Colloque « Huronie représentée : mythologies et appropriations »

Hôtel-Musée des Premières Nations,
Wendake (QC), 20-21 juin 2019

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« Toute l’histoire de l’Amérique a élevé des murs et creusé des précipices de méfiance et d’incompréhension entre les premiers habitants et les nations nouvellement formées sur ce sol, avec toutes les conséquences qui s’y rattachent», écrivait Georges E. Sioui dans Pour une autohistoire amérindienne. Ces deux journées porteront sur les représentations de la Huronie et de ses habitants dans des objets littéraires et culturels diversifiés (cinéma, arts visuels et médiatiques, etc.). Il s’agira de sonder à quel point, comment et selon quelles mythologies couramment avalisées par l’imaginaire social les sociétés européennes et américaines ont pu participer de ce double mouvement de méfiance et d’incompréhension face à ce monde nordique, et ce même dans le cadre de fictions se voulant sympathiques à l’endroit de la Huronie. Depuis les Dialogues avec un sauvage de La Hontan (1703) jusqu’aux récents Cadillac de Biz (2018) et les BD 1642. Osheaga et Ville-Marie de François Lapierre et Maud Tzara (2017), en passant par L’Ingénu de Voltaire (1767), les romans de James Fenimore Cooper (notamment Le Dernier des Mohicans, 1826 et Wyandotté, 1843) et Famille-sans-nom de Jules Verne (1889), s’institue un imaginaire euro-américain cherchant à circonscrire, comprendre et conjurer la figure de l’autochtone à travers un certain nombre de mythologies devenues si familières qu’elles se sont imposées avec toute l’évidence du (faux) naturel : on peut citer en exemple la triade Noble Sauvage/Indien guerrier/Indien mourant; le méchant Huron contre le bon Mohican (Cooper), le bon Huron contre le méchant Anglais (Verne); ou encore le «Huron civilisé», figure topique du récit de voyage du XIXe siècle, le reporter s’arrêtant volontiers à Lorette pour y déplorer le recul des modes de vie traditionnels («Résignons-nous, romantiques que nous sommes! Il n’y a plus de sauvages. L’ouïe d’Oreille-de-Renard s’atrophie aux récepteurs du téléphone, et Œil-ouvert porte des verres isométropes!», écrit le journaliste français Jules Huret en 1904).

Partant du postulat voulant que l’appropriation culturelle puisse procéder d’une représentation qui se veut positive, mais enfermant néanmoins le sujet représenté dans un complexe discursif et imaginaire que devront éventuellement miner l’autohistoire et l’autoreprésentation, les participants à ce colloque retraceront et analyseront certaines de ces mythologies constitutives non seulement de ce que Georges Sioui appelle l’hétérohistoire, mais plus fondamentalement encore de l’hétéromythologie. Ces mythologies ont-elles étouffé la parole autochtone? En ont-elles donné une approximation féconde? Selon qui et quels paramètres? Comment ont-elles présidé à des représentations confuses du monde nordique, mélangeant dans un imaginaire parfois hétéroclite les Premières Nations de tout le continent, un peu comme chez Verne au XIXe siècle ou dans la série de bandes-dessinées Les Pionniers du Nouveau-Monde (Jean-François Charles, 20 albums publiés de 1982 à 2015), où les peuples autochtones sont représentés à travers des amalgames de traits culturels? C’est à de telles interrogations que donneront lieu ce forum, dans une démarche heuristique que l’on souhaite ouverte et appliquée à des corpus diversifiés.


Colloque réalisé avec la Chaire de recherche sur la parole autochtone (UQAC), Médias 19 et le CIREM16-18.

Organisation: Luc VAILLANCOURT (Université du Québec à Chicoutimi), avec la collaboration de Guillaume PINSON (Université Laval) et de Maxime PRÉVOST (Université d’Ottawa)

Colloque de Regina

Les langues autochtones telles qu’envisagées par les Jésuites : enjeux théologiques et pratiques rhétoriques en Nouvelle-France


Dans le cadre d'un atelier conjoint SCÉR - APFUCC  sur les  imaginaires et politiques de la langue sous l’Ancien Régime (1500-1700), Luc Vaillancourt présentera une communication le 28 mai 2018 à l'Université de Saskatchewan de Regina.

Lorsqu’ils débarquent en Nouvelle-France avec pour ambition de convertir les « sauvages », les missionnaires se heurtent d’emblée à l’altérité radicale des langues en usage à travers le territoire, mais ils ont tôt fait de remarquer la prédilection des Amérindiens pour la parole figurée, et ils en déduisent que pour les rallier à leur foi, il faudra d’abord maîtriser leur langage : «  Qui saurait parfaitement leur langue, seroit puissant parmi eux » (RJ, V, 194)  écrit Paul Le Jeune dans sa Relation de 1633… Mais pas seulement, car le Père Jésuite ajoute aussitôt : « Il n’y a lieu au monde où la Rhétorique soit plus puissante qu’en Canada » (ibid.). Il pressent alors que l’entreprise de conversion ne dépend pas uniquement de l’apprentissage des langues, mais aussi, et peut-être surtout, de la capacité des Jésuites à assimiler les codes et les usages de l’éloquence autochtone. On sait, par exemple, à quel point le Père Brébeuf a eu du mal à décoder la dimension métaphorique des échanges : « Il est vray que leurs discours sont d’abord difficiles à entendre, à cause d’une infinité de Metaphores, de plusieurs circonlocutions, & autres façons figurées » (RJ, X, 256). D’où provient cette surenchère rhétorique observée par les Jésuites ? Peut-on y voir un des facteurs clés de la résistance des Amérindiens de l’époque à l’assimilation? Notre communication se propose de revisiter quelques passages des Relations du XVIIe siècle afin de voir s’il est possible d’en dégager, comme par ingénierie inversée, les principes d’une rhétorique autochtone telle que perçue par les relateurs.


 

À lire dans la Revue Captures

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Auteurs: Luc Vaillancourt, Paul Kawczak

Comment se réapproprier une parole déformée, détournée puis confisquée par le colonisateur? Comment exprimer sa différence dans la langue et les médiums culturels de l’Autre? Est-il possible, ou souhaitable, de parler d’autre chose que de son « autochtonie » cependant qu’elle est menacée encore de toute part? La poésie de Marie-Andrée Gill propose une sortie de crise : la solution n’est pas dans le ressentiment, la révolte, le repli sur soi, la fuite, elle réside dans l’affirmation sereine d’une identité plurielle.

http://revuecaptures.org/

Colloque jeunes chercheurs

Appel à communications

« À la rencontre de l’Autre sous l’Ancien Régime: pouvoir, traditions et constructions identitaires »

colloque « jeunes chercheurs » CIREM16-18/CRPA

logo-ciremS’il est indéniable que la découverte du Nouveau Monde fut l’occasion d’un choc cognitif et culturel profond pour les peuples européens, il faut admettre que le choc fut plus grand encore pour ces peuples d’Amérique qui ont vu des étrangers investir leurs territoires et se les approprier. La rencontre de l’Autre, certes, permet au soi de se définir, et c’est dans la confrontation des cultures que les constructions identitaires se dévoilent, se déclinent et se précisent; mais cette définition de soi peut également impliquer la négation de l’altérité, son ensevelissement systématique sous les manifestations d’un pouvoir – militaire, technologique, puis culturel – dominant. Lorsque l’Européen rencontre l’autochtone d’Amérique du Nord, il fait globalement le choix d’affermir le mythe de son pouvoir et de sa destinée téléologique. Se penser comme Autochtone, Français, Européen, Américain ou citoyen du monde implique la connaissance de ce choix du pouvoir, de l’évolution du mythe de la progression évangélique au sein duquel se sont pensées les dissemblances et ressemblances dont témoigne abondamment ce qu’il est convenu d’appeler la « littérature de contact », soit l’ensemble des écrits qui thématisent la rencontre entre les cultures du Nouveau Monde et de l’Ancien. Cependant, il est d’autres corpus –philosophiques, théologiques, historiques, politiques, journalistiques– qui font état à la même époque de fractures sociales et identitaires au sein même des sociétés européennes et qu’il conviendrait aussi d’interroger afin de prendre la juste mesure de l’identité dominante qui a été exportée vers le Nouveau Monde. Enfin, il est certain que la rencontre de traditions aussi radicalement étrangères que celles que l’on découvre sur le nouveau continent n’a pu laisser cette identité intacte. Le choix du pouvoir relevant toujours du mythe, il ne peut aller dans les faits, en définitive, qu’au-devant de ses failles, de son altération, de son altérité.

Bien sûr, l’identité européenne fut loin d’être monolithique, et des voix se sont élevées (dont celle de Montaigne fut sans doute l’une des plus retentissantes) pour relativiser le mythe du pouvoir occidental. Comment se sont confrontées les différentes conceptions de l’identité colonisatrice dans les discours d’alors? Que peut-on déduire comme savoir utile du choc de ces rencontres – rencontres des cultures, rencontres des idées – et des secousses qu’elles occasionnent pour la période concernée? Peut-on tirer des enseignements du jeu des comparaisons auquel se livrent les différentes élites européennes? Quels échos fiables subsiste-t-il de ces cultures qui ignoraient l’écriture? Si, vraiment, les traditions sont des vecteurs d’identification pour une communauté donnée, dans quelle mesure leur confrontation a-t-elle pu conduire à des identités nouvelles?

De nature interdisciplinaire, ce colloque CIREM16-18/CRPA se tiendra à l’Hôtel-Musée des Premières Nations de Wendake (près de Québec) le 22 juin 2018 et accueillera les jeunes chercheurs (des étudiants à la maîtrise ou au master ainsi que des doctorants et postdoctorants) œuvrant dans les différents champs des sciences humaines, de la littérature à la philosophie, en passant par l’histoire (de l’art, de la musique, des sciences, du langage, etc.).

Les communications inédites ne devront pas dépasser les vingt minutes allouées à chaque participant. Les propositions de communication en français (titre et résumé de 250 mots, niveau d’étude, affiliation institutionnelle) devront être envoyées aux organisateurs avant le 26 février 2018 à l’adresse suivante : crpa@uqac.ca. Les Cahiers du CIERL (Éditions Hermann, Paris) accueilleront les articles issus des communications après examen par le comité organisateur et scientifique du colloque.

Le comité organisateur : Mélissa Lapointe, Paul Kawczak, Marie-Andrée Gill, Marc-Antoine Mailloux.

Directeur scientifique : Luc Vaillancourt