Le LAGOPEDE rassemble des chercheur.e.s de l’UQAC et d’autres universités ainsi que des chercheur.e.s non-affiliés à des universités, Autochtones et non-autochtones, habitant différents territoires. Leurs travaux portent sur les autodéterminations (axe 1) et sur les modes de pensée qui sous-tendent l’extraction des ressources naturelles, principalement au Canada, en Amérique latine et en Afrique (axe 2). Les membres de ce laboratoire souscrivent aussi à des approches méthodologiques soucieuses d’enraciner la pertinence de la recherche dans les perspectives des sociétés concernées (axe 3). L’objectif du LAGOPEDE est donc de contribuer à rendre plus intelligibles les enjeux politiques qui émergent à l’intersection des projets d’autodétermination et de l’extractivisme tout en favorisant aussi l’apport de chercheur.e.s que ces enjeux interpellent directement, et particulièrement de chercheur.e.s étudiant.e.s.

Autodéterminations

Pour le philosophe James Tully, l’autodétermination est le «bien politique» le plus ancien. Différentes traditions philosophiques ont imaginé différentes institutions politiques dans le but de donner forme à ce principe au sein des sociétés. L’État et la souveraineté, caractéristiques de la tradition dominante en Occident, ne sont que deux exemples de telles institutions. Ces institutions ont parfois contribué à organiser démocratiquement les sociétés, mais elles ont aussi domestiqué l’expression de l’autodétermination et contribué à en circonscrire la portée.

Sur le Dos de la Grande Tortue / Amérique du Nord et dans Abya Yala / Amériques Centrale et du Sud, d’autres traditions philosophiques et politiques ont contribué à la réflexion sur les problèmes de l’autodétermination et ont aussi proposé des institutions politiques à même de répondre à ses exigences et à ses possibilités. C’est une des raisons pour lesquelles les autodéterminations sont ici considérées au pluriel: reconnaître la diversité de ses conceptions et de ses expressions, c’est aussi historiciser les institutions qui s’en réclament et les soumettre à l’analyse et à la critique.

Gouvernementalités et ontologies politiques extractives

L’expression «extractivisme» renvoie à la fois à une économie politique fondée sur l’exploitation non durable des ressources naturelles et aux régimes de raison, de vérité, de connaissances, et de moralité qui la sous-tendent. Ces régimes configurent une certaine «gouvernementalité extractive»: une logique politique particulière. Ainsi, le secteur extractif global – mines, combustibles fossiles, etc. – peut être considéré comme le vecteur d’ontologies relatives aux notions qui configurent le politique: identité, conflit, communication, droit, ordre, danger, risque, vérité, nécessité, contingence… Cette hypothèse ouvre sur de nombreuses questions de recherche: Quelles sont ces ontologies et comment évoluent-elles dans le temps? Comment ces ontologies interagissent-elles avec les différentes institutions politiques existant dans les territoires où l’extractivisme se déploie? Par qui et de quelle manière ces ontologies sont-elles produites, diffusées, justifiées? Quelles relations entretiennent-elles avec les divers projets d’autodétermination et avec d’autres projets normatifs d’envergure globale comme les droits humains ou la viabilité de la biosphère ?

Démarches enracinées

Le LAGOPEDE contribue à des réflexions éthiques, épistémologiques et méthodologiques d’autant plus incontournables si l’on considère le rôle joué par différents régimes de connaissances à l’intersection des autodéterminations et des ontologies extractives. La notion de démarche enracinée trouve ainsi des échos dans les réflexions épistémologiques de penseur.e.s autochtones et dans la pratique de recherche-action participative. L’enracinement présente ici deux versants : d’une part, des problématiques de recherche enracinées concrètement dans les situations où sont plongés les principaux intéressés; et d’autre part, l’inclusion de ces derniers dans la (les) communauté(s) épistémique(s) concernée(s) par la recherche. Le LAGOPEDE s’ajoutera ainsi, notamment, aux espaces promouvant la recherche «par et pour» les Premières Nations.

 

Le LAGOPEDE est affilié au Centre interuniversitaire et de recherches autochtones (CIÉRA) et au Centre for Indigenous Conservation and Development Alternatives (CICADA).