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UQAC EN REVUE / AUTOMNE 2013

LE CHEMIN À SUIVRE

La reconnaissance

Afin de ne pas s’inscrire en rupture avec les administra-

tions précédentes, Mustapha Fahmi a consulté le der-

nier schéma directeur pour y constater que la première 

valeur mentionnée était le respect. « Le respect est une 

valeur noble à laquelle personne ne peut s’objecter. Sauf 

que si je présente encore le respect comme première 

valeur de notre plan, tout le monde sera d’accord mais 

personne ne sera emballé », a-t-il conclu à ce moment. 

« Pourquoi? Parce que le respect est une valeur qui a 

été vidée de tout contenu par la rectitude politique qui 

nous oblige à respecter toutes les opinions, toutes les 

valeurs, toutes les cultures, toutes les personnes et ainsi 

de suite. Maintenant, on peut exiger le respect sans 

faire quoi que ce soit pour le mériter. » 

L’usage quotidien du mot respect trahit d’ailleurs son sens 

détourné. « Si vous dites à quelqu’un que vous respectez 

son opinion, c’est forcément parce que vous n’êtes pas 

d’accord avec lui. Le plus souvent l’expression ‘‘avec 

tout le respect que je vous dois’’ est suivie d’une insulte. 

Pour notre part, nous voulons adopter une valeur plus 

englobante, chaleureuse et humaine qui va au-delà du 

respect tout en l’incluant. Et c’est là que j’ai proposé 

la reconnaissance dans le sens d’une présence devant 

l’autre. Il s’agit cependant d’un concept extrêmement 

complexe à définir. Contrairement au respect, on ne peut 

pas l’exiger. Il faut d’abord la donner et un jour elle 

nous revient. Si vous adhérez à cette valeur qu’est la 

reconnaissance, n’attendez pas qu’on vous reconnaisse. 

Commencez d’abord par reconnaître les autres et, un 

jour, la reconnaissance vous reviendra. »

L’équilibre

Inspiré par Aristote, Mustapha Fahmi a ensuite fait le 

constat de l’extrême diversité d’opinions et d’intérêts 

que recèle le milieu universitaire. « Dans ce contexte, 

l’équilibre devient un sommet à viser. On n’arrivera 

jamais à l’atteindre, mais il faut y aspirer. Si on n’a 

pas l’équilibre en vue, on peut basculer dans l’extrême. 

Et cela arrive! Par exemple, il y a des chercheurs qui 

sont tellement absorbés par leurs travaux qu’ils n’en-

seignent plus. Et les étudiants ne profitent plus de leurs 

recherches ainsi que de leur génie. Ou le contraire avec 

des professeurs qui sont passionnés par l’enseignement, 

alors que recherche et enseignement sont inséparables », 

assure le vice-recteur à l’enseignement et à la recherche. 

Ce dernier prêche d’ailleurs par l’exemple en continuant 

de donner un cours par année : « Parce que j’adore 

l’enseignement et que cela me permet de passer trois 

heures de rêve et de magie en parlant de Shakespeare, 

de poésie et de philosophie. Mais, aussi, pour garder le 

contact avec les étudiants et les professeurs et ne pas 

me priver de leur façon de voir les choses. » 

La créativité

Pour ce qui est de la troisième valeur énoncée, la 

créativité, Mustapha Fahmi n’a pas été inspiré par un 

philosophe, mais plutôt par une réalité. « Nous avons 

commencé à faire cet exercice dans un contexte très 

difficile de compressions budgétaires. Je me suis dit que 

quand on doit travailler avec des ressources réduites et 

des moyens moindres, il faut être créatif. En période 

de crise, certains croient qu’il faille couper et attendre, 

bien qu’il s’agisse de la meilleure façon de prolonger 

l’agonie. L’autre approche consiste à être encore plus 

créatif en période difficile. C’est à ce moment qu’il 

faut découvrir d’autres richesses et d’autres splendeurs. 

Si on attend que la crise passe, on demeure en mode 

crise, nos pensées sont imprégnées par cette crise et on 

devient même le produit de cette crise sans arriver à la 

transcender ou à la dépasser. Nous n’avons pas d’autre 

choix. Il faut être créatif et réinventer le monde pour 

surmonter les crises. »

L’engagement

Mustapha Fahmi s’avoue profondément blessé par la 

perception populaire de l’université au Québec. « En 

quelques années, l’université est passée de la conscience 

de la société à l’enfant gâté de la société. L’un des 

grands défis actuels reste de changer cette perception 

et de rendre à l’institution le respect du public. Et la 

seule façon d’y parvenir, c’est l’engagement. Je ne le 

dis pas dans le sens d’implication. Je parle plutôt d’un 

engagement envers quelque chose qui est plus grand 

que nous pour que l’université joue pleinement son rôle 

dans notre société. » 

Mustapha Fahmi,  

Ph. D., a accédé au 

poste de vice-recteur à 

l’enseignement et à la 

recherche en mai 2012. 

Il est employé de l’UQAC 

depuis 1997 à titre de 

professeur titulaire en 

littérature anglaise. Il 

a occupé la fonction 

de directeur de l’Unité 

d’enseignement en lettres 

de 2006 à 2008 et a 

agi à titre de directeur 

du Département des 

arts et lettres. Détenant 

une licence ès lettres 

en études anglaises 

de l’Université Hassan 

II de Casablanca au 

Maroc, une maîtrise en 

littérature anglaise de 

l’Université de Montréal 

ainsi qu’un Ph. D. en 

littérature anglaise de 

l’Université de Montréal 

et de l’Université McGill, 

Mustapha Fahmi est un 

spécialiste de renommée 

internationale de 

Shakespeare. La qualité 

de l’enseignement de 

Mustapha Fahmi lui a 

valu deux nominations 

au Prix d’excellence 

du réseau UQ (2008 

et 2012), un prix qui 

reconnaît surtout l’inno-

vation dans le domaine 

de l’enseignement. Ses 

travaux de recherche 

sont reconnus 

mondialement et 

cités dans plusieurs  

publications majeures. 

JEANNOT LÉVESQUE