Un début de réponse à LA question qui devrait occuper tous les éducateurs?

Il y a deux choses principales dans ce post.

D’abord j’aimerais proposé que tous les éducateurs devraient actuellement s’intéresser à une question TRÈS importante… Quelle est votre valeur ajoutée par rapport à l’intelligence artificielle?

Je pose la question très sérieusement. Mes expériences quotidiennes des derniers mois avec des IA et des agents me laissent souvent sans voix. Récemment, c’est tout bonnement Gemini et son outil d’apprentissage guidé qui m’aide au quotidien à apprendre de nouvelles choses ou à approfondir certains sujets.

Posez-lui une question large, dites lui pourquoi cette question vous intéresse ou comment en apprendre plus sur ce sujet pourrait vous être utile et c’est parti!

Il vous donnera des informations, vous posera des questions, vérifiera de temps en temps si vous comprenez bien. Il prendra aussi le temps de vous expliquer pourquoi vous avez tord ou en quoi c’est beaucoup plus complexe que ce que vous pensez.

Je ne m’étirerai pas sur le sujet maintenant (pas encore), mais le moment où une IA pourra être une réelle candidate à remplacer certains enseignants au sein du triangle de Houssaye approche chaque jour un peu plus… Et elles ne s’approchent pas timidement! Elles courent, bousculent, prennent des chemins différents et parfois des raccourcis si elles le peuvent!

Source de la représentation du triangle de Houssaye: http://poursuivre.net/nos-ressources/le-triangle-pedagogique-de-jean-houssaye/ (via une courte recherche Google pour une image)

Dans ce contexte, il faut sérieusement commencer à se demander qu’elle valeur ajoutée l’enseignant apporte-t-il? Parce que si un enseignant n’apporte pas de valeur ajoutée, pourquoi ne le remplacerait-on pas?

Je répète souvent dernièrement qu’il y a beaucoup de choses qu’on ne sait pas à propos de l’IA, ses conséquences, les bons et les mauvais usages, etc. Malgré tout, on l’utilise quotidiennement… En gros, (et là je me répète!), on construit l’avion en plein vol!

Heureusement, la recherche nous aide lentement à éclaircir la situation et, ce matin, un post LinkedIn de Michaël Bertrand m’a permis de découvrir le preprint d’un article soumis le mois dernier par deux auteurs associés au MIT Media Lab. En gros, et c’est mon deuxième point dans ce post, on commence peut-être à trouver des réponses à LA fameuse question posée plus haut!

Je vous encourage à aller lire l’article pour plus de détails… Mais, en gros, l’article tend à démontrer que la croyance en la présence humaine serait liée à une motivation plus importante et un meilleur engagement de la part des apprenants. Même si la rétroaction, dans les faits, est identique! L’IA ne peut donc pas encore remplacer la dimension relationnelle fondamentale en enseignement. Elle peut cependant l’aider… En fournissant les rétroactions à donner aux apprenants par exemple (c’était le cas ici!).

Cette recherche a cependant quelques faiblesses. L’échantillon était très petit et plutôt opportuniste que représentatif d’un quelconque groupe.

Par contre, du bon côté, il s’appuyait sur plusieurs références et les résultats observés semblent cohérents avec d’autres recherches.

Je vous laisse découvrir l’article…

Référence: Morris, C., & Maes, P. (2026). Same Feedback, Different Source: How AI vs. Human Feedback Shapes Learner Engagement. arXiv preprint : https://doi.org/10.48550/arXiv.2602.11311.

Mais vous, c’est quoi votre valeur ajoutée????

(2 commentaires)

  1. Si l’IA fournissait la rétroaction et qu’un humain jouait un rôle de présence relationnelle sans maîtriser le contenu, aurions-nous les mêmes résultats? Est-ce que la valeur ajoutée de l’enseignant, c’est d’être humain ou d’être  »CRU » humain? Oh… intéressant!

    Pour la question ‘’Quelle est votre valeur ajoutée?’’, je serais très curieuse d’entendre des élèves qui utilisent l’IA…

    La médiocrité pédagogique a longtemps été protégée par l’absence d’alternatives notamment. Si mon prof de chimie expliquait mal, je n’avais pas d’autre choix que d’endurer, ou, si j’étais chanceuse, demander l’aide de camarades qui avaient compris plus vite que moi. Ce n’est plus le cas désormais. L’IA ne remplace pas l’enseignant, certes. Cependant, elle peut rendre visible ce que certains n’ont jamais vraiment fourni. L’élève a maintenant un point de comparaison immédiat, gratuit, infiniment patient.

    Et si l’axe savoir-élève est saturé, l’enseignant ne disparaît pas du triangle; il migre. Vers quelque chose que Houssaye n’avait pas de case pour nommer : le témoin. Celui qui voit l’élève apprendre et qui lui dit « je t’ai vu faire ça. » En écrivant cette dernière phrase, une question est apparue immédiatement. En fait, est-ce que l’IA peut jouer aussi le rôle de témoin?! Une IA qui suit un élève pendant 3 ans accumule plus de traces de son apprentissage qu’aucun enseignant humain ne pourra jamais en retenir. Elle se souvient de la première fois qu’il a compris les fractions. Elle sait qu’il abandonne après deux erreurs consécutives. Elle a vu ses progrès en écriture de septembre à juin. Donc, l’IA peut-elle jouer le rôle de témoin? Techniquement oui, mais… relationnellement non. Mes 15 années d’expérience comme enseignante en milieu défavorisé m’ont démontré concrètement le POUVOIR du lien. Le témoin dont l’élève a besoin n’est pas celui qui ‘’enregistre’’. C’est celui dont le regard COMPTE. L’IA peut accumuler des preuves d’apprentissage. Elle ne peut pas faire sentir à un élève qu’il est vu par quelqu’un pour qui ça a de l’importance. C’est une distinction fragile. Et elle le deviendra de plus en plus à mesure que les IA seront conçues pour simuler l’attachement. Ce n’est pas une question résolue.. oh non!

    À quelque part, je suis ravie que l’IA réorganise si on veut les gestes professionnels. Concrètement comment cela peut-il se traduire?
    -Moins de temps pour préparer des explications que l’IA donnera mieux. Plus de temps à observer! Vraiment observer ce qui se passe dans la salle de classe!
    -Des pratiques d’attestation narrative/descriptive plutôt que de notation. Moins de « tu as eu 72% » et plus de « tu faisais ça en septembre, regarde ce que tu fais maintenant. »
    -Une présence physique et émotionnelle qui cesse d’être un à-côté du « vrai travail » et qui devient LA compétence centrale non-délégable.

    J’ai adoré ce billet qui va certainement me trotter encore dans la tête…

    Merci Patrick!

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