Quand l’analyse du champ de vision peut contribuer à sauver des vies : le projet doctoral de Jerome Range
Il existe plusieurs façons de parler de ce qui nous passionne en recherche. Lorsqu’on questionne les étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs sur ce qui les anime, le mot passion s’invite rapidement dans la conversation. Pour certaines personnes, elle se manifeste comme motivation bien avant d’entreprendre la démarche elle-même, dans le désir d’approfondir un sujet et de repousser les frontières de la connaissance. Pour d’autres, c’est plutôt en mettant les deux pieds dans la recherche que cette passion se développe, jusqu’à devenir le moteur d’un parcours professionnel.
Originaire de Sept-Îles, Jerome Range a découvert la recherche universitaire sur la sécurité routière et la performance humaine dès son baccalauréat en kinésiologie à l’UQAC. Il explique s’être rapidement laissé prendre au jeu en développant une fascination pour les métiers de première ligne et, plus particulièrement, ce qui entoure la conduite de véhicules d’urgence.
C’est notamment à la suite de sa participation à plusieurs projets de recherche de d’autres étudiants et étudiantes portant sur les enjeux de santé physique du personnel de première ligne qu’a germé l’idée d’entreprendre un projet de maîtrise visant à améliorer les pratiques en matière d’ergonomie afin de prévenir les maux de dos chez des policiers et policières.
De la maîtrise au doctorat
Aujourd’hui étudiant au doctorat en sciences humaines appliquées, Jerome poursuit ses travaux visant à améliorer les pratiques dans le milieu des intervenants et intervenantes en première ligne. Son projet doctoral consiste à proposer de nouvelles méthodes d’enseignement de la conduite de véhicule d’urgence destinées aux paramédics.
Récemment, il a réalisé la première phase de son étude exploratoire en collaboration avec les étudiantes et étudiants du programme de soins préhospitaliers d’urgence du Cégep de Chicoutimi. Grâce à l’utilisation de l’oculométrie en contexte de circuit fermé, vingt-neuf personnes étudiantes ont participé sur une base volontaire à l’analyse de leurs mouvements oculaires lors de manœuvres de conduite effectuées sur un parcours balisé de cônes.
« Les personnes intéressées à participer au projet portaient une paire de lunettes munie de caméras permettant d’enregistrer leur champ de vision. L’oculomètre, qui combine une caméra frontale et des caméras orientées vers les yeux, permet de déterminer précisément où une personne porte son regard à chaque instant », explique Jerome Range.
Parmi les données recueillies, certaines permettront de mieux comprendre les stratégies de recherche visuelle adoptées par les personnes participantes dans différents contextes de conduite, notamment les transitions du regard entre la route, les rétroviseurs et les angles morts.
« D’autres indicateurs, comme la dilatation de la pupille, pourraient également fournir des renseignements précieux sur la charge cognitive associée à la conduite », ajoute-t-il.
Un environnement propice à la recherche et au partage des connaissances
La collaboration étroite avec plusieurs cégeps du Québec constitue un facteur clé dans la réalisation de ce projet doctoral. Martin Lavallière, professeur en kinésiologie à l’UQAC et directeur de recherche de Jerome Range, n’est pas étranger à cette proximité avec le milieu des intervenantes et intervenants de première ligne. Il est à l’origine de nombreux projets et partenariats de recherche en sécurité routière, notamment avec le programme de soins préhospitaliers d’urgence du Cégep de Chicoutimi.
« Évoluer dans une communauté universitaire et régionale à taille humaine offre de nombreuses occasions de collaboration. L’accessibilité du corps professoral facilite grandement la réalisation de projets de recherche qui peuvent avoir des retombées concrètes sur le bien-être de la population », souligne Jerome Range.
Selon lui, la combinaison des connaissances scientifiques, de l’expertise des professionnelles et professionnels du milieu ainsi que de l’utilisation de l’oculométrie permettra éventuellement de développer des outils pédagogiques favorisant l’enseignement de la conduite d’urgence chez les paramédics.
« La formation continue représente également une avenue intéressante qui pourra être explorée en fonction des résultats obtenus », précise-t-il.
Qui a dit que la recherche était monotone?
La collecte de données se poursuit actuellement pour Jerome Range. Les prochaines étapes de son projet consisteront à réaliser une série d’entrevues auprès des personnes participantes, et à intégrer l’oculométrie dans des situations de conduite réelles sur la route.
Le tout s’effectue en parallèle de ses fonctions de conseiller en ergonomie aux Services des ressources humaines de l’UQAC (SRH) et de son travail comme auxiliaire de recherche au Département des sciences de la santé (DSS).
Par ailleurs, son parcours l’amène régulièrement à prendre part à des colloques et à des conférences scientifiques au Québec et à l’international. Il a notamment effectué des séjours en France, à Calgary et au Maroc afin de présenter ses travaux dans le domaine de la sécurité routière chez les premiers répondants.
Pour Jerome Range, ces expériences témoignent du caractère dynamique de la recherche universitaire. Entre les collectes de données sur le terrain, les collaborations avec les milieux de pratique, les activités de diffusion scientifique et les échanges avec des chercheuses, chercheurs, professionnelles et professionnels de divers horizons, son parcours doctoral est loin de correspondre à l’image parfois associée à une recherche monotone. Au contraire, il illustre comment la science peut contribuer concrètement à améliorer les pratiques et, ultimement, à renforcer la sécurité de celles et ceux qui veillent quotidiennement sur la population.


