Le projet de doctorat de Shirin Abu Shaqra, étudiante au Doctorat sur mesure en créativité numérique, Contre-performativité narrative et biographie d’objets contestés : Vers une muséographie décoloniale augmentée par la recherche exposition, propose une nouvelle façon de raconter l’histoire des objets culturels conservés dans les musées. À travers des technologies immersives, la chercheuse s’intéresse au parcours de ces objets, souvent marqués par des histoires complexes de colonisation, de conflits ou de déplacements forcés.
Historienne de formation, ayant également étudié les sciences politiques avant de poursuivre un parcours en arts contemporains, cinéma, réalité virtuelle et réalité augmentée, Shirin développe une approche résolument interdisciplinaire. Son objectif est de retracer la biographie d’objets contestés afin de mettre en lumière les circonstances de leur acquisition et de leur circulation à travers le temps.
Raconter les trajectoires derrière les collections
Au cœur de sa recherche se trouve une question fondamentale : que se passe-t-il lorsque l’on raconte l’histoire complète d’un objet?
Plutôt que de s’intéresser uniquement à sa présence dans un musée, Shirin cherche à documenter les événements qui ont marqué son parcours. À travers des environnements immersifs, elle souhaite donner accès aux récits souvent absents des expositions traditionnelles : les contextes historiques, les rapports de pouvoir, les déplacements et parfois les violences qui ont accompagné le transfert de ces objets.
Cette approche vise à offrir au public une meilleure compréhension des enjeux entourant la restitution du patrimoine culturel. Pour la chercheuse, raconter ces histoires constitue une façon de redonner une voix aux communautés concernées et de favoriser une réappropriation de la mémoire collective.
Trois études de cas pour mieux comprendre les enjeux de restitution
La recherche de Shirin s’appuie sur trois études de cas emblématiques. La première porte sur les frises du Parthénon, l’un des exemples les plus connus et les plus documentés des débats entourant la restitution d’objets patrimoniaux. La deuxième s’intéresse aux artefacts africains conservés dans les collections européennes. Ce dossier a connu des développements majeurs au cours des dernières années, notamment à la suite des engagements pris par la France en matière de restitution et des travaux de plusieurs chercheurs ayant documenté l’ampleur du patrimoine africain conservé à l’extérieur du continent. Le troisième cas concerne l’Irak et les objets culturels déplacés ou disparus à la suite des événements de 2003. Grâce à sa connaissance de la langue arabe et à son intérêt pour cette région, Shirin souhaite explorer un corpus particulièrement riche en documentation récente.
En réunissant ces trois cas, elle aspire à développer une forme de musée virtuel décolonial qui permettra de mettre en relation différentes trajectoires d’objets et de mieux comprendre les enjeux historiques qui les entourent.
Une reconnaissance importante des Fonds de recherche du Québec
La qualité et l’originalité de ce projet ont récemment été soulignées par l’obtention d’une bourse de doctorat des Fonds de recherche du Québec. Pour Shirin, cette reconnaissance représente à la fois un appui concret et une validation importante de ses travaux. Elle lui permettra de poursuivre ses recherches avec davantage de liberté et de consacrer plus de temps au développement des dimensions immersives et méthodologiques de son projet. Cette distinction contribue également à faire rayonner un sujet de recherche qui se situe au croisement de l’histoire, de la muséologie, des études décoloniales et des technologies émergentes.
Un accompagnement précieux dans le parcours doctoral
Shirin tient à souligner l’apport de plusieurs personnes et organisations dans son parcours. Elle remercie notamment le Réseau Hexagram, qui lui a offert de précieuses occasions de faire rayonner ses travaux à travers des événements scientifiques et artistiques. Elle encourage d’ailleurs les personnes étudiantes à profiter des nombreuses activités, conférences et ressources offertes par le réseau pour enrichir leur réflexion et élargir leur communauté de pratique. Elle remercie également Thèsez-vous pour la formation dédiée à la rédaction de demandes de bourses, qui l’a aidée à structurer son dossier et à mieux présenter son projet de recherche.
Parmi les mentors qui ont marqué son cheminement, Shirin souligne le soutien du professeur Yan Breuleux, dont elle apprécie la capacité à nourrir l’imaginaire de ses étudiants et à les pousser à dépasser leurs propres limites. Elle exprime aussi sa reconnaissance envers Luc Courchesne, co-directeur de la recherche à la Société des arts technologiques (SAT), pionnier de l’immersion au Québec et à l’international. Son expertise a notamment inspiré le développement du prototype du deuxième volet de sa recherche, fondé sur une architecture curatoriale immersive permettant l’intégration de milliers d’éléments en temps réel.
La curiosité comme moteur de la recherche
À celles et ceux qui envisagent une carrière en recherche ou qui hésitent à entreprendre un doctorat, Shirin adresse un message empreint de réalisme et d’encouragement. Elle reconnaît que l’écriture scientifique est une compétence qui demande du temps et de la persévérance. Comme toute expertise, elle se développe avec la pratique. Toutefois, selon elle, la qualité la plus importante demeure la curiosité intellectuelle.
Pour réussir en recherche, il faut avant tout avoir envie d’apprendre, de poser des questions et d’explorer de nouvelles perspectives. Peu importe le médium choisi, l’essentiel est de nourrir cette curiosité qui pousse à approfondir sa compréhension du monde et à partager ses découvertes avec les autres.
Shirin souligne également que l’École NAD-UQAC offre un environnement particulièrement propice à cet épanouissement intellectuel. Elle y apprécie l’ambiance conviviale ainsi que la place importante accordée à la créativité et à l’expérimentation. Elle encourage les personnes étudiantes qui souhaitent poursuivre des études supérieures à s’entourer d’une communauté stimulante, à profiter des occasions de collaboration et à oser suivre les questions qui les passionnent réellement.


