Aujourd'hui, ma recherche reflète cette formation multidisciplinaire. Je m'intéresse, d'une part, aux formalismes utilisés en phonologie et en morphologie et, d'autre part, au changement linguistique, particulièrement ceux qui ont touché les parlers français et créoles des Amériques. Le lien qui unit ces deux aspects de ma recherche est cognitif. Ultimement, les principes qui régissent le changement linguistique doivent être cohérents avec le traitement cognitif du langage. Par exemple, on s'attend à ce que les biais perceptuels qui jouent un rôle dans notre perception des sons aient aussi une influence à long terme sur la façon dont la phonologie des langues évolue. De même, les formalismes employés pour décrire les langues doivent idéalement modéliser les structures linguistiques qui existent au plan cognitif, et ne pas être de simples abstractions mathématiques.
Au sein de mes travaux formalistes, j'ai récemment publié une analyse des verbes défectifs du français, où les trous dans les paradigmes sont expliqués par des conditions phonologiques contraignant l'insertion des verbes dans les règles génératives de conjugaison. L'approche adoptée s'adapte aussi bien aux théories morphématiques qu'aux théories lexicalistes. Mon étudiante Elena Kulinich examine présentement les conditions qui régissent la défectivité des verbes russes à la première personne du non-passé. J'ai publié également une analyse des verbes arméniens par constructions morphosyntaxiques. Présentement, je travaille sur une analyse des mots composés par réseaux.
En linguistique historique, je m'intéresse surtout à la dialectologie française d'Amérique du Nord en tant que collaborateur au projet GTRC Les voies du français : Modéliser le changement, mais j'ai aussi travaillé sur la mutation consonantique (voisement et aspiration) qui caractérise le schisme des dialectes arméniens. Avec quelques étudiants, nous avons récemment réalisé une enquête phonologique au Saguenay/Lac-Saint-Jean dans le cadre du Projet Phonologie du français contemporain et je me penche présentement sur l'alternance vocalique en arménien classique. Mes publications principales dans ce domaine concernent cependant le français louisianais et le français québécois. En français louisianais, j'ai démontré qu'il existe certains traits remontant au français colonial pré-acadien et que certains de ces traits pourraient même remonter au français québécois. Présentement, je m'intéresse aux phénomènes de diffusion lexicale et de grammaticalisation observables dans les atlas linguistiques québécois.