Être femme autochtone

itineraireLe journal L’itinéraire – du groupe L’itinéraire, qui a pour mission de réaliser des projets d’économie sociale et des programmes d’insertions socioprofessionnelle, destinés au mieux-être des personnes vulnérables à faible revenu et sans emploi, vivant notamment en situation d’itinérance, d’isolement social, de maladie mentale ou de dépendance –, consacre son dernier numéro à la femme autochtone sous la direction de la poète et artiste innue originaire de Pessamit Natasha Kanapé Fontaine. Un dossier, « être femme autochtone », partant du constat qu’un grand nombre de femmes de différentes nations se retrouvent aujourd’hui au cœur des organismes communautaires ou des regroupements en milieu autochtones les plus connus à Montréal, revient sur les particularités et les enjeux de l’itinérance autochtones mais également sur le rôle fondamental accordé traditionnellement aux femmes dans plusieurs communautés autochtones. Des figures féminines autochtones contemporaines d’importances sont mises de l’avant comme Viviane Michel, présidente des femmes autochtones du Québec; Suzy Basile, chercheuse et première femme atikamekw à avoir obtenu un doctorat; Mélissa Mollen-Dupuis, nommée « ambassadrice de conscience » par Amnistie Internationale pour son implication dans le mouvement Idle no more ou encore Sophie-Claude Miller, Chantale Verreault et Kim Deslisle, intervenantes issues des Premières Nations travaillant pour l’organisme accueillant des itinérantes autochtones chez Doris. En plus de ce dossier, plusieurs autres articles et rubriques du journal sont consacrés aux réalités et enjeux autochtones au Québec. Ce numéro passionnant, n’ayant rien à envier aux grands quotidiens nationaux, peut être acheté auprès des différents camelots de L’itinéraires ou directement sur le site internet.

Paul Kawczak

Résonance des paroles autochtones

RÉSONANCE DES PAROLES AUTOCHTONES

Du 14 au 16 juin 2017 se déroulait à l’UQAC le premier colloque de la Chaire de recherche sur la parole autochtone (CRPA) intitulé Paroles retrouvées – Paroles exhumées. Voix autochtones dans les écrits de la Nouvelle-France. Nous avons parlé à Luc Vaillancourt, titulaire de la CRPA et professeur au Département des arts et lettres de l’UQAC, afin d’en savoir plus.

Par Jessica Lavoie
http://ceuc.ca/2017/06/14/resonance-des-paroles-autochtones/

Hannenorak

Zacharie Vincent. Une autohistoire artistique


Zachvincentarie Vincent (1815-1886), chef Wendat de la communauté de la Jeune-Lorette, est considéré comme le premier peintre moderne autochtone. Celui que les allochtones ont surnommé « le dernier des Hurons », cherchant à développer une image romantique de noblesse déchue à laquelle les francophones auraient pu s’identifier tout en maintenant leur pouvoir, a développé une peinture complexe et profonde réaffirmant l’existence de son peuple, non pas tombé hors de l’Histoire, mais bel et bien présent, actuel et vivant. Louise Vigneault, professeure agrégée au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal, a consacré, l’année dernière, aux éditions Hannenorak, établies au cœur de la communauté de Wendake, une étude de la vie et de l’œuvre du peintre Wendat. Elle y montre la façon dont, articulant son statut de chef autochtone à son art, Vincent à prolongé son éloquence dans sa production picturale afin d’affirmer sa condition et celle de son peuple. Par des autoportraits, des portraits, des paysages, des scènes de chasse, celui qui était appelé également Tehariolin, terme qui évoque l’idée d’une conciliation des dualités, s’est adressé à la fois au public allochtone et autochtone, confirmant aux un et aux autres l’existence des Wendat. Une des particularités de son art est de s’inscrire en des territoires syncrétiques qui conjuguent art allochtone et culture autochtone, de créer de nouveaux espaces de dialogues contournant les dynamiques binaires de pouvoir hors desquelles Vincent a donné un visage individuel et moderne au sujet Wendat. Dépeignant tant les apparats traditionnels que les ornements coloniaux arborés par ses contemporains, privilégiant des principes picturaux relevant de l’art européen et de sa vision du monde autochtone, entre artisanat traditionnel et champ artistique occidental, Zacharie Vincent a laissé une œuvre à la fois intime et politique, spirituelle et historique. L’ouvrage de Louise Vigneault, préfacé par Guy Sioui Durand, fait ainsi la lumière sur une figure incontournable d’une expression autochtone qui a toujours su s’adapter pour développer ses richesses, une expression qu’il est, plus que jamais, nécessaire d’écouter.

Paul Kawczak

Affirmation autochtone

Revue Inter. Art actuel, n°122, « Affirmation autochtone », dirigée par Jonathan Lamy.


inter122-coverwebIl y a un an, paraissait le numéro 122 de la revue Inter. Art actuel, consacré à la contribution de l’art et la création dans l’affirmation autochtone. Cette année passée n’a rien enlevé à la pertinence de ce riche dossier dirigé par Jonathan Lamy et consacré aux actes d’affirmation et aux manifestations artistiques des Premières Nations. Soulignant l’augmentation du nombre d’artistes et d’événements autochtones depuis le début des années 2000, ce numéro met l’accent sur la dimension positive de la création, de l’expression et de la résistance des Premières Nations. En ouverture, un long article de Guy Sioui Durand propose une visite guidée personnelle de la création artistique autochtone canadienne, à la lumière de la notion de Onderha, mot iroquoien signifiant « soutien » ou « fondement » et liant la vie concrète dans les territoires à ses manifestations spirituelles. Guy Sioui Durand met notamment de l’avant de nombreuses artistes féminines de la nouvelle génération : Ashley Callingbull, Lydia Mestokosho-Paradis, Moe Clark, Eruoma Awashish, Sophie Kurtness, Émilie Monnet, Caroline Monnet, Hannah Claus, Sonia Bonspille-Boileau, Ève Ringuette, Naomie Fontaine, Natasha Kanapée Fontaine et Andrée Kwendokye’s. À noter que la revue donne également la parole à trois auteures et poétesses, Naomie Fontaine, Natasha Kanapé Fontaine, Rita Mestokosho, Viriginia Pésémapéo Bordeleau et Marie-Andrée Gill. Cause féminine, cause autochtone et création vont par ailleurs de pair dans l’article que Mélissa Simard consacre à la façon dont, à travers les Amériques, des installations et des performances autochtones s’attaquent au féminicide et à la violence sexuelle.

La place grandissante de la création autochtone dans l’art contemporain est abordée tant au niveau canadien que international avec des articles de Jean-Philippe Uzel, Marie-Charlotte Franco et Louise Vigneault. Du peintre Huron-Wendat Zacharie Vincent (1815-1886) à la première quinquennale d’art autochtone Sakahàn qui a ouvert ses portes à l’été 2013 à Ottawa, l’affirmation autochtone y est abordée dans sa diversité, en perspective avec son histoire. Un article de Pierre Bastien s’intéresse au fait de filmer l’autochtone, des premiers films allochtones ethnographique à l’autoreprésentation. Sophie Guignard, quant à elle, interroge la façon dont la photographie a pu, et peux servir l’affirmation autochtone. Que ce soit par le biais de la vidéo, de la photographie, de l’ethnographie, ou autre, se pose la question de la collaboration entre autochtones et allochtones au service de cette affirmation. Claudia Néron et Olivier Bergeron-Martel de la Boîte Rouge Vif, en collaboration avec Vincent Napish, Sylvie Basile et Rita Mestokosho de la communauté d’Ekuanitshit signent un article au sujet d’une démarche collaborative pour la création de l’exposition permanente L’univers des Innus d’Ekuanitshit dans lequel ils reviennent sur les enjeux et les développements d’une telle collaboration.

Ce dossier du 122 numéro d’Inter – qui aborde également par ailleurs le travail de Michel Depatie, de Sonia Robertson et les nuits amérindiennes en Haïti –, se termine sur une touche de résistance, avec Oka, un texte de Véronique Hébert, et un article de Yves Sioui Durand, consacré à l’enjeu de résistance dans le théâtre amérindien. Ainsi que l’écrit Jonathan Lamy en avant-propos : « L’affirmation autochtone est là pour rester. Et elle continuera d’être entendue »

Paul Kawczak