La pensée géographique
Dans le cadre de cette fiche, nous vous présenterons les chercheurs qui ont participé à la conceptualisation de la pensée géographique telle qu’elle est utilisée et étudié en classe.
Le Roux
Anne Le Roux considère les représentations des étudiants sur la géographie comme des obstacles épistémologiques à l’apprentissage. Ces représentations sont des schémas qui influencent la façon dont ils pensent et agissent, entravant leur apprentissage disciplinaire et didactique. Il est donc essentiel d’identifier et de comprendre ces représentations pour améliorer la formation des enseignants. Il est crucial de créer des situations problèmes pour aider les étudiants à surmonter leurs résistances et leurs obstacles épistémologiques. Ces situations doivent prendre en compte les représentations des étudiants et les aider à les dépasser.
Benimmas
La pensée géographique selon Benimmas est une approche pédagogique qui vise à développer chez les élèves un raisonnement géographique structuré, basé sur des concepts clés, des démarches spécifiques et des outils adaptés, tels que les cartes thématiques et les technologies géospatiales. Benimmas s’appuie sur une typologie rassemblant les concepts clés de la géographie, notamment les concepts fondateurs (espace géographique, paysage, territoire, région, lieu), les concepts structurants (localisation, disposition, association, morphologie, distribution, concentration, organisation) et les concepts de processus (dynamique spatiale, interaction, interdépendances).

Benimmas relève que les habiletés de communication écrite et orale sont essentielles pour qu’un élève puisse démontrer sa compréhension et son raisonnement en histoire et en géographie et insiste sur l’importance de la littératie visuelle, c’est-à-dire l’habileté de traiter l’information présentée visuellement (photographies, cartes, images satellites, etc.).
Déry
Les composantes de la pensée géographique selon Chantal Déry:
- Concepts (territoire, métropole, risque naturel, patrimoine)
- Compétences
- Connaissances
- Techniques (utilisation de repères spatiaux, lecture et interprétation de cartes, construction de schémas/croquis géographique)
- Démarche de recherche
- Opérations intellectuelles (situer dans l’espace et un territoire, caractériser un territoire, mettre en relation des faits, établir des liens de causalité)

Un élève qui pense géographiquement considère l’espace selon quatre dimensions: l’espace comme contenant (décrire, mesurer, quantifier un phénomène, le monde physique), l’espace comme système de relation de position (identifier les relations spatiales, localiser, établir les interrelations), l’espace comme lieu de perception (comprendre les perceptions des individus et des institutions selon leurs expériences), l’espace comme construit (agir sur, avec et dans l’espace dans sa vie quotidienne).
Mérenne-Schoumaker
Selon Mérenne-Schoumaker, il est essentiel de recentrer l’enseignement de la géographie autour de concepts clés tels que le milieu, le paysage, la région, l’espace, la différenciation, la localisation et la répartition. Elle souligne l’importance de définir et de préciser le concept d’espace géographique comme un espace créé par l’homme à partir de milieux naturels et résultant d’opérations telles que la polarisation, le dimensionnement et l’organisation.
L’auteure analyse l’enseignement de la géographie à travers trois dimensions : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. Elle insiste sur le fait que le savoir géographique doit être un savoir original et utile qui rend le monde intelligible aux différentes échelles spatiales. Le savoir-faire géographique est d’abord un raisonnement géographique qui intègre la méthode scientifique, les perceptions, le vécu et les enjeux. Ce raisonnement implique de formuler les dimensions spatiales des problèmes, de rechercher les relations entre les régions, les sociétés humaines et le milieu physique, de comparer le non connu au connu et de pratiquer le changement d’échelle.
Application pratique en classe
Nous avons gardé pour la fin la pensée géographique telle que conceptualisée par Cooper et al.(2016), car, à nos yeux, il s’agit du modèle le plus ancré sur planification en classe d’histoire.
Le modèle de la pensée géographique selon Cooper et al.(2016)
Le modèle de la pensée géographique est un défi important qui implique six concepts de base. Ces concepts permettent d’analyser de manière critique et de résoudre des problèmes. L’intégration de situations problématiques dans le curriculum permet à l’étude de la géographie de devenir une série de problèmes à raisonner plutôt qu’une liste d’informations à mémoriser.

Voici les six concepts clés de la pensée géographique :
- Importance spatiale: Ce concept aide à déterminer et à évaluer les aspects des phénomènes géographiques et de leur emplacement qui méritent l’attention. Il rassemble toutes les questions concernant l’intérêt et la portée des phénomènes géographiques. Pour déterminer l’importance géographique d’un problème, il faut d’abord déterminer les raisons qui le rendent intéressant, puis établir l’ampleur de son impact sur la société et l’environnement.
- Constantes et tendances: Ce concept invite à déduire des informations de la variation et de la distribution des phénomènes géographiques à travers le temps et l’espace. Les géographes recherchent les constantes et les tendances lorsqu’ils s’interrogent sur des éléments de continuité et de changement dans l’organisation spatiale.
- Interrelations: Ce concept examine comment les facteurs humains et naturels s’influencent réciproquement. L’environnement humain et l’environnement naturel exercent l’un sur l’autre une influence profonde qui transcende le temps et l’espace.
- Perspective géographique: Ce concept s’intéresse aux caractéristiques et identités humaines et physiques qui distinguent un endroit en particulier, telles que comprises selon différentes perspectives. Développer une compréhension holistique des qualités d’un lieu signifie parvenir à une connaissance en profondeur de cet espace.
- Appel aux sources et interprétation: Ce concept examine les preuves issues de sources qui peuvent être employées en géographie comme appui aux conclusions et dans quelle mesure ces sources justifient l’interprétation d’un phénomène. Il est important d’examiner la justesse, la pertinence et l’exactitude des sources. Les élèves doivent apprendre à examiner minutieusement les sources et à s’interroger sur la qualité des interprétations qu’elles proposent.
- Jugement sur le plan géographique: Ce concept central évalue à quel point les pratiques et les résultats associés aux actions et événements géographiques étudiés sont souhaitables ou responsables. Il évalue l’attrait des différentes décisions géographiques.
Ces six angles d’entrée se chevauchent souvent dans le curriculum en géographie. Un élément du curriculum peut être étudié grâce à plus d’un concept de la pensée géographique. Peu importe le concept sélectionné, la pensée géographique est un moyen permettant de transformer le contenu factuel d’un cours de géographie en un sujet d’analyse.
Application pratique en classe
Ainsi, un enseignant souhaitant appliquer la pensée géographique dans un contexte de classe (socio)constructiviste, pourrait construire sa planification autour d’une question d’enquête géographique mobilisant un des concepts de la pensée géographique de Cooper et al. (2006) (Importance spatiale : «Pourquoi les Iles Galapagos ont-elles été choisies comme patrimoine de l’Humanité?»; Interrelation : «Quelles sont les modifications du territoire occasionnées par la construction des grands barrages hydroélectriques?»).
Après avoir fait une mise en contexte en s’assurant que les élèves aient un minimum d’information pour se débrouiller, l’enseignant fournit à ses élèves un dossier de documents pour tenter de répondre à la question d’enquête. Selon l’âge et la capacité des élèves, cette étape peut être plus ou moins longue.
Ainsi, un enseignant cherchant à développer un de ces concepts pourrait:
- Importance spaciale: faire évaluer pourquoi certains lieux très élignés sont important pour des gens de partout dans le monde.
- Constances et tendances: à l’aide de photographies historique d’un lieu, il pourrait faire réfléchir les élèves sur les tendances futures pour ce lieu.
- Interrelations:il pourrait faire réfléchir les élèves sur l’impact de grandes constructions sur l’environnement et de l’environnement sur la vie de l’homme (barrages hydroélectirques).
- Perspective géographique:faire réaliser les différents points de vue de différents groupes envers un lieu précis.
- Appel aux sources:présenter aux élèves une graphiques / une carte manistement orienté pour montrer un argument (carte promotionnelle, graphiques politiques, etc.).
- Jugement géographique: Demander aux élèves de rendre position de manière argumenté sur une question géogrpahique
À partir de ce point, l’enseignant devient un guide à la recherche guidée. Ceci mènera à une étape de construction de la réponse à la question d’enquête, réponse pouvant transiter par le médium qui inspirera l’enseignant.
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