il a raison.

Je pense qu’en effet le SCCCUQAC, qui fête aujourd’hui ses trente années d’existence, est un beau syndicat, mais là où Ferland a tort (malgré sa grande connaissance des syndicats), c’est que les années de vie d’un syndicat n’appartiennent pas à la même échelle que les années de vie humaine.

Les années de vie d’un syndicat sont faites de l’addition de tous les actes que posent simultanément celles et ceux qui y travaillent. Un syndicat a le don d’ubiquité :

Pendant que Monique Demers s’occupe à résoudre les problèmes d’un superviseur de stage,
que Christian Roy construit l’organigramme d’un regroupement de cours sous une même EQE,
que Mustapha Elayoubi participe aux décisions du Conseil d’administration,
qu’Odette Tremblay participe à la sélection d’un projet de perfectionnement,
que Roger Boudreault, notre trésorier, nous annonce que les cotisations sont rentrées, mais qu’il ne faut pas exagérer,
que Lucie Tremblay, notre secrétaire, explique à un chargé de cours comment remplir un formulaire de candidature,
qu’Yvette Boulay nous confirme que le procès-verbal de la réunion de l’Exécutif est prêt,
que Richard Perreault salue M. le Recteur qu’il rencontre par hasard dans un couloir et en profite pour lui parler d’un problème récurrent… bla bla…

Et la liste des chargés de cours qui s’activent sur le terrain pourrait s’allonger.

Notre syndicat est beau, beau du travail de toutes celles et de tous ceux qui en font partie. Nous avons fait la liste de certains d’entre eux dans notre brochure commémorative. À l’endos de celle-ci figurent celles et ceux qui, durant ces trente années, ont été élus membres de l’Exécutif. À toutes ces personnes, je dis aujourd’hui merci d’avoir rempli chaque seconde de la vie du syndicat de votre énergie et de votre créativité (on peut les applaudir). Mais ce n’est pas tout. Les années syndicales ne sont pas seulement remplies de l’activité des personnes qui nous sont proches, mais également de la solidarité et des échanges avec ceux qui sont, comme nous, des syndicats de précaires, nos syndicats frères et sœurs (je vous laisse le choix du genre), et plus précisément les syndicats du regroupement de chargées et chargés de cours de la FNEEQ. Ils sont à la fois loin et proche. Loin géographiquement, mais proche grâce à la magie qui naît de l’appartenance à une fédération telle que la FNEEQ et à une centrale syndicale telle que la CSN.

Permettez-moi un petit retour sur le passé, qui illustre ce que signifie faire partie du Regroupement des syndicats de chargées et chargés de cours FNEEQ-CSN. Des huit renouvellements de convention collective, certains ont été plus difficiles que d’autres. Parmi ceux-ci, je retiens celui relié à l’année 2000 où nous avons dû faire face à l’un des dépôts patronaux les plus durs qui soient, notamment sur des questions portant :
- sur le respect de l’ancienneté lors du processus d’attribution des charges de cours, -
- sur l’évaluation des enseignements,
- sur le salaire,
l’objectif étant le rattrapage avec nos collègues des autres universités.
Eh bien, cette négociation a duré 22 mois!

Après bien des péripéties, après des confrontations, après un mandat de grève approuvé à 94 % par les chargés de cours, après une demande de conciliation de la part de l’employeur, nous avons décidé de faire appel à notre fédération et à notre centrale syndicale.

Nous avons organisé au sein même de l’UQAC, avec banderoles et pancartes, une énorme conférence de presse où étaient représentées toutes nos instances FNEEQ-CSN ainsi qu’un représentant de chaque syndicat du regroupement des chargés de cours. Ils étaient tous là, venus de partout à l’échelle de la province. Devant les journalistes rassemblés pour l’occasion, chaque représentant a pris la parole d’un ton grave et déterminé pour dénoncer l’attitude patronale et promettre de soutenir ses collègues de Chicoutimi, quels que soient les moyens d’action auxquels ils décideraient de recourir pour mettre fin au conflit, y compris la grève. Eh bien, croyez-moi, quelques semaines plus tard, nous avons signé une des meilleures conventions collectives de notre histoire!

Plus tard, une source (généralement bien informée) m’a confié combien la présence de la CSN et de la FNEEQ avait fait réfléchir la partie patronale. La présence de la CSN fait donc réfléchir… avec raison. C’est pourquoi nous y sommes. À toutes ces instances et à toutes ces personnes qui les incarnent et qui nous donnent de leur temps, de leur énergie, de leur support, tant moral que matériel, à tous ces représentants de nos syndicats frères ou sœurs, du regroupement des chargés de cours qui nous ont soutenus quand on leur demandait, et avec lesquels nous partageons plusieurs fois par année nos réflexions profondes (et même celles qui le sont moins), à tous, merci d’ajouter de la vie et de la solidarité à nos années. Merci d’être là aujourd’hui, nous en sommes honorés (applaudissements).

Je termine par deux réflexions : l’une concerne le passé; l’autre, l’avenir. Pour évoquer celle du passé, permettez-moi d’être un peu chauvin aujourd’hui, nous du Saguenay, qui le sommes si peu… sauf pour nos bleuets bien sûr, qui cette année, je vous l’annonce, se confondront parfaitement avec vos prunes. Permettez-moi d’être chauvin en vous livrant un ou deux petits secrets qui ont fait de ce syndicat ce qu’il est devenu. Résumé brièvement, je dirais que la force de ce syndicat tient au fait que tout en ayant un pied bien planté sur terre, il a également un pied bien planté sur la lune. Un pied sur terre parce qu’il a toujours été très vif, très rapide à répondre à tous les problèmes, grands et petits que rencontrent ses membres. L’appel d’un membre au syndicat est sacré, il y est chez lui et il doit s’y sentir chez lui. Je suis persuadé, qu’en cela, rien ne nous distingue de nos confrères ici présents ou de tout syndicat qui se respecte. Le service aux membres est l’un des fondements de notre existence en tant que syndicat et cela est particulièrement vrai pour un syndicat de précaires. Il doit démontrer à ses membres que leur syndicat est là, une force tranquille, permanente, stable et présente, chargée de contenir et de neutraliser les conséquences néfastes que la précarité d’emploi peut engendrer; il doit démontrer à ses membres que si eux sont précaires, leur syndicat, lui, ne l’est pas.
Voilà pour le pied sur terre!

Quant au pied planté sur la lune, c’est le pied planté dans ce qui est apparemment plus haut que soi, plus large que soi. Au SCCCUQAC, nous avons toujours voulu montrer qu’en ce qui nous concerne, il n’y a pas de région éloignée. Ce concept nous est inconnu, si quelque chose est éloigné de nous, nous nous en approchons ou éventuellement, nous le faisons venir à nous comme dans l’anecdote que je vous ai racontée.

Nous avons participé activement à toutes les instances de la CSN et de la FNEEQ. Nous avons produit comme syndicat local des dizaines de documents, de mémoires et d’analyse destinés à des instances syndicales, universitaires, ou gouvernementales sur des questions qui dépassent largement notre champ d’action quotidien. Nous avons participé à tous les grands événements organisés autour des questions d’enseignement universitaire ou autres comme les États généraux sur l’éducation (1996) où nous avons réussi, je crois, avec la participation d’autres syndicats de chargés de cours, à infléchir le rapport final sur la question des chargés de cours.

Je pense que c’est cette ouverture aux autres, cette envie de décrocher la lune qui nous a amenés à nous diriger, presqu’à notre insu, vers un syndicalisme de projet plutôt que simplement un syndicalisme de revendication. Par syndicalisme de projet, j’entends un syndicalisme qui offre une vision de ce que peuvent apporter les chargés de cours à l’institution universitaire et qui dépasse la simple prestation de cours. Notre premier projet est celui de l’intégration que nous avons très rapidement importé de nos collègues de l’UQAM. Ce fut une longue bataille (journaux) qui a duré plusieurs années, mais elle ne fut pas gagnée par nous, mais gagnée pour nous, pour l’UQAC comme pour ses chargés de cours. Notre second projet est celui des EQE où nous avons présenté l’idée qu’elles pouvaient couvrir plus d’un cours à la fois et donc offrir aux chargés de cours l’octroi d’une compétence élargie se rapprochant de la compétence disciplinaire dont jouissent nos collègues, les professeurs réguliers. Notre troisième projet est celui de l’accès à la recherche. Et notre quatrième projet est celui de la participation des chargés de cours à l’application du plan stratégique (2013-2018) pour lequel, nous avons entrepris certaines démarches.

Autour de ces projets, des noms ressortent, ceux dans l’institution qui ont compris leur importance. Pour l’intégration, il s’agit de M. Guy Collin (VRER), de M. Pasquale Pucella, doyen des études de premier cycle. Pour les EQE, il s’agit de Mme Francine Belle-Ile (VRER) qui, à la lecture du projet sur le regroupement des cours sous une même EQE, déclare que le projet est « INTELLIGENT » (ce sont ses mots) et M. Luc Boudreault, négociateur pour la partie patronale. Et enfin de nombreux collègues professeurs réguliers et directeurs de département, qui ont participé à la mise en place de ces regroupements. Pour la recherche, nous… cherchons encore, car le projet n’a pas encore abouti, c’est un domaine délicat, il faut l’admettre. Pour l’application du plan stratégique (2013-2018), c’est le recteur actuel, M. Martin Gauthier, qui a saisi tout l’intérêt du projet que nous lui avions soumis. À toutes ces personnes, merci d’avoir eu l’esprit ouvert, d’avoir compris que les chargés de cours ne sont pas de simples tâcherons de l’enseignement et qu’ils peuvent apporter beaucoup plus que ce que le simple libellé de leur profession suggère.

Enfin, ici au Saguenay, vous devez certainement le savoir, commencer certaines choses par une prière est une spécialité chérie par certains. Quant à moi, j’aimerais terminer par une prière, mais une prière laïque… oui, oui ça existe. Elle concerne l’avenir de l’enseignement universitaire de notre époque, marquée par des moyens technologiques de plus en plus performants, notamment dans le domaine des communications. Ce que je constate à cet égard me préoccupe et m’inquiète même. La rencontre entre les moyens technologiques et l’enseignement universitaire peut être aussi extraordinairement profitable que dramatiquement dangereuse selon la manière dont on les utilise.

Chez nous à l’UQAC, chaque année le nombre de cours à distance ou en ligne, croît notamment dans les centres d’études universitaires. Nous avons évalué que la moitié d’entre eux se donne sans la présence d’un enseignant, qu’il soit chargé de cours ou professeur régulier. J’entends parler d’expérience ici et là et même dans certaines universités prestigieuses comme Harvard, où des cours sont offerts de manière large à des milliers de personnes à la fois par le biais de l’Internet. Si je conjugue cela avec les restrictions financières dont font preuve les gouvernements, quels qu’ils soient, à l’égard de l’enseignement universitaire, la tentation risque d’être forte de recourir à des moyens technologiques plutôt qu’à des enseignants pour assurer l’éducation de nos enfants. Or, l’enseignement et la relation de proximité de l’enseignant avec ses étudiants sont indissociables l’un de l’autre pour assurer la qualité de l’enseignement et lutter contre le décrochage. Enseigner, c’est l’art de se vendre en tant que personne pour permettre à l’étudiant d’acheter la matière qu’on lui présente. L’enseignant est le médium physique par lequel la transmission des connaissances s’effectue. Un écran, même en trois dimensions, ne sera jamais capable de créer cette symbiose. Je fais donc la prière que l’on ait la force, ici à l’UQAC ainsi que dans toutes les autres universités au Québec, de résister à l’emploi des moyens technologiques pour combler des déficits plutôt que pour enrichir l’enseignement.

Voilà, je vous remercie tous d’être ici, les membres du SCCCUQAC comme nos invités. C’est un grand honneur et un privilège pour nous de vous avoir ici pour le 30e anniversaire du SCCCUQAC.
Longue vie au SCCCUQAC!
Longue vie à l’UQAC!
Vive tous les chargés de cours du Québec!
Vive la FNEEQ et la CSN!
Et je vous donne rendez-vous au soixantième anniversaire du SCCCUQAC!

Richard Perreault

Président du Syndicat des chargées et chargés de cours
de l’Université du Québec à Chicoutimi

Brochure souvenir du 30e anniversaire du SCCCUQAC

(cliquez sur l'image pour télécharger une version haute résolution du pdf de la brochure)

 

brochure 30 ème anniversaire du syndicat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bandeau de tête
Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université du Québec à Chicoutimi
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