Le parcours d’un étudiant chercheur qui retrace l’histoire génétique de notre région
Passionné par les sciences de la santé, l’informatique et les neurosciences, Gilles-Philippe Morin poursuit actuellement un doctorat en biologie à l’UQAC au sein de l’équipe du laboratoire Genopop, dirigé par le professeur-chercheur Simon Girard. Son parcours démontre que les trajectoires universitaires ne suivent pas toujours une ligne droite et que les rencontres marquantes peuvent transformer une vocation.
Aujourd’hui, ses travaux combinent génétique, bioinformatique et analyse de données afin de mieux comprendre l’histoire génétique du Saguenay-Lac-Saint-Jean et les facteurs qui distinguent notre population. Rencontre avec un étudiant-chercheur qui contribue à faire rayonner une expertise reconnue bien au-delà des frontières de la réserve faunique des Laurentides.
Question – On entend souvent parler de l’effet fondateur lorsqu’il est question des maladies génétiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Peux-tu nous expliquer ce concept?
Réponse de Gilles-Philippe – L’effet fondateur, c’est lorsqu’une nouvelle population est formée à partir d’un petit nombre d’individus provenant d’une autre population. Les fondateurs et fondatrices de cette nouvelle population y introduisent des copies de gènes qui peuvent être plus ou moins fréquentes en comparaison avec la population d’origine, ce qui peut mener à des différences entre les deux populations comme l’enrichissement de variants associés à des maladies rares.
Q – Pourquoi le Saguenay-Lac-Saint-Jean est-il reconnu mondialement pour la recherche sur certaines maladies rares?
R – La région possède un avantage exceptionnel grâce au fichier de population Balsac, qui rassemble des actes civils (naissance, mariage, décès) de la Nouvelle-France jusqu’au Québec des années 1960. Cela représente des millions d’individus pour qui on a pu reconstruire des généalogies profondes dans la province, et il se trouve que la région a des généalogies qui sont dans les plus complètes. Des données d’une telle ampleur et d’une telle qualité, c’est plutôt rare dans le monde. Ainsi, depuis plusieurs décennies, démographes, historiennes et historiens, généticiennes et généticiens ont pu se partager des connaissances sur l’effet fondateur de la région, et croiser la génétique avec la généalogie, la démographie, l’histoire et la géographie de la région. Nous avons également la chance de bénéficier d’initiatives comme le programme de dépistage des porteurs et l’organisme CORAMH, qui contribuent à sensibiliser la population.
Q – Comment les avancées technologiques permettent-elles aujourd’hui de mieux comprendre l’histoire génétique de la région?
R – Les progrès en génétique et en bioinformatique ont complètement transformé notre façon de travailler. Les tests génétiques sont de plus en plus accessibles et de moins en moins couteux, tandis que les superordinateurs permettent de traiter des données massives en peu de temps. Ce qui pouvait prendre des années à analyser à la main il y a quelques décennies peut maintenant se faire à des ordres de magnitude plus rapide. C’est d’ailleurs ce qui a permis d’étudier toute une génération de gens de la région dans mon projet de maîtrise. Et l’arrivée des modèles de langage sont en train de combler les lacunes de Balsac (post-1960) grâce à l’ajout automatisé d’informations tirées des nécrologies. Balsac est donc un joyau d’information qui continue de s’améliorer.
Q – Quel est ton rôle au sein du laboratoire Genopop?
R – Depuis ses débuts, le laboratoire a réuni des personnes issues de disciplines variées comme la biologie, la psychologie, l’informatique, la médecine et l’ingénierie biomédicale. Mon parcours en sciences de la santé et en informatique m’a amené à travailler sur l’analyse et la visualisation de données à grande échelle. Lors de ma maîtrise, j’ai étudié la structure de population du Saguenay-Lac-Saint-Jean à partir des liens de parenté. Ce qui est particulièrement stimulant, c’est que nos expertises se complètent et enrichissent les projets de recherche du laboratoire. D’ailleurs, cette approche collaborative se reflète dans mon projet doctoral, qui est codirigé par Simon Girard, professeur au Département des sciences fondamentales de l’UQAC, et Amadou Barry, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), dans le cadre de l’Unité mixte de recherche INRS-UQAC.

Q – As-tu toujours su que tu ferais de la recherche?
R – La recherche a toujours été mon plan A ! Pourtant, mon parcours n’a pas été linéaire. J’ai d’abord entrepris des études en médecine, avant de réaliser que l’aspect clinique correspondait moins à mes intérêts que la génétique, les neurosciences et l’analyse de données. Après plusieurs remises en question et un retour dans la région, j’ai entrepris un baccalauréat en informatique à l’UQAC, où j’ai découvert le potentiel de la recherche à l’intersection de la santé et des technologies.
Une rencontre a été particulièrement déterminante : celle de Joanie Bouchard, lors des portes ouvertes de l’UQAC. En me parlant des travaux du professeur Simon Girard en bioinformatique des maladies rares et complexes, elle m’a permis de découvrir un milieu où je pouvais réunir toutes mes passions. J’ai immédiatement su que je souhaitais poursuivre mes études dans cette direction.
Q – Quel conseil donnerais-tu au Gilles-Philippe qui entrait à l’université?
R – Je lui dirais que le parcours est souvent plus important que la destination. Pendant longtemps, j’ai perçu mes changements de direction comme des échecs. Avec le recul, je comprends que la persévérance ne consiste pas seulement à poursuivre un objectif coûte que coûte, mais aussi à savoir l’adapter lorsqu’il ne nous correspond plus. Aujourd’hui, je me sens pleinement à ma place en recherche et je sais que chaque étape de mon parcours m’a permis de bâtir l’expérience que j’ai acquise.
Q – Pourquoi avoir choisi l’UQAC pour la poursuite de tes études aux cycles supérieurs ?
R – D’abord pour l’équipe. Les laboratoires du professeur et chercheur Simon Girard, accompagné de Claudia Moreau offrent un environnement humain et scientifique exceptionnel. Ensuite, pour la qualité unique des données auxquelles nous avons accès grâce à des projets comme Balsac et Genopop. Enfin, parce qu’à l’UQAC, j’ai trouvé un milieu qui me permet de réunir mes intérêts en santé, en informatique et en recherche au sein d’un même projet.
En savoir plus sur les travaux de recherche auxquels Gilles-Philippe Morin participe
Découverte : une signature génétique propre à chaque village – Le Quotidien
Des maladies rares même par municipalité au Saguenay-Lac-Saint-Jean – Noovo info


