Vendredi, 3 avril 2026
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Anouk Michel : prendre soin de sa communauté

Le diplôme de l’UQAC qu’a obtenu Anouk Michel représente non seulement une grande fierté pour elle, mais aussi pour sa communauté. Lorsqu’elle a terminé sa formation au campus de Sept-Îles, elle est revenue s’établir au sein de sa communauté, les Innus de Ekuanitshit (Mingan). Obtenir en 2019 un baccalauréat en sciences infirmières a permis à Anouk Michel d’accéder au titre d’infirmière clinicienne. Elle met son dévouement au service des patients du Centre de santé Mashtishanitshuap.

La réalisation d’un rêve

Anouk Michel garde en mémoire les récits de son arrière-grand-mère maternelle, sage-femme et soignante formée par les savoirs traditionnels, qui possédait une solide connaissance des plantes médicinales. En l’écoutant, la future infirmière sent naître son intérêt pour le domaine de la santé. Elle a envisagé la médecine, l’obstétrique ou même un baccalauréat en pratique sage-femme. Puis la vie a pris le dessus : deux enfants, une pause d’études, et la promesse qu’un jour, elle y reviendrait. Quand ses enfants sont devenus un peu plus grands, la mère monoparentale a décidé de «finir ce qu’elle voulait faire» : elle s’est inscrite en soins infirmiers au Cégep de Sept-Îles, diplôme d’études collégiales (DEC) qu’elle obtient en 2014.

Anouk Michel hésite ensuite à poursuivre au baccalauréat, jusqu’à ce que la coordonnatrice de son programme lui fasse voir que ce diplôme universitaire lui offrirait plus de perspectives. Elle s’inscrit donc en 2014, l’année même où elle obtient son DEC. Anouk Michel travaille, étudie et élève ses enfants, appréciant la flexibilité offerte par l’hôpital de Sept-Îles. Elle fait des quarts de nuit et alterne entre temps partiel et temps complet selon les cours offerts au campus de Sept-Îles. Elle commence à travailler au dispensaire de Mingan en 2015, où elle partage son temps entre un poste d’infirmière et des responsabilités de chargée de projets, tout en poursuivant ses études en parallèle. En 2018, elle intègre le centre mère-enfant de Sept-Îles, où elle travaille en maternité, en pédiatrie et en clinique gynécologique. En 2021, elle obtient un poste en santé maternelle et infantile au Centre de Uashat mak Mani-utenam. Elle contribue aussi à la santé publique lors d’une hausse de cas de tuberculose dans la communauté. À partir de juillet 2021, elle revient dans sa communauté d’attache, au Centre de santé Mashtishanitshuap, toujours en santé maternelle et infantile. Depuis deux ans, le centre prend également en charge la santé scolaire. Depuis l’automne 2025, une grande partie de sa pratique est guidée par le principe de Jordan, qui vise à éviter que les enfants des Premières Nations subissent des retards ou des refus de services en raison de leur identité. Elle collabore ainsi avec divers spécialistes et coordonne les requêtes nécessaires dans la communauté.

Depuis 2023, Anouk Michel siège au sein de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, où elle représente la Côte‑Nord, le Saguenay–Lac‑Saint‑Jean et le Nord‑du‑Québec, une reconnaissance de son parcours et de son engagement envers les soins.

Un modèle de persévérance

Le campus de Sept-Îles lui permet de concilier famille et études. Pour elle, suivre un programme universitaire complet sans quitter sa région, tout en effectuant ses stages à proximité de sa famille et de sa communauté, est une réelle chance. À deux heures de route de sa communauté (plutôt que huit depuis le campus de Chicoutimi!), Anouk Michel considère être proche de sa famille; elle peut rentrer les fins de semaine. Elle apprécie aussi l’entente entre l’UQAC et l’hôpital de Sept-Îles, qui lui permet de poursuivre ses études tout en travaillant.

Anouk Michel garde un excellent souvenir des cours de la professeure Carole Dionne, qu’elle voie comme une mentore. Même si les professeurs étaient basés à Chicoutimi, elle sentait qu’ils étaient accessibles, compréhensifs et faciles à joindre. Lors de ses stages, elle a appris énormément auprès de ses superviseurs. Elle savait déjà qu’elle voulait travailler en santé communautaire pour revenir dans sa communauté. «L’avantage de travailler dans ma communauté, c’est de soigner dans ma langue. Tu établis une bonne relation avec les gens, parce que tu les comprends, et eux aussi se sentent mieux compris», précise-t-elle.

Pour Anouk Michel, l’UQAC favorise le développement de l’autonomie et la mise à jour constante des connaissances, dans un domaine où tout évolue rapidement : «Je trouve qu’on apprend plus à l’université, dans le sens où ça nous apporte beaucoup sur l’autonomie. Le jugement clinique aussi, on [le] développe, par toutes les lectures scientifiques. […] J’essaie de regarder au niveau scientifique aussi comment ça se passe, l’évolution des pratiques en santé». Son désir d’enrichir ses connaissances va encore plus loin : elle est maintenant inscrite à un DESS en gestion publique en contexte autochtone à l’ÉNAP, et réfléchit déjà à un DESS en gestion de la santé, peut-être même à une maîtrise, tout cela «dans ses temps libres»! L’UQAC lui a donné le goût de continuer, et la confiance pour envisager un rôle de gestion, toujours au sein de sa communauté. Les connaissances acquises à l’université l’accompagnent toujours dans sa pratique quotidienne.

L’UQAC a également joué un rôle déterminant dans son développement personnel. Anouk Michel se disait très timide et peu à l’aise de parler devant un groupe. Elle a vu sa confiance se transformer : «Ça m’a appris à mieux communiquer, à m’affirmer en public, par les travaux et les présentations qu’il fallait faire. Ça m’a permis de travailler beaucoup sur moi et sur ma confiance.» L’UQAC a été pour Anouk Michel l’avenue, qu’elle croyait inaccessible, à des études universitaires de qualité près de sa communauté. Son message est simple : «s’accrocher à ses rêves», et c’est ce que l’UQAC lui a permis. Après un parcours qui n’a pas toujours été facile, Anouk Michel est certainement un modèle de persévérance pour ses enfants, les membres de sa communauté, et pour tous!

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