13
UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
12
UQAC EN REVUE / PRINTEMPS 2014
la vie SOUS L’EAU
la vie SOUS L’EAU
fier leur structure de financement par le fait que la chaire
accède à des fonds académiques québécois et canadiens
auxquels les organismes seuls n’ont pas droit. L’inter-
vention de la CREAE accroît la crédibilité scientifique
des projets et va jusqu’à les mener à des publications
revues par les pairs sur la scène internationale.
De nouvelles opportunités
La venue d’une nouvelle chaire comme la CREAE per-
met d’accéder à de nombreuses opportunités nouvelles.
Son directeur demeure alerte et vigilant afin de saisir
les plus intéressantes.
Dans le cadre de sa mission de recherche normale, rien
ne l’empêchait de déployer ses interventions, mais grâce
à la chaire, tout est facilité. « En tant que partenaire pri-
vilégié du ministère, je peux compter sur une équipe de
biologistes dispersés sur l’ensemble du territoire québé-
cois. Si j’ai besoin d’un échantillon de doré jaune, j’ai
quelqu’un en Abitibi pour aller le prélever. La collabo-
ration de tous les intervenants est exceptionnelle parce
que tout le monde veut que ça marche et parce que la
réputation de la chaire est solidement implantée! Cette
faculté de déploiement rapide et efficace s’avère un
avantage incontournable et fait de la chaire un modèle
de partenariat unique au Québec. »
Pour ce qui est de l’enseignement et de la force d’attrac-
tion de la chaire aux cycles supérieurs, Pascal Sirois croit
que la CREAE peut avoir un impact appréciable. « Je
continue mon enseignement en biologie au premier
cycle et j’y intègre naturellement des éléments de mes
travaux de recherche. Je pense que cela peut attiser la
curiosité des étudiants et les inciter à poursuivre. Au
deuxième et au troisième cycle, il est clair que nous atti-
rons des étudiants de partout au Québec et de l’étranger.
Ce que me disent ces derniers, c’est qu’ils sont vraiment
heureux de travailler sur des problématiques concrètes.
Cette génération apprécie le fait d’évoluer dans le réel
plutôt que dans le fondamental, en étant convaincue
que le travail sera utile et pourra aider. Actuellement, le
tiers des étudiants inscrits à la maîtrise et au doctorat
dans les programmes de sciences fondamentales sont
en sciences aquatiques », souligne Pascal Sirois.
Il ne faut pas minimiser non plus le fait que les succès de la
Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploi-
tées ont permis à l’UQAC de recruter d’autres profes-
seurs qui se sont ajoutés à l’équipe et qui ont permis
d’établir une masse critique de chercheurs.
Perspectives
L’avenir immédiat de la CREAE s’élabore autour de deux
projets majeurs présentement en marche qui touchent
toute la question de l’ensemencement au Québec. Il s’agit
d’un mode de gestion important qu’on fait intervenir
lorsque les populations de poissons baissent, mais qui
peut avoir des conséquences sérieuses. « Ces projets
sont menés en collaboration avec le professeur Louis
Bernatchez de l’Université Laval, un éminent spécialiste
en génétique qui a remporté le Prix du Québec Marie-
Victorin il y a deux ans. Décerné annuellement par le
gouvernement du Québec, ce prix est la plus haute
distinction accordée pour l’ensemble de sa carrière en
sciences naturelles à un scientifique ayant œuvré dans
des interventions de l’industrie forestière et de leurs
effets sur les lacs. Une thématique qui a naturellement
mobilisé plusieurs intervenants régionaux.
« D’autre part, on peut identifier le secteur faune du
gouvernement du Québec comme le premier utilisateur
de nos résultats de recherche parce qu’il les applique
dans ses modalités de gestion et dans ses politiques.
C’est donc le ministère de la Faune [dont l’appellation
change régulièrement] qui contrôle tout ce qui concerne
la pêche en eau douce. La Sépaq est son délégataire,
mais c’est le ministère qui décide », précise Pascal Sirois.
Pêche blanche
La pêche hivernale sur le lac Saint-Jean n’a pas vrai-
ment fait l’objet de recherches de la part de la CREAE et
son directeur, Pascal Sirois, estime que son impact sur
l’évolution des populations de poissons demeure négli-
geable pour l’instant. Il soutient toutefois qu’il faut
demeurer alerte, puisque la pratique prend de l’ampleur
et qu’elle pourrait éventuellement représenter un facteur
à prendre en considération au niveau de la recherche et
des politiques de gestion des stocks.
Sur le fjord du Saguenay cependant, des recherches
menées précédemment en 2004 et 2005 par Pascal Sirois
et le Laboratoire des sciences aquatiques ont révélé des
informations étonnantes. « Nous voulions savoir com-
ment se renouvellent les populations dans le fjord et
si le nombre de captures dépasse leur taux de renou-
vellement. Nous nous sommes alors aperçus que, pour
ce qui est des poissons de fond, il ne s’effectue aucun
renouvellement de ces espèces dans le fjord à partir
de spécimens qui naissent dans le Saguenay. Le seul
renouvellement qui survient se fait par la migration de
jeunes individus en provenance du Saint-Laurent. Ces
poissons, particulièrement le sébaste, passent quand
même une bonne partie de leur existence dans le fjord
et y acquièrent des caractéristiques morphologiques et
chimiques distinctes de ceux qui restent dans le Saint-
Laurent. Il s’agissait alors de nouvelles connaissances
que nous avons acquises et d’une hypothèse intéres-
sante que nous aimerions continuer d’étudier afin de la
valider à partir de données plus étoffées. »
Une chaire de recherche
Créée en 2010, la Chaire de recherche sur les espèces
aquatiques exploitées assure d’abord un revenu stable
aux chercheurs, leur permettant de réaliser des projets
à moyen et à long terme. Elle dispose d’un mandat pan-
québécois, démontrant clairement que l’expertise éla-
borée au Lac-Saint-Jean est valable en tant que modèle
à une plus large échelle. La CREAE a également formé
un comité scientifique auquel siègent cinq personnes
qui réfléchissent sur les orientations, la programmation
scientifique et les opportunités à saisir. On s’assure aussi
que les mandats potentiels se situent dans les axes de
recherche de la chaire en servant en fin de compte les
pêcheurs sportifs et qu’on demeure fidèle aux missions
d’enseignement et de recherche de l’UQAC, particuliè-
rement s’il est possible d’y impliquer des étudiants à la
maîtrise et au doctorat.
Il arrive que la CREAE sollicite des mandats et elle est éga-
lement sollicitée par des organismes qui peuvent boni-
un domaine autre que le domaine biomédical. Nous nous
sommes associés afin d’évaluer ensemble tous les enjeux
génétiques et écologiques concernant l’ensemencement
du touladi et de l’omble de fontaine, deux espèces très
importantes au Canada. Nous sommes également impli-
qués dans tout ce qui concerne la recolonisation du bar
rayé dans le Saint-Laurent. Le bar rayé est une espèce
disparue dans les années 60 et qu’on a ensemencée à
partir de 2002. Il s’agissait d’un des rois du fleuve dans
les années 40 et 50. On voit aujourd’hui la population
se restaurer dans un nouveau Saint-Laurent qui n’est
pas celui de 1950. Nous avons aussi une étudiante au
doctorat qui s’intéresse à tout ce qui concerne le réta-
blissement du bar rayé dans ce nouvel environnement. »
Pascal Sirois évoque également un nouveau projet de
recherche très appliqué qui débute cet été et qui sera
voué à l’étude de tous les enjeux concernant la remise
à l’eau. Peut-on affirmer qu’il s’agit d’un mode de ges-
tion efficace pour préserver les espèces? Les poissons
capturés survivent-ils quand ils sont remis à l’eau? Ces
questions seront quantifiées sur les espèces qui sont
pêchées dans nos lacs, en situation réelle, à l’aide de
l’utilisation de deux types d’hameçons différents et
on assurera un suivi de survie qui apportera enfin des
réponses à ces questionnements de longue date.
Il ne faut pas oublier que la chaire est financée en bonne
partie par la hausse du prix des permis de pêche au Qué-
bec. C’est donc aux pêcheurs que la chaire est grandement
redevable et c’est l’esprit dans lequel la CREAE travaille
en ne perdant pas de vue pour autant l’approfondis-
sement des connaissances fondamentales.
Comité scientifique
Le comité scientifique est constitué de quatre biologistes
du MDDEFP et du titulaire de la CREAE. Ce dernier coor-
donne les travaux de son équipe de recherche en étroite
collaboration avec les partenaires associés aux divers
projets. Cette structure permet d’orienter les travaux de
recherche en fonction des besoins de gestion du MDDEFP
(gestionnaire principal, Jessy Dynes, direction de la Faune
aquatique) et des divers partenaires fauniques. Elle per-
met également d’optimiser le transfert des résultats de
recherche vers les utilisateurs.
Membres actuels du comité scientifique
• Amélie Bérubé, Direction régionale
Saguenay–Lac-Saint-Jean, Secteur de la faune
• Philippe Brodeur, Direction régionale Mauricie
et Centre-du-Québec, Secteur de la faune
• Michel Legault, Direction de la faune aquatique
• Marc Mingelbier, Direction de la faune aquatique
• Pascal Sirois, Titulaire de la CREAE
Rapport de la CREAE, 2010-2014
Partenaires et financement
La Chaire de recherche a été créée avec un octroi initial de
400 000 $ consenti par le MDDEFP pour la période 2010-
2015.
Des fonds de recherche supplémentaires de 907 500 $ ont
été obtenus auprès de divers organismes subvention-
naires et partenaires fauniques dans le but de soutenir
la programmation scientifique de la CREAE. L’investisse-
ment initial a donc eu un effet de levier majeur.
Organismes subventionnaires de recherche
• Fondation de l’Université du Québec à Chicoutimi
(45 000 $)
• Conseil de recherches en sciences naturelles
et en génie du Canada (287 000 $)
• Fonds de recherche du Québec - Nature et
technologies (via Ressources Aquatiques Québec)
(46 750 $)
Partenaires fauniques gouvernementaux
et non gouvernementaux
• Ministère des Ressources naturelles et de la Faune
du Québec (340 000 $)
• Ministère des Ressources naturelles du Québec
(33 250 $)
• Pêches et Océans Canada (24 500 $)
• Conférence régionale des élus du Saguenay–
Lac-Saint-Jean (19 000 $)
• Société des établissements de plein air du Québec
(25 000 $)
• Corporation de LACtivité Pêche Lac-Saint-Jean
(82 000 $)
• Aire faunique communautaire du réservoir
Baskatong (5 000 $)
CREAE
Prélèvement
d’échantillons et
travail sur le terrain
sur les lacs boréaux