Souffler le chaud et le froid

Je situe le début de mon aventure universitaire en septembre 1998 avec le début de ma maîtrise. Ça a été le moment de mes premiers contacts avec la recherche, l’école a commencé à être un challenge, je pouvais enfin me centrer sur des choses qui m’intéressaient.


Jusqu’à récemment, je considérais avoir été chanceux de vivre l’arrivée du web 2.0. Ça changeait tout. Le web devenait utilisable par tous! On pouvait facilement partager et interagir via un blogue ou un wiki. Ça rendait possible les réseaux socionumériques comme Twitter, etc. Le potentiel était énorme!!!

En éducation c’était une véritable révolution. Le nombre de portes qui s’ouvraient était inimaginable, l’étendue des possibilités pour un pédagogue créatif était immense! Mais tout le monde n’était pas convaincu. Ou nous ne l’étions pas toujours complètement… Avec le recul, je pense que c’était parce qu’avec le potentiel pédagogique qui augmentait, le potentiel de faire des bêtises et de s’exposer à des risques augmentait aussi en suivant une ligne parallèle. Les pédagogues devaient restés critiques et toujours garder en tête que tout est dans l’usage! Je l’ai tellement répété!

Dans les faits, nous étions toujours un peu ambigües, soufflant tantôt le chaud et tantôt le froid. Claironnant les avantages des nouveaux outils numériques, tout en restant méfiant des risques et à l’affût des « mauvais usages » (qui étaient parfois difficiles à identifier!).

J’ai l’impression que nous avons un peu surfé sur cette vague. Les changements et les innovations qui ont suivi ont été mineurs en vérité. J’y reviendrai peut-être…

Récemment, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, je retrouve la frénésie du début de ma carrière. L’IA a tellement de potentiel. Si on se croise physiquement, il est fort probablement que vous remarquiez que je flotte sur un nuage et que mes pieds ne touchent plus le sol… Vous saurez alors que je viens de développer une nouvelle compétence ou de découvrir une nouvelle manière d’utiliser l’IA pour être un meilleur chercheur, un meilleur enseignant ou pour apprendre plus vite ou mieux.

Cependant je retombe toujours très vite au sol. J’ai bien retenus mes leçons. Avec la montée du potentiel vient la montée tout aussi importante de risques et des problèmes potentiels.


Dernièrement, parmi les trucs qui m’ont fait flotter, il y a le potentiel de traitement des images. L’IA nous offre tellement de possibilités. Pendant mes tests (ou mes périodes d’amusement, c’est comme vous voulez!), j’ai entre autres utilisé des photos prises autour de ma maison ou à mon chalet. Ce sont des photos de paysage qui font ou qui ont fait parti de mon quotidien et que j’aime. Pouvoir les transformer aussi facilement et les réimaginer à la manière de Vangogh, de De Vinci ou d’autres maîtres me procurait beaucoup de plaisir. C’était simple, intuitif… J’avais des dizaines d’idées de scénarios tout simple pour utiliser ce potentiel de l’IA pour amener des jeunes à développer des compétences en langue, en univers social, et plus encore… En bonus, ils développaient des cométences numériques et des acquéraient des savoirs culturels et artistiques.

C’était beau! Je soufflais le chaud…

Petit matin de pêche sur la rivière Péribonka entre Chute à la Savanne et Chute du Diable. Photo originale par Patrick Giroux. Travail numérique par Gemini. En résumé, la photo a subit un petit traitement qui s’inspire de Monet et de Sorolla.

Mais je me souviens toujours de l’autre droite qui monte aussi, parallèle au potentiel. De toute manière, ce matin, un passage du livre que j’explore me la replace bien à l’avant-plan.

Non seulement l’IA basée sur l’apprentissage profond peut aider à la création artistique, mais elle est si rapide et efficace que, si nous n’y prenons pas garde, l’humanité pourrait laisser de tels systèmes créer à sa place.

Dans ce cas, les créations resteraient similaires aux oeuvres existantes sur lesquelles le réseau s’est entrainé (comme des scénarios de séries télévisées dont chaque épisode mettrait en scène à l’infini les mêmes types de personnages, rencontres et intrigues)…

…Mais est-ce ce que nous voulons?

En passant, je vous recommande ce livre si vous voulez juste mieux comprendre l’IA sans vous casser la tête. C’est tout simple, illustré, bien vulgarisé. Je l’ai fait acheté à la bibliothèque de l’UQAC et je vais l’ajouter à mes plans de cours à titre de suggestion pour mes étudiants.

Cappé, O., & Marc, C. (2025). Tout comprendre (ou presque) sur l’intelligence artificielle. CNRS éditions. (page citée plus haut: 69)

Et ainsi, ce matin, je souffle le froid… Je réimagine tous mes scénarios et j’ajuste pour prendre cette autre aspect de la réalité en compte.


Depuis quelques mois, j’ai ajouté une phrase fétiche à mon répertoire que j’ajoute souvent quelques minutes après avoir rappelé que tout est dans l’utilisation qu’on fait de nos outils. J’explique alors qu’actuellement, avec l’IA, nous fabriquons l’avion en plein vol!

C’est une invitation à se souvenir que ce que l’on sait réellement des avantages et des conséquences à long terme de l’IA est bien fragile… Il faut rester critique et éviter de foncer tête baiser.

L’intégrer dans nos pratiques? Assurément! Il me semble impossible de faire autrement de toute manière.

N’utiliser que ça? Laissez tombé la vigilance? Surement pas! D’ailleurs, je suggère toujours de nous méfier de ceux qui sont totalement pour ou totalement contre… (C’est une autre de mes phrases fétiches!)

Restons critiques! Adaptons-nous au quotidien.

Nous sommes chanceux de vivre l’arrivée de l’IA… Mais soufflons tout de même le chaud et le froid!

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