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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014

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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014

la vie SOUS L’EAU

la vie SOUS L’EAU

Le retour d’une espèce disparue est un événement rare. 

Pourtant, c’est ce qui se passe avec le bar rayé dans 

le fleuve Saint-Laurent. Cette espèce avait disparu du 

fleuve au cours des années 1960. À partir de 2002, 

des ensemencements ont été réalisés dans le fleuve 

Saint-Laurent. Aujourd’hui, des signes de rétablisse-

ment sont observés. Cependant, quels sont les besoins 

de cette nouvelle population en matière d’habitat et 

de nourriture? Ce sont des questions qu’aborde Lucie 

Vanalderweireldt dans sa thèse de doctorat.

Après avoir complété son baccalauréat à l’Université de 

Paris, Lucie Vanalderweireldt a entrepris dans son pays 

d’origine une maîtrise avec spécialisation en écologie.  

« Je devais effectuer un stage de fin d’études de cinq mois, 

ce que j’ai fait à l’UQAC l’an dernier, en travaillant sur  

le doré jaune dans le lac Saint-Jean. C’était aussi ma 

première découverte du Québec avec un peu d’hiver et 

un peu de printemps, ce que j’ai bien aimé. »

Lucie Vanalderweireldt a donc terminé sa maîtrise en 

2013 et s’en est suivi une demande de visa qui l’a rame-

née chez nous en janvier pour commencer son doctorat 

sur le bar rayé du fleuve Saint-Laurent. 

Biologie et plein air

Au-delà de la biologie, la jeune doctorante souligne 

une dimension souvent négligée, mais bien réelle chez 

la très grande majorité des étudiants regroupés autour 

de la Chaire de recherche sur les espèces aquatiques 

exploitées (CREAE). « Nous avons tous comme point 

commun la passion du plein air et un goût prononcé 

envers tout ce qui touche la nature. C’est ce qui, pour 

moi, fait de la biologie le meilleur métier du monde! » 

Cela n’empêche pas que ces biologistes doivent passer 

de longues périodes dans leur laboratoire à analyser 

les échantillons prélevés durant l’été, à lire les articles 

publiés dans le monde sur leur sujet de recherche et à 

relativiser les données.  

De la forêt à la mer

Une chose étonne dans le parcours de Lucie Vanal-

derweireldt et il s’agit de l’orientation première de sa 

maîtrise, la foresterie, et de sa conclusion en ressources 

aquatiques. « Il s’agit vraiment de deux matières diffé-

rentes, mais c’est l’expérience que j’ai vécue à l’UQAC 

qui m’a fait aimer le monde marin et, plus encore, le bar 

rayé comme sujet de recherche. J’apprécie particulière-

ment le fait qu’il s’agisse d’un enjeu de conservation 

Le retour du roi du Saint-Laurent

LE ROI

concret avec la réintroduction d’une espèce. Cela me 

permet de sortir du fondamental pour aller vers la 

pratique et d’avoir l’impression de contribuer de façon 

tangible à une cause utile », affirme-t-elle.

Une réintroduction réussie

Lucie Vanalderweireldt a poursuivi les travaux d’un 

autre étudiant, Olivier Morissette, ce qui lui a assuré 

une expertise de base au départ. « Il est inhabituel de 

constater une expérience de réintroduction qui fonc-

tionne aussi bien que celle du bar rayé du Saint-Lau-

rent. Tous les gestionnaires et les intervenants dans ce 

dossier ont été surpris d’obtenir aussi rapidement de 

si bons résultats. Il s’agit d’un projet enthousiasmant 

quand on constate son évolution. » 

Le bar rayé réimplanté dans le Saint-Laurent provient 

de la grande rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick. 

Totalement disparue depuis plus de 40 ans, l’espèce a 

été reproduite en pisciculture et ensemencée en 2002. 

Étonnamment, dès 2003, on a commencé à observer des 

prises accidentelles de la part de pêcheurs qui n’avaient 

plus de connaissances sur ce poisson et qui ont craint 

de voir apparaître une nouvelle espèce envahissante.  

« Un réseau s’est mis en place en 2004 afin de surveiller 

l’évolution de la population de bar rayé. On a ainsi 

découvert que la population nouvellement implantée 

n’a pas du tout les mêmes habitudes que la population 

ancestrale disparue, de là le besoin pressant d’aug-

menter nos connaissances, puisqu’on peut anticiper 

une pression de pêche importante. On a déjà remar-

qué que l’aire de répartition ainsi que les frayères ne 

sont pas les mêmes et que cette nouvelle population 

affiche une croissance beaucoup plus rapide que l’an- 

cienne. Il est particulièrement utile de noter que le bar 

rayé implanté explore tous les environnements dans une 

stratégie de colonisation des milieux, ce qui explique ma 

démarche scientifique qui se concentre sur son habi-

tat. Je suis particulièrement intéressée par le fait que 

 ISTOCKPHOTO.COM 

[EMMGUNN

]

cette espèce peut vivre en eau salée et se reproduit en 

eau douce, dans une étonnante variété de milieux », 

explique Lucie Vanalderweireldt. 

Sur le terrain

L’échantillonnage, effectué en collaboration avec le 

ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, s’étend 

de Trois-Rivières à Rivière-du-Loup, mais des pêcheurs 

rapportent des prises jusque dans le Saguenay. Sachant 

qu’il s’agit d’un poisson qui vit et se reproduit dans les 

eaux douces et saumâtres, deux frayères ont déjà été 

identifiées. L’une en amont de la rivière Ouelle et l’autre 

à l’embouchure de la rivière Montmagny. 

Elle ajoute que le bar rayé reste une espèce très recher-

chée des pêcheurs sportifs pour sa chair, mais que sa 

pêche sera encore interdite durant au moins les quatre 

prochaines années, bien que la pêche sportive du bar 

rayé au sud de la péninsule gaspésienne reprenne à 

partir de l’été 2014. « On peut déjà affirmer qu’il y a 

des signes de bon rétablissement de l’espèce, mais nous 

n’avons pas encore toutes les données sur son habitat. 

On sait toutefois que les facteurs qui ont entrainé sa 

disparition du fleuve sont, d’une part, la surpêche, et, 

d’autre part, les modifications de son milieu de vie 

causées par les activités de dragage dans la voie mari-

time. Il est donc primordial de savoir quel est l’habitat 

dans lequel l’espèce évolue aujourd’hui dans le but de la 

préserver. Il ne faut surtout pas croire que nous sommes 

à l’abri des erreurs du passé même si les mentalités ont 

changé par rapport à la pêche. »

Lucie Vanalderweireldt est visiblement fascinée par le 

sujet de recherche qu’elle a adopté et elle souhaite con- 

tinuer d’évoluer « dans le même genre de domaine, même 

s’il est très tôt pour se prononcer ». Dans tous les cas, 

elle assure qu’elle fera un postdoctorat quelque part sur 

des espèces « aussi sympa que le bar rayé. C’est vraiment 

un beau monde la recherche. Plein de passionnés! », 

conclut-elle. £

Bar rayé 

(en haut, une 

larve de bar rayé)

CREAE

CREAE

Lucie Vanalderweireldt