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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
la vie SOUS L’EAU
la vie SOUS L’EAU
Patrick Plourde-Lavoie
Originaire d’Alma, Patrick Plourde-Lavoie a terminé
ses études collégiales en sciences naturelles au Collège
d’Alma. Selon ses dires, le fait qu’il se soit inscrit en
biologie à l’université tient du plus pur hasard. « Lors
d’une visite des laboratoires qui précédait l’inscrip-
tion, j’ai rencontré Pascal Sirois qui m’a parlé de
ses recherches sur les poissons, ce qui a attiré mon
attention sur le coup. D’autant plus que ses travaux
et sa chaire de recherche sont orientés vers l’étude des
espèces exploitées en pêche sportive. »
Patrick a donc décidé de s’engager dans un baccalau-
réat en biologie. Il demeure un pêcheur invétéré, non
seulement dans le Piékouagami près duquel il a grandi,
mais partout sur le territoire québécois et même sur le
Saint-Laurent.
Tommy Larouche
Les trois membres de cette équipe du tonnerre ne se
connaissaient pas avant de se rencontrer à l’université.
Aujourd’hui, on les retrouve parfois dans la même
chaloupe et on les voit partager leurs histoires de pêche
avec un enthousiasme communicatif. Tommy Larouche
vient lui aussi d’Alma, au Lac-Saint-Jean, et il a fait les
mêmes études collégiales que Patrick. Son intérêt pour
la pêche remonte à l’enfance et lui vient directement de
ses parents ainsi que de son grand-père qui l’amenait
pêcher le doré et la ouananiche sur le lac Saint-Jean.
Dans son cas, l’orientation en biologie à l’université
coulait de source. « J’ai toujours été certain que c’était
ce que je voulais faire. J’adore mes études jusqu’ici et,
dès que j’ai un moment libre, je pars à la pêche. »
Comme ses deux confrères, Tommy est habité par une
préoccupation constante envers la qualité et la préser-
vation de l’environnement.
Maxime Larouche
Tous les fanatiques de pêche ne sont pas obligatoire-
ment du Lac-Saint-Jean. Maxime Larouche, pour sa
part, vient de Jonquière et il a complété l’ensemble de
ses études dans sa ville natale avant de se diriger vers
l’UQAC. « Dès le secondaire, j’ai su que j’irais à l’uni-
versité en biologie. J’ai terminé mon baccalauréat en
décembre dernier après avoir travaillé au Laboratoire
d’écologie végétale et de la faune terrestre. J’ai apprécié
l’expérience, mais ce n’était pas ce vers quoi je voulais
me diriger », explique-t-il.
Inspiré par son goût pour la pêche qu’il pratique avec
sa famille depuis le plus jeune âge, Maxime a approché
Pascal Sirois afin de se joindre à son équipe pour réa-
liser sa maîtrise. Le directeur de la Chaire de recherche
sur les espèces aquatiques exploitées lui a alors proposé
un projet qui l’a accroché et sur lequel il travaille avec
conviction depuis le début de l’année.
La pêche comme leitmotiv
Il est quand même relativement rare qu’une activité,
considérée au départ comme un simple loisir, conduise
à des études supérieures et mobilise les ambitions d’une
future carrière. C’est pourtant le cas de ces trois com-
parses et ce n’est pas d’hier que cette volonté les habite.
Patrick Plourde-Lavoie raconte que « tous les emplois
étudiants que j’ai occupés depuis l’adolescence ont été
liés à la pêche, principalement dans des boutiques de
chasse et pêche. Quand tu travailles dans un commerce
de chasse et pêche, tu rencontres de plus en plus de
pêcheurs, tu apprends de plus en plus de trucs et tu as
de plus en plus le goût de pêcher. Mais j’étais également
intéressé par la science. D’ailleurs, lors d’une entrevue,
on m’avait demandé quelles étaient mes deux grandes
passions et j’ai répondu la science et la pêche sportive.
Cela m’a amené à réorienter mes études pour passer de
la pêche sportive à la science. D’autre part, j’aime tra-
vailler sur des projets appliqués et, dans ce domaine, on
constate que ce qu’on fait est applicable concrètement
et a une portée réelle. »
Tommy Larouche, quant à lui, est inspiré par une pro-
fonde volonté de contribuer à la protection de l’environ-
nement en général. Déjà assistant de recherche durant
son baccalauréat, il a pu constater que les projets de la
CREAE correspondaient à ses objectifs aussi bien qu’à
ses passions. « Ce n’est pas prioritairement mon goût
pour la pêche qui a motivé mon choix d’études, mais
plutôt le désir de me consacrer à une matière que j’aime,
la biologie, et de m’engager dans un secteur d’activité
où il y a beaucoup à faire. »
Enfin, le cas de Maxime Larouche est vraiment lié à
l’héritage familial. « Depuis que je suis tout petit, mon
père m’amenait dans les bois pour la chasse, la pêche et
le piégeage. J’ai donc toujours été sensibilisé à l’impor-
tance de la préservation de la ressource. Il est devenu
tout à fait naturel pour moi de me diriger vers la biolo-
gie puisque c’est la seule chose qui me branchait, bien
que je ne connaisse à peu près rien à la science. »
Bien servi par sa nature curieuse et sa volonté de tout
connaître, Maxime a trouvé son champ d’études de
prédilection et il explore maintenant le monde de la
recherche avec un grand enthousiasme.
La recherche pour protéger la ressource
Tommy Larouche, Maxime Larouche et Patrick Plourde-
Lavoie ont chacun entrepris des travaux de recherche
originaux correspondant à leurs préoccupations fonda-
mentales et les menant à explorer des univers qui les
fascinent.
Trouver le bon hameçon
Maxime Larouche a décidé de s’attaquer à un sujet qui
peut sembler surprenant au départ, mais qui s’avère
d’actualité et déterminant dans un contexte où la
relâche des prises devient une pratique de plus en plus
populaire et utile à la conservation des espèces.
« Je veux comparer l’effet de différents hameçons sur
la mortalité à la remise à l’eau et le succès de pêche. Je
cherche principalement à tester l’effet de l’hameçon
circulaire qui est utilisé en pêche commerciale aux plus
gros poissons et dont on se sert de plus en plus avec les
espèces sportives, dont les salmonidés. Je vais étudier
plus particulièrement l’omble de fontaine et le touladi
avec une démarche simple qui consiste à capturer des
poissons, les remettre à l’eau et vérifier leur taux de sur-
vie en tenant compte des différents types d’hameçons
utilisés. L’enjeu consiste à éviter la mort des poissons
après une remise à l’eau alors que les plans de gestion de
ces deux espèces impliquent une augmentation impor-
tante de la relâche comme mesure de conservation ou
par principe éthique », explique Maxime.
Comprendre la perchaude
Tommy Larouche définit d’emblée son sujet de recherche
comme étant de nature plus fondamentale, bien que ses
résultats éventuels puissent contribuer concrètement au
retour d’une pêche sportive qui fait partie des traditions
de la population du lac Saint-Pierre tout spécialement.
« Je travaille à étudier et à déterminer la structure des
populations de jeunes perchaudes dans le Saint-Lau-
rent. On sait qu’il y a un moratoire interdisant la pêche
sportive et commerciale à la perchaude dans le lac
Saint-Pierre depuis 2012 après qu’on ait constaté une
baisse des stocks d’environ 90 %. Il s’agit donc de
chercher à comprendre comment les populations s’orga-
nisent dans l’espace du fleuve; où sont situées les zones
de production ainsi que les zones d’avinage où les pois-
sons grandissent et comment se produisent les échanges
entre ces milieux. »
Déjà, en 2011, le Saint-Laurent a été échantillonné à
ce chapitre entre Montréal et Montmagny. Avec ces
données, Tommy essaie de documenter la distribution
et l’organisation de l’espèce à l’échelle du fleuve. « À
cette situation s’ajoute un problème de fond puisque
nous savons que la perchaude se reproduit, mais que
les jeunes ne survivent pas pour plusieurs raisons :
prédation, compétition d’autres espèces ou détériora-
tion de l’habitat, entre autres. Il est essentiel de d’abord
comprendre ce qui arrive puis d’envisager des mesures
de gestion qui peuvent rétablir la situation. »
L’espèce vedette
Les recherches de Patrick Plourde-Lavoie portent sur
ce qu’il qualifie de l’espèce vedette du Québec, l’omble
de fontaine. « Même s’il s’agit de la principale espèce
pêchée sportivement, nous disposons de très peu d’in-
formations sur elle. » Il semble qu’on s’entende pour
dire que l’espèce se porte bien au Québec alors qu’on
observe partout ailleurs dans le nord-est du continent
un déclin principalement causé par la surpêche. « Mon
but est donc d’évaluer la situation réelle de l’omble de
fontaine au Québec. Pour ce faire, on peut utiliser les
données compilées depuis plusieurs décennies sur les
territoires fauniques structurés. En couvrant toutes les
grandes régions, je tente de voir si les indicateurs de pêche
ont changé. Baisse du succès de pêche? Changement
dans la taille des poissons? Cela nous donne un portrait
global et uniformisé de la situation et nous permet
d’évaluer l’efficacité des méthodes de gestion utilisées
comme l’ensemencement, l’imposition de quotas, le
moratoire, etc. Ces informations nous permettront de
développer les bases du plan de gestion québécois qui
sera proposé dans un proche avenir. La difficulté
majeure de ce processus vient du fait que les ensemen-
cements faussent les données réelles et camouflent les
véritables problèmes. »
Au final, les trois s’entendent pour dire que, d’une cer-
taine façon, ils sont au service de la population puisque
ceux qui ont ultimement tout à gagner de leurs recher-
ches, ce sont les pêcheurs. À l’aide d’une éducation
constante, le public commence à mieux le comprendre
et même à coopérer aux recherches.
Dès la fin de leur maîtrise, nous retrouverons fort pro-
bablement nos trois comparses sur le terrain, dans le feu
de l’action. £
ISTOCKPHOTO.COM [
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Omble de fontaine,
communément appelée
truite mouchetée
Une perchaude venant
d’être capturée à l’aide
d’un filet maillant
expérimental
Selon les recherches
menées par Maxime
Larouche, le choix
d’un hameçon pourrait
être déterminant pour
la survie du poisson
remis à l’eau.
1. Hameçon trépied
2. Hameçon
traditionnel en « J »
3. Hameçon circulaire
4. Mouche « Muddler »
avec hameçon
circulaire
CREAE
SYL
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IE BOUCHARD
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