Qu’est-ce que la problématisation ?
Dans le contexte de l’enseignement et de la recherche, la problématisation désigne le processus de pose et de construction d’un problème ou d’une situation-problème. C’est une phase complexe qui exige un travail constant de va-et-vient entre les savoirs théoriques et empiriques. Le problème scientifique n’est pas une réalité externe mais un processus mental basé sur les connaissances antérieures et la compréhension d’une situation problématique.
En histoire, la problématisation s’oppose à l’approche des historiens méthodiques qui construisaient les faits historiques à partir des documents. On pose d’abord un problème et le document sert à apporter une réponse.

Comme le disait Febvre, « Pas de problèmes, pas d’histoire », car les documents « ne parlent que lorsqu’on sait les interroger », et toute recherche historique suppose une direction dès ses débuts. La pratique historienne consiste ainsi en une enquête, conduit à énoncer des hypothèses vérifiées par la critique des documents considérés comme des traces du passé fournissant des indices.
Dans le contexte de la classe d’histoire, les élèves, confrontés à un problème (par exemple, lire une image), produisent des hypothèses et des réponses en s’appuyant sur les indices du document et leurs connaissances. Le débat ou les échanges entre élèves peuvent être porteurs d’une pratique de savoir potentielle, une enquête sur la validité de leurs énoncés au sein d’une controverse fondée sur un problème.
Comment mettre en place la problématisation en classe ?
Mettre en place la problématisation en classe d’histoire implique de présenter aux élèves des situations-problèmes à résoudre. Ces situations doivent susciter un déséquilibre cognitif sans s’éloigner de leur zone proximale pour les engager dans l’apprentissage. L’enseignant joue un rôle crucial en structurant l’espace du problème pour le rendre traitable et en aidant les élèves à articuler leurs réflexions autour des possibilités, des enjeux, des dimensions, des conditions et des données du problème.
Plutôt que de simplement valider ou invalider les réponses, le professeur accompagne les élèves en rappelant les règles de l’enquête ou en suggérant des stratégies pour explorer le problème. Les documents sont utilisés comme des traces fournissant des indices pour vérifier les hypothèses et faire des liens, plutôt que comme des sources d’informations factuelles à extraire. Les élèves apprendront à interroger les documents.

Différents modèles de situation-problème peuvent être mis en œuvre :
- Le modèle ancré consiste à interroger et explorer des cas ou des récits historiques à partir de différents points de vue, en utilisant des concepts disciplinaires de la pensée historique (comme la pertinence historique, les causes et conséquences). Cela permet aux élèves de surmonter la divergence des points de vue et de distinguer les témoignages des preuves.
- Le modèle d’induction de structure (ou d’énigme) vise à analyser les liens entre les données pour construire des concepts ou à remettre en question les attentes normatives qui sous-tendent les représentations du passé. L’enquête historique consiste alors à interroger les événements historiques pour vérifier la validité empirique de ces attentes normatives. Des exemples incluent l’analyse de documents sur la ségrégation raciale pour problématiser des concepts comme la discrimination ou le racisme.
- L’approche par les heuristiques (comme le sourcing, la contextualisation et la corroboration), qui correspondrait à un modèle de transformation d’état, est également associée à la pensée historique, mais elle met l’accent sur l’application de procédures pour analyser des textes. Bien que pertinente pour l’analyse documentaire, elle est distinguée des modèles centrés sur la construction même du problème historique par les élèves.
- Il est également possible d’intégrer la créativité et la cocréation, par exemple en demandant aux élèves de créer des lignes de temps numériques ou des maquettes de villes. Ces activités peuvent impliquer de structurer le savoir, de résoudre des problèmes et de sélectionner des informations pertinentes en fonction d’une question posée.
Pourquoi est-il avantageux d’utiliser cette approche ?

L’approche par problématisation présente plusieurs avantages pour l’apprentissage de l’histoire :
- Elle contribue au développement de la pensée historique. Elle aide à structurer la compréhension du temps et de l’espace. Elle vise à faire de l’histoire scolaire une discipline qui exerce l’intelligence des élèves.
- Elle engage activement les élèves dans un processus d’enquête, de construction d’hypothèses et de recherche d’informations, ce qui mène à une construction de connaissances plus approfondie. Contrairement aux pratiques habituelles qui produisent des apprentissages de faible intensité, les situations construites autour de la problématisation peuvent permettre de rapprocher les pratiques des élèves de celles des historiens et rendre l’apprentissage plus significatif.
- Elle aide les élèves à développer des compétences critiques et transférables utiles dans leur vie quotidienne et pour exercer leur citoyenneté. Elle favorise la résolution de problèmes, y compris dans une dimension collaborative.
- Elle permet une meilleure appropriation de la réalité historique en combinant les connaissances et la créativité. Elle s’éloigne des pratiques traditionnelles centrées sur la réception passive d’informations et la simple recherche de réponses dans les documents.
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