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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
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la vie SOUS L’EAU
la vie SOUS L’EAU
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UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
souhaitait alors développer une expertise sur les inter-
actions entre la forêt et les lacs.
« J’ai dû me baser sur ma propre expertise pour mettre
sur pied un programme à partir du mandat de dévelop-
per les sciences aquatiques à l’UQAC, toujours en parte-
nariat avec le milieu. En nous associant avec la culture
en place à l’UQAC, nous avons développé une spéci-
ficité par rapport aux autres établissements qui sont
tournés vers les milieux aquatiques. Les spécialistes de
la forêt, entre autres, nous ont amenés à considérer ces
habitats et la vie qu’ils abritent comme une ressource
plutôt que de simples éléments de biodiversité. Pensons
aux pêcheries qui subviennent aux besoins de millions
de personnes ou aux poissons qui font l’objet de pêche
sportive et qui génèrent des retombées économiques
importantes tout en étant le fondement d’une part appré-
ciable de l’industrie touristique. L’ensemble de ces acti-
vités a besoin de recherche et de développement comme
tous les autres secteurs économiques. C’est en ce sens
que nous avons orienté nos recherches pour, au-delà des
retombées économiques, augmenter nos niveaux de con-
naissances et en venir à prendre les meilleures décisions
possible en terme de gestion. C’est d’ailleurs ainsi que
la mission de la Chaire de recherche sur les espèces
aquatiques exploitées (CREAE) s’est articulée. »
Mission ouananiche
Les débuts de Pascal Sirois à l’UQAC correspondent au
plus fort de la crise de la ouananiche au Lac-Saint-
Jean et le scientifique s’implique dès le départ dans la
recherche d’une solution.
À ce sujet, le professeur Sirois écrit dans la brochure
annuelle de la Corporation de LACtivité Pêche Lac-Saint-
Jean (CLAP) de l’édition 2014 un commentaire intitulé
L’éloge de la patience.
L’éloge de la patience
« Il est courant d’entendre dans divers milieux au sujet des ressources fauniques : « Il faudrait arrêter les études et
passer aux actions concrètes. » Dans ce billet, je reviens sur 25 ans de gestion de la pêcherie au lac Saint-Jean pour
montrer que rien ne sert d’être pressé en matière de gestion des ressources fauniques.
Il y a 25 ans s’amorçait un vaste programme d’ensemencement de la ouananiche dans les rivières du lac Saint-Jean.
Ce programme, qui a duré plus de 10 ans, a été supporté par d’importants investissements de deniers publics en
infrastructures et en fonctionnement. Résultat : le succès de pêche a été très variable pendant une décennie jusqu’à
l’effondrement des stocks et la quasi-fermeture de la pêche en 2003. Il est clair aujourd’hui que le déclin et la ferme-
ture de la pêche en 2003 sont directement reliés au programme d’ensemencement.
Sur quelle base ont été prises ces décisions il y a 25 ans? Je n’y étais pas, mais je peux facilement imaginer qu’une
personne a levé la main et a dit : « Il faudrait arrêter les études et passer aux actions concrètes. » Dans ce dossier, je
ne doute pas que tous et chacun souhaitaient une amélioration de la pêcherie au lac Saint-Jean. Malheureusement,
les décisions n’ont pas été prises sur la base de connaissances scientifiques spécifiques au lac Saint-Jean.
Il a fallu des études pour montrer que la production de ouananiche au lac Saint-Jean était limitée par l’abondance de
l’éperlan arc-en-ciel. Les études ont également permis de comprendre que le principal facteur qui contrôle l’abon-
dance de l’éperlan arc-en-ciel est la prédation par les saumoneaux, lorsqu’ils arrivent dans le lac quelques années
après leur naissance en rivière. Enfin, c’est grâce aux études que nous savons maintenant que l’éperlan arc-en-ciel
n’est pas limité par sa nourriture (le zooplancton), mais probablement beaucoup plus par la qualité de ses habitats
de fraie.
L’aménagement de frayères est présentement envisagé dans le but d’augmenter la production d’éperlan arc-en-ciel.
Si une telle opération fonctionnait, toutes les espèces sportives du lac Saint-Jean en bénéficieraient. Cependant, où et
comment réaliser ces aménagements? Le lac Saint-Jean est un écosystème complexe qui n’a pas fini de nous révéler
ses secrets. À mon avis, il faut continuer l’acquisition de connaissances scientifiques solides avant de dépenser des
sommes importantes sur les aménagements de frayères. » — Pascal Sirois, Ph. D.
retrouver au Saguenay-Lac-Saint-Jean consiste à évo-
luer sur un terrain de recherche on ne peut plus idéal.
Lorsque j’étais à Montréal, il fallait mettre des heures
avant d’avoir accès à un lac que nous pouvions étudier.
Ici, j’observe mon champ d’études à partir des fenêtres
de l’université. Tout cet environnement naturel aqua-
tique pour lequel j’ai progressivement développé mes
champs scientifiques de prédilection domine le paysage
et est à portée de main. »
Pascal Sirois précise un avantage supplémentaire qu’il
voit à évoluer dans un environnement qui touche à
la fois à la mer, avec le fjord du Saguenay, de même
qu’aux eaux douces, avec le lac Saint-Jean, en plus de la
multitude d’autres plans d’eau et rivières de son bassin
versant. « Généralement, les scientifiques choisissent
soit l’eau douce et deviennent limnologiste, soit l’eau
salée pour devenir océanographe. Personnellement, ma
maîtrise a traité de l’eau douce alors que mon doctorat
a porté sur les eaux estuariennes du Saint-Laurent,
donc saumâtres. Puis, j’ai complété mon postdoctorat
dans les eaux salées de l’Arctique. J’ai donc œuvré dans
tous ces milieux différents avec lesquels la région me
permet de maintenir un lien constant. Il s’agit de plus
d’un territoire aussi riche que diversifié, relativement
vierge sur le plan des connaissances. Il est d’ailleurs
extrêmement étonnant de trouver un plan d’eau avec la
dimension et la population du lac Saint-Jean qui a fait
l’objet d’aussi peu de publications scientifiques. Cela
s’avère presque unique en Occident. En Europe, le lac
Saint-Jean mériterait son propre centre de recherche. »
L’amorce du travail
Au moment où Pascal Sirois débarque à Chicoutimi, tout
reste à faire en ce qui a trait à son domaine de recherche.
Le Consortium de recherche sur la forêt boréale com-
merciale, qui a soutenu financièrement son embauche,
La recherche
scientifique a
permis d’établir
que la production
d’ouananiche dans
le lac Saint-Jean
était limitée par
l’abondance de
sa proie préférée,
l’éperlan arc-en-ciel.
CREAE
Gestion
prédictive
Basée sur
des éléments
de dynamique
des populations
Structure
des stocks ou
utilisation
de l’habitat
Sans connaître
les stocks
Espèce
seulement
Structure
des stocks
De base en
dynamique
des
populations
Élevées en
dynamique
des
populations
CONNAISSANCES
GESTION
CREAE
Y
v
ES OUELLET
Un modèle
À partir des résultats plus que concluants de l’interven-
tion dans le lac Saint-Jean, qui ont d’ailleurs été suivis
de près dans maintes régions du Québec, Pascal Sirois
avance l’idée qu’il faudrait peut-être s’inspirer de ce
modèle avec toutes nos ressources halieutiques. « Pour-
quoi ne pas avoir recours à un comité scientifique qui
pourrait faire le bilan des connaissances disponibles et
les intégrer dans la gestion des ressources? »
L’équipe de la Chaire de recherche sur les espèces aqua-
tiques exploitées (CREAE) s’est inspirée de ce schéma
et du modèle élaboré au lac Saint-Jean pour démontrer
qu’il est possible de prendre une ressource à la fois et de
se positionner par rapport aux interventions réalisables
en fonction des connaissances dont on dispose. « L’idée
consiste à posséder une grille d’analyse afin d’identi-
fier les problèmes et d’évaluer les connaissances déjà
acquises ou à acquérir. Puis, faisons suivre les actions! »
Aux yeux de Pascal Sirois, le travail n’a jamais de cesse.
À l’image du casse-tête qu’on commence, il est impos-
sible d’avoir une idée de l’image en devenir jusqu’à
l’identification des indices révélateurs qui dévoilent des
éléments du portrait. « Il y a toujours des morceaux à
ajouter à notre casse-tête pour raffiner l’image. Et quand
on commence à savoir de quoi il ressort, on ne peut
que progresser vers une solution ou vers une meilleure
gestion. Notre but est donc de constamment ajouter
des morceaux au casse-tête afin de dévoiler l’image »,
conclut Pascal Sirois.
Lacs et forêts
Une autre question qui a suscité l’implication de la CREAE
et d’autres ressources scientifiques de l’UQAC est celle
Prélèvement
d’échantillons de
jeunes perchaudes à
l’aide d’un push-net
sur un lac boréal
SOURCE
:
CREAE
, B
ILAN
DES
ACTI
v
ITÉS
2010-2014