Mardi, 10 mars 2026
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Donner voix aux femmes : entretien avec la professeure Anne-Martine Parent

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avons souhaité mettre en lumière celles qui, par leur travail, leur engagement et leur vision, contribuent à transformer notre compréhension du monde. Parmi elles se trouve Anne‑Martine Parent, professeure à l’UQAC depuis 2006, dont les recherches croisent littérature contemporaine des femmes, études féministes, représentations de la sexualité et enjeux de consentement.

À travers son parcours de chercheuse, d’enseignante et de mentore, elle participe à amplifier des voix souvent marginalisées et à renouveler les façons dont on lit, écrit et pense le féminin dans nos sociétés. Nous lui avons posé quelques questions afin d’explorer son regard sur l’évolution de ces représentations, l’importance des études féministes et la force de la relève qui se forme aujourd’hui sur les bancs de l’université.

Question : Vous êtes professeure à l’UQAC depuis 2006. Comment décririez‑vous votre évolution comme chercheuse et enseignante au fil de ces années ?

Réponse : J’ai gagné en expérience et en confiance, ce qui m’a amenée à développer un rapport plus intime avec la connaissance et sa transmission. Je me suis aussi donné le droit d’explorer des phénomènes et des enjeux sous différentes formes : écriture académique « classique », recherche-création, autothéorie.

Q : Une grande partie de vos recherches porte sur la littérature contemporaine des femmes, leurs pratiques autobiographiques et les études féministes. Pourquoi est-il essentiel, selon vous, de continuer à faire entendre ces voix dans le paysage littéraire et académique ?

R : Parce qu’il est nécessaire de travailler pour mettre en valeur ces voix qui ne sont pas toujours entendues, ou bien entendues. Pour remettre en question ce qu’on a longtemps considéré comme la norme, que ce soit à propos de ce qu’est la littérature, ou de la place des femmes, dans la société ou dans la littérature, ou encore en lien avec des enjeux concernant les femmes. On peut ainsi complexifier ce qu’on est capable d’entendre et de comprendre, pour arriver à penser le vivre ensemble de manière plus ouverte, plus inclusive.

Q : Vos recherches portent également sur la représentation de la sexualité des femmes dans les séries télévisées. Quel regard portez‑vous sur l’évolution de ces représentations dans les dernières années ?

R : Il y a eu une évolution très intéressante, où les femmes sont passées du statut d’objet de désir vers celui de sujet de désir (même si on voit encore le premier cas de figure, évidemment). Les personnages féminins parlent entre elles de sexualité, de relations intimes et amoureuses, énoncent leur désir et leurs limites. Ça peut montrer, parfois, une vision plus réaliste du plaisir féminin, mais aussi de l’inconfort, des malaises, des déceptions des femmes. Enfin, on voit un peu plus de corps non conformes aux standards hollywoodiens et c’est rafraichissant.

Q : Vous avez analysé la question des violences sexuelles et du consentement dans les récits télévisuels et en littérature. En tant que spécialiste, que pensez‑vous de la manière dont ces enjeux sont abordés dans les fictions populaires ?

R : Il y a de tout, mais on peut regrouper la représentation des violences sexuelles dans deux grandes catégories : d’une part, celles qui proposent une représentation relevant du divertissement , où l’agression est soit un rebondissement parmi d’autres dans l’intrigue, soit quelque chose de gratuit, servant à provoquer des réactions chez les spectateurs et spectatrices, et, d’autre part, celles qui se situent du côté des victimes et qui cherchent à montrer l’aspect traumatique des agressions à caractère sexuel. On voit de plus en plus de représentations du deuxième type, en écho avec la prise de conscience sociale autour de la culture du viol. C’est l’une des forces de la fiction : représenter des enjeux sociaux actuels, trouver des manières de les questionner, pour nous amener ensuite à une compréhension plus fine ou plus complexe, et parfois à une plus grande empathie.

Q : Dans votre rôle de professeure engagée dans les études féministes, vous êtes en contact direct avec la prochaine génération de chercheuses. Avez‑vous remarqué, parmi vos étudiantes, certaines qui se démarquent particulièrement par leur engagement ou la force de leurs projets ? Et qu’est‑ce que cela vous fait, personnellement, de contribuer à l’essor de cette relève ?

R : C’est une grande fierté pour moi de participer à la formation de la relève. Plusieurs étudiantes au baccalauréat, à la maitrise et au doctorat se démarquent par leur intelligence, leur regard sur le monde, leur enthousiasme, leur engagement dans les études féministes et leurs convictions. Elles s’approprient les questionnements féministes et les portent ensuite là où cela compte pour elles. Elles sont inspirantes et c’est très encourageant pour la suite du monde de les voir aller.

Q : Pour la Journée internationale des droits des femmes, quel message aimeriez‑vous transmettre aux étudiantes, chercheuses, créatrices ou femmes de la région qui souhaitent prendre leur place ?

R : Foncez, le monde a besoin de vous.

En apprendre plus sur une des oeuvres récentes d’Anne-Martine Parent

L’horizon par hasard est disponible dans toutes les librairies du Québec, ou directement à partir du site web des Éditions La Peuplade.

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