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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014

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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014

la vie SOUS L’EAU

la vie SOUS L’EAU

L’otolithe est un petit os retrouvé dans l’oreille interne 

des poissons. Il incorpore les éléments chimiques de 

l’environnement au fur et à mesure que le poisson 

grandit. L’analyse de ces éléments permet de détermi-

ner le lieu de naissance des poissons et de décrire les 

migrations réalisées par ceux-ci. C’est la boîte noire des 

poissons. 

Angélique Lazartigues a développé une expertise unique 

au Québec et assez rare dans le monde en ce qui a trait 

à ce qu’on appelle la chimie des otolithes. Elle men-

tionne toutefois que : « ce travail était déjà entrepris par 

Pascal Sirois et j’ai pris la suite alors que je recherchais 

un sujet postdoctoral demeurant dans la continuité de 

ma thèse de doctorat qui portait sur le transfert des 

polluants vers les poissons et vers les milieux aqua-

tiques. J’ai trouvé Pascal lors de l’annonce de sa Chaire 

de recherche sur les espèces aquatiques exploitées. J’ai 

pris contact avec lui et il m’a parlé de ses projets qui 

m’ont tout de suite intéressée ». Angélique Lazartigues 

achevait alors sa thèse de doctorat à Nancy, dans le 

nord-est de la France, après avoir étudié à Bordeaux 

et à Clermont-Ferrand pour parfaire ses connaissances 

sur l’écologie des poissons ainsi que l’écotoxicologie et 

l’impact de la consommation du poisson sur la santé 

humaine. « J’avais déjà beaucoup lu sur la situation au 

Canada, sur la question du mercure par exemple, et je 

savais que comme on pratique toujours la pêche ici, les 

conséquences utiles de la recherche sont concrètes et 

touchent un grand nombre de personnes. »

Elle explique donc la chimie des otolithes comme étant « le 

transfert d’éléments qui s’enregistrent dans les otolithes 

des poissons. Ces informations peuvent nous rensei-

gner sur la structure des stocks de poissons et sur tout 

l’historique de vie de chaque poisson ainsi que de son 

espèce. » 

Matériellement, les otolithes sont des concrétions calcaires 

logées à l’intérieur d’une poche dans l’oreille interne des 

poissons, de part et d’autre du cerveau. Ce petit os, dont les 

humains sont également dotés, assure leur stabilité dans 

l’espace en ce qui a trait à la nage en profondeur et aux 

mouvements latéraux. Les otolithes étudiés par Angé-

lique Lazartigues proviennent principalement de larves 

et sont de tailles diverses, mais minuscules. Malgré leur 

petitesse, ces pierres grossissent chaque jour en ajou-

tant à leur masse une nouvelle couche de concrétion de 

parfois moins d’un micromètre d’épaisseur, dont la compo- 

sante chimique est influencée entre autres par l’environ- 

nement dans lequel évolue le poisson. Conséquemment, 

lorsqu’on coupe une tranche transversale d’un otolithe, 

on obtient un profil qui rappelle visuellement la coupe 

d’un tronc d’arbre avec une multitude de cercles concen- 

triques. Comme pour l’arbre, le nombre de cercles déter- 

mine l’âge de la larve en nombre de jours au début de 

la vie.

 

« Le poisson est forcément en interaction avec son milieu 

de vie qui contient de nombreux éléments chimiques, 

comme le calcium, le magnésium, le manganèse et 

d’autres. L’assimilation de ces matières va dépendre de 

plusieurs paramètres physiologiques et environnemen-

taux, mais certaines matières vont se loger dans l’oto-

lithe et laisser des traces qui pourront être identifiées et 

interprétées. » 

Si un poisson passe quelques jours dans une eau peu 

salée, par exemple, il incorporera une faible quantité de 

strontium dans les couches formées durant le nombre 

de jours où il demeurera dans cet environnement. Si le 

poisson migre en eau salée par la suite, les nouvelles 

couches qui se formeront auront une forte teneur en 

strontium. L’analyse révélera donc que du 4

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 au 7

e

 jour 

de sa vie, la larve a évolué en eau saumâtre et que du  

8

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 au 10

e

 jour, elle a migré en milieu marin, si c’est le cas. 

C’est de la sorte qu’il devient possible de reconstituer 

les migrations des poissons. La traçabilité va jusqu’au 

signal de l’éclosion dans le noyau pour identifier dans 

quel milieu, quel lieu et même quelle frayère se trouvait 

la larve lorsqu’elle est née. 

Angélique Lazartigues rappelle l’exemple du bar rayé, 

une espèce en phase de réintroduction dans le Saint-

Laurent à partir de la rivière Miramichi et sur laquelle 

elle s’est concentrée. Génétiquement, on ne peut pas 

différencier un bar rayé qui vit dans la rivière de celui 

qui se trouve maintenant dans le fleuve. On sait que 

la pêche de cette espèce est permise au Nouveau-

Brunswick, mais toujours interdite dans le Saint-Lau-

rent. « Nous avons récemment réalisé des études sur 

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1. Otolithe de truite 

brune mesurant 

1/5 mm de 

diamètre. On  

peut distinguer  

la marque 

d’éclosion plus 

foncée et plusieurs 

accroissements 

journaliers avant  

et après l’éclosion. 

2. Otolithe de larve 

de brochet de 

quelques jours 

3. Otolithe d’un 

éperlan arc-en-ciel 

juvénile du lac 

Saint-Jean sur 

lequel on peut 

compter près de 

60 accroissements 

journaliers  

(âge : 2 mois) 

4. Tête d’une 

larve d’éperlan 

arc-en-ciel dans 

laquelle on peut 

distinguer, à l’aide 

de la lumière 

polarisée, deux 

paires de points 

brillants qui 

correspondent 

à deux paires 

d’otolithes situées 

dans l’oreille 

interne du poisson

« Comme 
pour 
l’arbre, 
le nombre 
de cercles 
détermine 
l’âge de 
la larve 
en nombre 
de jours 
au début 
de la vie. »

— Angélique 
Lazartigues

4

otolithes

 

PHOTOS 1 À 4 : CREAE

La chimie des 

M

ARIANE

 L. ST

-GELAIS

Angélique Lazartigues

Une expertise unique