La pensée narrative en univers social
Qu’est-ce que la pensée narrative ?
La pensée narrative est une façon pour les individus de donner du sens au passé, de comprendre le présent et d’anticiper l’avenir. La pensée narrative, c’est la capacité de comprendre et d’expliquer le monde en racontant des histoires. En univers social, cela veut dire organiser les faits historiques, géographiques ou sociaux de manière à montrer comment des personnes, dans un certain contexte, ont vécu des événements, pris des décisions et influencé le cours des choses. Il est crucial de comprendre que les récits historiques ne sont pas le passé lui-même, mais des représentations interprétatives construites. Ils sont influencés par la perspective du narrateur et peuvent imposer une forme et une cohérence aux événements.
Autrement dit, on ne se contente pas d’aligner des faits : on les relie pour donner un sens, comme dans une histoire avec un début, un milieu et une fin.
Comment fonctionne la pensée narrative en contexte scolaire et comment la favoriser chez les élèves ?
La pensée narrative se manifeste lorsque les élèves mobilisent leurs connaissances historiques pour construire un récit qui représente leur compréhension du passé collectif. Un point essentiel soulevé par les sources est que les élèves acquièrent déjà des croyances historiques significatives par le biais de récits qu’ils rencontrent en dehors de l’école, dans leur culture première et dans leur communauté. Ces récits culturels et les liens affectifs et identitaires des élèves avec le passé influencent fortement leur manière de s’engager avec l’histoire.

Cependant, les élèves apprennent rarement comment ces récits sont construits et diffusés dans la société. Ils voient souvent le « résultat final » sous forme de « grands récits » ou de « master-narratives ». Pour développer leur pensée narrative, il faut leur enseigner la nature construite et discursive des récits historiques.
Pourquoi la pensée narrative est-elle importante à enseigner?
L’enseignement de la pensée narrative est essentiel pour plusieurs raisons :
- Pour développer la pensée critique et la conscience historique : C’est la base pour comprendre les enjeux humains et s’orienter dans le cours du temps. En racontant des événements du point de vue de personnes ou de groupes, les élèves saisissent mieux les motivations, les choix et les conséquences. En comprenant comment les récits sont construits, les élèves deviennent mieux outillés pour identifier les limites des différentes représentations du passé qu’ils rencontrent. En comparant différentes versions d’un même événement (différents « récits »), ils apprennent que l’histoire n’est pas qu’une suite de faits, mais aussi une interprétation. Comprendre la structure narrative aide à décoder les messages et les dimensions morales.
- Pour rendre l’histoire pertinente pour les élèves : En partant de leurs propres idées et en reliant le passé à leur vécu et à leur identité, l’histoire devient moins abstraite et plus signifiante. Cela les aide à comprendre comment des événements passés (luttes linguistiques, par exemple) peuvent éclairer des situations présentes et orienter des actions futures.
- Pour développer la citoyenneté dans un monde complexe et diversifié : Dans les sociétés multinationales comme le Canada, comprendre comment les récits façonnent l’identité collective et peuvent simplifier ou marginaliser certaines expériences (comme celles des Autochtones ou des groupes minoritaires) est crucial pour former des citoyens capables d’analyser les inégalités sociales. Elle soutient une citoyenneté critique orientée vers la justice.
- Pour favoriser le développement des compétences et marquer davantage la mémoire : La simple exposition à des connaissances factuelles ne suffit pas au développement de la pensée historique. S’intéresser à la pensée narrative permet d’aller au-delà de la mémorisation et d’engager les élèves dans un travail d’enquête et d’interprétation plus profond [lien vers la problématisation].
C’est une compétence essentielle pour leur permettre de s’orienter de manière autonome et critique dans un monde saturé de récits sur le passé. La capacité de tisser des liens entre les événements marquent davantage la mémoire que des listes de dates et/ou de faits, car elles suscitent des émotions et de l’empathie.
Des pistes pour l’enseignement :
- Reconnaître et partir des idées narratives des élèves : les élèves construisent leur savoir sur ce qu’ils connaissent ou pensent déjà connaître. Adoptez une vision constructiviste de l’apprentissage de l’histoire, en vous appuyant sur les idées narratives existantes des élèves. Leurs idées, leurs bagages culturels, leurs représentations sociales ou leurs savoirs de sens commun sont un point de départ incontournable. Demander aux élèves d’ignorer leur identité ou leurs préoccupations est contre-productif.
- Enseigner la nature construite et interprétative des récits : expliquez aux élèves comment les récits historiques sont élaborés. Montrez qu’ils sont sélectifs et que certaines sélections sont plus plausibles que d’autres. Discutez de la structure et du but des récits historiques.
- Développer la «compétence narrative»: Selon Rüsen, cela implique trois aspects complémentaires: la forme, le contenu et la fonction.
- Utiliser des stratégies pédagogiques variées : Des tâches narratives (comme « Racontez l’histoire… »), l’analyse de récits multiples et parfois contradictoires l’exploration de l’identité et de la mémoire comme objets d’étude, l’utilisation de l’histoire orale ou l’écriture narrative sont autant de moyens de faire travailler cette compétence.
- Exposer la diversité et la complexité : Aidez les élèves à aller au-delà des simplifications narratives (comme la focalisation provinciale ou l’opposition binaire entre groupes dominants). Présentez des expériences individuelles et collectives plus nuancées et équilibrées pour contrer les stéréotypes et montrer l’évolution des groupes et la diversité des points de vue au sein de ces groupes.
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