Laureline Chiapello dévoile son nouveau jeu au Ludodrome

Le 12 septembre dernier, la professeure Laureline Chiapello a présenté, Arroser d’Attention, son nouveau jeu expérimental, dans le cadre du Ludodrome, un événement consacré à la découverte d’œuvres interactives conçues au Québec.
Pour cette édition, 59 œuvres interactives créées à Montréal et ailleurs au Québec ont été présentées au public, qui était invité à les découvrir et à les expérimenter. Parmi elles, Arroser d’Attention, une expérience vidéoludique qui utilise l’intelligence artificielle pour amener les personnes participantes à réfléchir, avec douceur et humour, à la manière dont nous exprimons notre affection et nos compliments.
Pour l’occasion, l’École NAD-UQAC a envoyé des membres de sa Brigade (Oriana Alejandra Avila Ayala, Jonas Vaida et Nathaniel Huard) afin de faire découvrir l’événement, mais aussi d’aller à la rencontre de Laureline Chiapello pour en apprendre davantage sur cette création développée avec la collaboration de personnes étudiantes aux cycles supérieurs.
Prendre soin de plantes… ou d’hommes ?

À première vue, Arroser d’Attention propose une expérience simple et apaisante : prendre soin de plantes et leur parler avec bienveillance. Grâce à l’intelligence artificielle, la voix des joueuses et joueurs est détectée, retranscrite et analysée afin d’évaluer la nature de leurs propos.

« Ce que j’espère, c’est qu’ils soient plutôt gentils et qu’ils donnent des compliments, comme “tu es extraordinaire”, “tu es belle”, “tu pousses bien” », explique Laureline Chiapello.

Mais une surprise attend les personnes participantes : les plantes auxquelles elles s’adressent sont en réalité des hommes cachés dans des pots, qui en surgissent à la fin du jeu. Cette révélation crée un moment de réflexion sur notre façon de communiquer et de complimenter.

« Les recherches montrent que lorsqu’on complimente les hommes, c’est principalement sur leurs compétences ou leur force physique. On donne assez peu de compliments sur la beauté, la douceur ou le fait de les encourager. »

Le jeu cherche ainsi à faire réfléchir à nos habitudes et à nos perceptions, tout en contestant la place accordée à la douceur, à l’intimité et à la vulnérabilité dans nos rapports avec les hommes.

Une création à la croisée de la recherche et de la formation
Le projet a mobilisé plusieurs expertises étudiantes, notamment en modélisation, animation, éclairage, interface utilisateur et programmation. L’équipe a notamment utilisé Unreal Engine et MetaHuman pour créer les personnages, ainsi que l’API d’OpenAI pour permettre la reconnaissance, la transcription et l’analyse des propos des personnes participantes.

Pour Laureline Chiapello, le projet constitue aussi une occasion de développer une œuvre suffisamment aboutie pour devenir une pièce de portfolio destinée aux personnes étudiantes souhaitant faire leur entrée dans l’industrie du jeu vidéo.

Le jeu est toujours en développement et fera l’objet de nouvelles itérations afin de pousser encore plus loin sa direction artistique et sa jouabilité.

Un jeu qui se poursuit dans la discussion
Arroser d’Attention a été conçu principalement pour des contextes de médiation et de rencontre, comme les expositions, les festivals, les écoles ou les bibliothèques. Plus qu’un jeu à distribuer à grande échelle, il s’agit d’une expérience destinée à susciter la discussion.

Car derrière son univers doux et chaleureux se cache une réflexion sur les rapports aux hommes et les normes de masculinité.

« La masculinité toxique est souvent abordée de façon très négative. Moi, je voulais faire quelque chose de très cosy, de très doux, avec un message relativement positif », souligne la professeure.

Avec Arroser d’Attention, Laureline Chiapello propose ainsi une expérience surprenante qui invite à réfléchir à une question toute simple : comment parlons-nous aux autres ?

L’événement, qui a compté plus de 1 000 personnes participantes, était soutenu par Réseau Hexagram, la Chaire de recherche Behaviour Interactive en conception de jeu, l’Institut Milieux de l’Université Concordia et la Chaire de recherche en économie créative et mieux-être (CREAT).

📷: Nathaniel Huard

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