Ce matin je survole le rapport intitulé « Intelligence artificielle en milieu scolaire – Point de vue des parents d’élèves du Québec ». Il a été publié en août 2025 sous la direction scientifique de l’OBVIA, en collaboration avec le Centre CIRANO. Il s’agissait d’une commande du ministère de l’Éducation du Québec.
Le sujet m’intéresse…

En janvier 2025, des collègues et moi sommes allez devant une commission parlementaire québécoise s’intéressant au temps écran et aux réseau sociaux. Nous y avons présenté un mémoire intitulé « Vers un usage équilibré des écrans: miser sur les familles et renforcer l’effort scolaire ». Des étudiants ont aussi contribué à la préparation de ce mémoire. Au coeur de notre propos, il y avait deux idées importantes:
- L’École québécoise a déjà des outils et des ressources à sa disposition et travaille déjà pour l’éducation au numérique. Nous suggérions que le Ministère devrait agir avec délicatesse dans ce domaine … (J’y reviendrai surement dans un futur billet, mais je crois que le Ministère s’est royalement planté!)
- Les parents, par contre, nous apparaissaient être des acteurs clés qui sont mal outillés dans ce domaine. Nous suggérions alors que le Ministère devait urgemment travailler à les aider.
Je crois depuis longtemps que les parents jouent un rôle critique dans l’éducation médiatique et numérique des jeunes. Soyons honnêtes, l’école peut faire une partie du travail, mais le plus gros de l’utilisation médiatique et numérique des jeunes se passe à la maison. Le coeur du problème, à mes yeux, réside dans le fait que la majorité des parents sont très mal outillés en ce qui a trait au numérique. Encore plus, plusieurs ne le réalisent pas et pensent même le contraire…
C’est de cette croyance (que j’ose qualifier de bien éclairée) que découle ma curiosité vis-à-vis du rapport partagé par Normand Roy, un collègue spécialiste des technologies éducatives dans un billet LinkledIn.
Le rapport est bien présenté, je vous recommande de le consulter. C’est un rapport exécutif (donc plus court) et on a pris soin de synthétiser l’information (donc c’est très accessible). Notons aussi que l’échantillon pour cette enquête est important, avec plus de 3000 répondants, ce qui me laisse croire que les conclusions de cette enquête sont crédibles.
On peut dégager au moins une information très inquiétante de cette enquête…
La première chose qui m’a sauté aux yeux est que la majorité (82.9%) des répondants se déclarent familiers avec l’IA et qu’une toute aussi importante majorité (83,1%) estiment partager peu ou pas du tout de données personnelles!
WOW!
Le fait que la majorité des répondants croient partager peu ou pas de données personnelles est une idée étourdissante. Cela prouve que la majorité des parents comprennent très mal tout ce qui touche à leur identité numérique et à leur usage d’internet, incluant l’IA.
Ici, je crois qu’il faut rappeler que si c’est gratuit, vous êtes le produit!
Comment croyez-vous que les grands joueurs de l’industrie numérique génèrent du profit avec les sites et outils qu’ils vous laissent utiliser gratuitement?
Comment font-ils pour produire des outils sociaux aussi addictifs?
Comment arrivent-ils à ajuster la publicité en fonction du public?
Vos données personnelles sont au coeur de tous les processus de ces entreprises. Ils exploitent vos données pour développer et améliorer leur produits, ils les exploitent pour mieux vous connaître, ils les analysent et les vendent aussi comme une commodité et les exploitent de mille autres façons!
…Et aussi une information très encourageante!
Plus positif, l’enquête révèle que les parents sont très nombreux à faire confiance aux enseignants!
73% se tournent en premier lieu vers le personnel enseignant pour leurs questions sur l’éducation!
Or, comme je l’ai mentionné plus haut, le réseaux scolaire québécois a quelques ressources qu’il peut exploiter. Pensons, entre autres, aux conseillers pédagonumériques qui travaillent quotidiennement à aider les enseignants à maintenir leur compétence et même à l’améliorer.
Les enseignants ne sont pas sans ressources et ils ont l’opportunité de collaborer avec les parents. Les rencontres de parents sont, de plus, un endroit privilégié pour s’informer et poser des questions pour 58,9% des participants. Internet est plus consulté (62%), mais les enseignants jouent tout de même un rôle central auprès des parents et je trouve que c’est une excellente nouvelle!
Je trouve vos statistiques sur la perception de la divulgation des données personnelles très intéressantes. Il existe clairement un besoin urgent d’éducation, tant au niveau scolaire que, comme vous le soulignez, au sein des familles. Merci pour cette réflexion stimulante.
Il y a un site que j’utilise fréquemment en classe pour amorcer les discussions à ce sujet en classe: https://clickclickclick.click/
Des statistiques interpellantes..
Si 83% des parents croient ne pas partager de données alors qu’ils en partagent continuellement, que croient-ils vraiment comprendre quand on leur parle d’IA en éducation?
La statistique sur la confiance vis-à-vis le personnel enseignant est certes encourageante. Elle nous dit que la confiance se construit dans la proximité, dans l’humain, dans la relation directe.
Mais cela soulève tout de même des questionnements importants à mon humble avis;
Si 73% des parents font confiance aux enseignants… Est-ce que les enseignants se sentent prêts à assumer cette responsabilité?
Et sentent-ils qu’ils ont les outils pour le faire?
Mes constats: On ne peut plus se contenter de rapports et de cadres de référence.
L’école ne peut porter seule le fardeau de l’éducation numérique quand l’essentiel de la consommation médiatique se passe à la maison.
Ainsi, les parents ne sont pas des obstacles à convaincre, mais des partenaires à outiller.
Je crois que la croyance des parents à l’égard de l’IA a la même valeur ou le même biais que celle à propos du partage des données personnelles… Malheureusement.
Je ne crois pas que la majorité des ensiegnants soient prêts à joueur un rôle très actifs vis-à-vis des parents au sujet de l’IA. Cependant, ils ont un avantage, il y a une équipe derrière eux. Des conseillers pédagogiques par exemple. Un partenariat enseignants-conseillers pédagogiques pourrait peut-être réussir à jouer un rôle vis-à-vis des parents. Reste à savoir si l’école (ses gestionnaires, les décideurs) veut/peut jouer se rôle?
Je partage tes constats…